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Bush et le Moyen-Orient, le taureau qui voulait libérer le magasin de porcelaine
Par Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:2370 Le 27/09/2006 | Partager

Francis Ghilès est membre de l’Institut européen de la Méditerranée (Iemed). Situé en Espagne, l’Iemed est une sorte de think thank qui agit en tant qu’observatoire des politiques méditerranéennes.Ghilès a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée (Ph. Archives)L’appui militaire, diplomatique et économique quasiment sans limite que les Etats-Unis offrent à Israël, constitue, depuis plusieurs décennies, l’un des piliers essentiels de la sécurité de l’Etat hébreu. Aucun autre pays n’a bénéficié de la part des Etats-Unis d’un appui aussi généreux et aussi intime, dirons-nous. Aujourd’hui pourtant, les avantages que pouvait retirer Israël de cette situation ont quasiment disparu.L’invasion américaine de l’Irak et la guerre civile de plus en plus meurtrière qui s’y déroule et risque de déstabiliser toute la région, la guerre qu’Israël vient de mener au Liban ont convaincu une majorité d’Arabes et de nombreux Européens que l’Etat hébreu agissait pour le compte des Etats-Unis et de ceux, néo-conservateurs, dans l’administration qui, à Washington, souhaitent imposer un nouvel ordre au Moyen-Orient.. Soif de vengeanceOn aurait pu espérer que les dirigeants israéliens tirent les conséquences de la victoire électorale du Hammas et qu’ils comprennent enfin que l’application d’une force militaire brutale ne peut en aucun cas régler un problème politique. On aurait souhaité que leur force militaire leur donne une marge de manœuvre plus grande pour chercher des solutions politiques. La politique de l’Etat hébreu et de ses amis, commanditaires ou alliés de Washington, a certainement réussi à marquer au fer rouge la conscience de ses victimes qui ont une soif immense de vengeance. Que des universitaires britanniques de renom et de stature morale incontestée en appellent au boycott des universités israéliennes en dit long sur la perte de respect pour Israël chez de nombreuses élites européennes. Cette perte de respect tant d’une partie de l’opinion publique européenne que de nombreux membres de l’élite risque de coûter cher à l’Etat hébreu dans les années à venir.En Europe, nombreux sont ceux qui, sans souscrire aux thèses du Hezbollah ou du Hammas, comprennent bien qu’Israël ne gagnera jamais la paix en coupant l’eau et l’électricité à des milliers de foyers palestiniens. La paix ne sera pas gagnée en empêchant la livraison de médicaments aux hôpitaux de Gaza, ni en laissant croître le nombre d’habitants israéliens de 50% dans les colonies de peuplement de Cisjordanie. Ce qui est une croissance 4 fois plus rapide que celle de la population israélienne, fait qui mérite d’être souligné puisque ceci s’est produit durant les quatre années du gouvernement dirigé par Yitzak Rabin et Shimon Pérès lesquels se targuaient de «mener des négociations de paix avec les Palestiniens».. La montée des doutesCes personnalités nouvellement venues à la critique, comprennent de moins en moins comment de nombreux Israéliens (mathématiciens et médecins de renom, vedettes médiatiques et éducateurs, incubateurs de compagnies de haute technologie ou artistes qui ne soutiennent ni l’extrême droite ni le parti au pouvoir) puissent continuer à prétendre qu’ils ne savaient pas. Il est de plus en plus difficile d’admettre que cette élite israélienne et/ou juive ne voie pas les agissements des soldats israéliens. Il est impossible de croire qu’elles sont ignorantes de ces horribles pratiques se passant quotidiennement et depuis des années à quelques kilomètres de leur université ou de leur cabinet de travail. Nombreux, aujourd’hui, sont les Européens qui ont du mal à accepter que certains leaders israéliens s’insurgent pour des faits peu significatifs, par exemple quand une croix gammée est peinte sur une tombe à Strasbourg par des adolescents déboussolés: une vétille, il faut le reconnaître, par rapport à ce qui se passe en Palestine ou au Liban. Difficile encore de comprendre que les hommes politiques israéliens traitent tel dirigeant du PSOE (Parti Socialiste espagnol) «d’antisémite» parce qu’il a osé suggérer que la riposte israélienne contre le Liban était démesurée! . Le retour des extrémistesIl n’y a pas, en morale, deux poids et deux mesures. Il faudra bien un jour que tous ceux qui ont soutenu la politique de George Bush en Irak -et notamment les Israéliens et les dirigeants britanniques-, reconnaissent que l’invasion de l’Irak, au-delà de ses «victimes collatérales» (dont l’ancien Premier ministre espagnol José María Aznar!) a semé le chaos. Il faudra aussi reconnaître un jour que cette politique a remis en selle l’Iran, un pays que les Américains vouaient aux gémonies. Cette politique a remis sur le devant de la scène une pratique de l’Islam, le chiisme, inquiétant par bien des aspects de nombreux dirigeants sunnites. L’Iran est, de plus en plus, l’interlocuteur incontournable pour les Etats-Unis, l’Europe et les grands pays arabes au Moyen-Orient. Imposer la démocratie au Moyen-Orient était l’idée-clef de la pensée politique de ce «grand stratège» qu’est le vice président américain, Dick Cheney. Ceux qui l’ont soutenu ne peuvent que le regretter aujourd’hui. A ceux dans les services britanniques et américains qui conseillaient à leurs maîtres politiques une certaine prudence avant d’envahir l’Irak, qui mettaient en garde contre une politique qui risquait de donner aux chiites iraquiens et iraniens un pouvoir qu’ils avaient perdu avec la chute de la dynastie hétérodoxe des Fatimides au Caire en 1171, on répondait: «Vous, vous ne connaissez que l’histoire, nous, nous la faisons». Suprême aveuglement, suprême ignorance, suprême arrogance…Le commentateur et stratégiste américain Anthony Cordesman, qui a soutenu l’invasion de l’Irak concède, aujourd’hui, que «en gros, nous avons utilisé un taureau pour libérer un magasin de porcelaine». Israël répète cette erreur: les conséquences, pour l’Etat hébreu, en seront tout aussi graves.


