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    Caisse de Crédit Agricole : Restructuration financière et récupération des créances

    Par L'Economiste | Edition N°:223 Le 28/03/1996 | Partager

    "Ouf! On a le moyen de traiter les arriérés de paiements". M. Lahlou et ses cadres sont soulagés: les arriérés, 4 milliards de DH, plombent la Caisse Nationale de Crédit Agricole.


    La Caisse Nationale de Crédit Agricole a l'air de vouloir (et de pouvoir) sortir du cercle vicieux où elle s'est enferrée à partir de 1975: prêts non-remboursés pour cause de sécheresse puis rééchelonnés au fil des années en raison d'une nouvelle sécheresse ou d'une inondation.
    Facture, 10 ou 20 ans plus tard: 4 milliards de DH pour un total d'engagements de 14 milliards. Sur ces arriérés figurent à 96% de petits prêts de moins de 100.000DH, dont les intérêts gonflent l'addition, mais aussi de grands prêts de grosses entreprises agricoles qui se cachent derrière les petites "ou derrière de plus grosses encore" , (selon le mot d'un cadre), pour laisser leurs échéances en souffrance. La facture déjà élevée en a entraîné une autre, plus diffuse, mais peut-être plus dangereuse: "Nous sommes une banque, mais nos comportements sont ceux d'une administration qui ne se sent pas responsable des sommes gérées", souligne M. Abdallah Lahlou, directeur général de la CNCA depuis avril 1995.

    Les conclusions de l'audit réalisé par le cabinet KPMG et remises à M. Saaïdi, ministre de la Privatisation et chargé des Entreprises publiques, n'ont pas été rendues publiques en dépit des demandes formulées au niveau du Parlement. M. Lahlou est à peine plus disert: "L'audit a fait apparaître des dysfonctionnements". Il poursuit: "pour moi, l'essentiel tient dans le comportement, celui de l'institution, de ses hommes et de ses femmes, et celui de son environnement". Il fait entrer dans cette catégorie aussi bien les lenteurs (plusieurs mois pour une acceptation ou un refus de crédit) que le mauvais maniement de la régionalisation ou encore le flou sur des critères de décision. Sur ce dernier point, il cite l'insuffisance ou inversement l'excès de garanties prises sur les opérations de prêts. Piqué sur le fait que l'absence de garantie peut cacher des opérations délictueuses, M. Lahlou se borne à préciser que les cas où l'audit a fait naître des doutes ont été portés à la connaissance du Premier ministre.

    L'ambiance de l'assainissement

    En revanche, le directeur se félicite de "la compréhension qu'il a trouvée chez la commission interministérielle" créée par le Premier ministre et placée auprès de M. Saaïdi, pour restructurer financièrement la Caisse. Ces travaux ont été entérinés par le Conseil d'Administration du 14 mars dernier, et ce en trois points.
    Le plus important, expliquent Ahmed Lakhdar et Saïd Tazi, tous deux conseillers actifs auprès du directeur général, est la "délégation donnée au directeur et au Comité pour négocier, au cas par cas, la récupération des arriérés". Il ne faut pas rêver: tout n'est pas récupérable, "il ne sert donc à rien de sortir sur le papier des résultats comptables positifs", commente M. Lahlou, ce qui ne voudra pas dire qu'il va passer l'éponge. M. Lakhdar note avec humour qu'"avec l'ambiance actuelle de l'assainissement, il suffit qu'on les approche pour que les gros débiteurs tombent comme des fruits mûrs". Le statut particulier de la CNCA, créancier qui se classe immédiatement après le Trésor, permet des "recouvrements musclés". Théoriquement possible, la contrainte par corps est néanmoins exclue par l'état-major de la Caisse: "Ce n'est pas ce qui fait rentrer l'argent". Mais une politique trop dure de recouvrement risque d'entraîner certains des clients "à ne rien rembourser du tout, c'est donc pourquoi il était nécessaire que le Conseil donne à la Caisse un pouvoir de négociation, donc d'appréciation".