Une haine sans précédent

La guerre contre le Liban a suscité une haine sans précédent pour l’Etat hébreu comme l’a bien noté l’iconoclaste et lucide commentateur israélien Uri Avnery. Pendant trente-trois jours de suite la chaîne de télévision Al Jazeera et bien d’autres en Occident ont montré les images de bombardements israéliens qui affectaient surtout des populations civiles, la fuite massive des habitants du sud Liban et l’effondrement, immeuble après immeuble, des quartiers sud de Beyrouth. Hezbollah ne faisait montre de guère plus de discrimination dans son envoi de roquettes vers les villes israéliennes, mais ceci ne diminuera en rien la haine ressentie dans le monde arabe.La droite israélienne tire argument de cette haine pour justifier leur ligne dure vis-à-vis des Palestiniens et des Arabes. Leur aveuglement pourtant est total : ils ne semblent pas comprendre que tous les problèmes d’Israël ne sont pas susceptibles d’être résolus par la supériorité massive dont bénéficie l’Etat hébreu face a ses adversaires. Ils en restent à la remarque faite en 2002 par l’ancien chef d’état-major israélien Mosche Ya’alon que les Palestiniens ne deviendraient des « partenaires pour la paix » sérieux pour Israël que le jour où les forces de défense israéliennes auraient marqué au fer rouge dans leur conscience qu’ils étaient «un peuple battu». Ceux qui par idéologie soutiennent la dépossession du peuple palestinien parce que «Tu (Dieu) nous as choisis», les juges couvrant la politique militaire de meurtre et des destruction, les officiers emprisonnant sciemment tout un peuple entre des murs, des mitrailleuses et des barbelés… sont aveuglés par la force d’Israël, par l’arrogance raciale: pour les ravages provoqués par la dernière guerre, les Arabes de Galilée ne recevront même pas les mêmes indemnisations que leurs voisins juifs.

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