    Le deuxième des trois points acquis lors du Conseil du 14 mars concerne la restructuration financière. Les fonds propres devront être augmentés. Il n'y aura pas d'apport de l'Etat, indique M. Lahlou, car "nous avons trouvé des comptes inemployés". Il cite un compte pour risque de change, mais il demeure sibyllin tant sur les montants mobilisés que sur le statut de ces comptes "qui ne servaient à rien". Pour rassurer ses interlocuteurs, il se réfère à la commission interministérielle chargée de la CNCA et à la réputation personnelle acquise par M. Saaïdi en matière de restructuration, et ce dès avant sa nomination à la Privatisation. Ces comptes "trouvés" ne sont pourtant pas petits, puisque l'augmentation des fonds propres sera de 885 millions de DH.
    Même approche, sans intervention de l'Etat, pour le troisième point du redressement de la Caisse, à savoir le "provisionnement exceptionnel" à réaliser sur trois ans. La pièce maîtresse en est un "fonds de garantie des impayés", pour 1,4 milliard de DH. "Nous sommes encore loin du compte, mais la loi bancaire nous concerne aussi et particulièrement pour les mesures prudentielles", souligne M. Lakhdar, qui, outre son rôle de conseiller, a en charge les Etudes et la Planification, fonctions stratégiques nouvelles chez la CNCA.

    Nadia.Salah.


    Comment redevenir une banque?


    La CNCA considère que les trois décisions prises en Conseil d'administration le 14 mars "vont lui permettre de redevenir une banque". Mais il reste à lever l'hypothèque du statut(1). En effet, celui-ci maintient la Caisse dans une dépendance administrative, "qui explique que les employés se sentent davantage fonctionnaires que banquiers".
    La réforme des statuts, projet qui devait être présenté à l'automne dernier au Parlement, voudrait transformer la Caisse en société anonyme, à l'instar des banques.
    En attendant, M. Abdallah Lahlou, qui a une carte de visite bien remplie (ancien directeur de l'OCE, ambassadeur à Bruxelles et secrétaire général de la Primature) a réussi à faire modifier la composition du Comité de la Caisse. Comprenant des fonctionnaires de l'Agriculture, des Finances, de l'Intérieur..., le niveau de la représentation a été élevé. M. Lahlou s'abstient de commenter lorsqu'on évoque l'idée selon laquelle la modification du Comité met celui-ci à l'abri des pressions.
    Pourtant ce n'est pas tout de suite que la CNCA deviendra une vraie banque. Outre le problème en suspens du statut, il lui faut se équiper en informatique pour pouvoir fournir des services bancaires classiques.

    Les équipements actuels, des Bull, que la maison Bull ne fabrique plus et ne commercialise plus depuis plusieurs années, sont obsolètes. Un projet de 1993-94 voulait lancer un énorme marché de plus de 300 millions de DH et avait, à l'époque, fait jaser les professionnels casablancais de l'informatique. L'année suivante, ce projet a été bloqué au niveau du gouvernement. La CNCA est donc repartie dans un sens très différent. Après avoir modifié son organigramme informatique et nommé de nouveaux responsables, elle s'est orientée vers des solutions plus ouvertes... et nettement moins chères: elle compte maintenant que son projet lui reviendra aux alentours de 25-30 millions de DH, dont une dizaine est déjà engagée.
    Autre chantier, la formation. "Je ne veux pas entendre parler de formations-bidons", dit M. Lahlou. "Ce que je veux, ce sont des formations de caissiers pour les caissiers, de secrétaires pour les secrétaires". Il souligne que la Caisse a un "énorme atout: dans les caisses locales et régionales, les gens savent ce que c'est que l'agriculture, aucune autre banque n'a ce capital de compétences". Il faut donc que ce capital soit valorisé par de bons services bancaires, ajoute-t-il.
    Il reconnaît que "3.400 personnes, c'est beaucoup pour un encours de 14 milliards et des dépôts de 3 milliards" (le reste vient des lignes de prêt ou des Bons CNCA). Le jeu des départs en retraite, des remises à l'administration d'origine et des départs naturels, fera sans doute descendre ce chiffre à 3.000 d'ici la fin de l'année. "Mais nous souhaitons mettre en place des possibilités de retraites anticipées, comme l'ont fait d'autres établissements publics", note M. Lakhdar.


    Nadia SALAH

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