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Boulimie ramadanesque à Marrakech

Par L'Economiste | Edition N°:2128 Le 12/10/2005 | Partager

. Baghrirs, dattes, chebakia… on achète de tout. Des coopératives se créent le temps d’un mois De fortes odeurs de chebakia (gâteau traditionnel), de msemen embaument l’atmosphère, chatouillent les narines... Nous sommes en milieu de matinée, dans le quartier d’El Kasba, fief de la médina de Marrakech, mais les vendeurs et jeûneurs aussi sont déjà sur le pied de guerre. Charrettes et étals se garnissent et offrent des variétés de nourriture aux clients et promeneurs. Transformé en quartier de référence pour «l’industrie alimentaire artisanale» en ce mois de Ramadan, impossible d’en sortir les mains vides. Sur des étals de fortune, hommes et surtout femmes et enfants proposent toutes sortes de marchandises. Et tant pis pour l’hygiène, les odeurs sont tellement enivrantes... Quant aux affaires, elles marchent bien. Un véritable remue-ménage débute dès 10 heures du matin et durera jusqu’au dernier quart d’heure avant la rupture du jeûne. La médina est en effervescence en ce mois de Ramadan. Et la journée est loin d’être finie. «Les yeux mangent avant le ventre», comme dit l’adage marocain. Les tables vont être garnies, «même si trop souvent, toute cette nourriture est jetée», fait remarquer un jeûneur. Il n’y a rien à dire, c’est pendant cette période que l’on festoie bien. Ici, derrière les remparts de la ville ocre, le Ramadan est vécu aux sons des cris et des odeurs alléchantes. La plupart des commerces se transforment l’espace d’un mois en traiteurs ou vendeurs d’oeufs et de tout ce qui est consommable. Le quartier El Kasba connaît un surprenant regain d’intérêt. Il ne désemplit pas sauf à l’heure du ftour. Plus que toute autre, une boutique attire des files de clientèle. Celle d’Abderahmane, connu pour sa chebakia hors pair, mais surtout à petit prix: 15 DH (Abderahmane doit avoir des liens de parenté avec un célèbre vendeur de chebakia du Habous à Casablanca).Les pics de vente sont enregistrés vers 15 h mais «si l’on peut écouler la marchandise avant, tant mieux», indique ce vendeur. Place alors aux bons arguments: «satisfait ou remboursé!»… Aux cris des rabatteurs se mêlent ceux des porteurs et conducteurs de charrette. A leurs côtés, des vendeurs d’ustensiles de cuisine en bois qui vivent également leur haute saison durant le Ramadan.Même commerce à Bab Doukkala, de vendeurs de charbon ou encore de beignets, ils se transforment le temps d’un mois en commerçants de baghrirs (crêpes), chebakia et autres chhiouates du Ramadan. Ici aussi, les files d’attente sont longues. Le bouche-à-oreille reste le meilleur moyen de marketing. Certains ont réussi à fidéliser les clients au fil des ans. Le trophée des commerçants est sans doute attribué aux femmes du foyer devenues pour une saison des marchandes hors pair et des spécialistes aussi bien dans le baghrir, les mlaoui… bref, tout ce que peut offrir un traiteur. En vrais pros, elles ont créé un «derb industriel féminin». Ces femmes ménagères habitent à côté et se transforment en de véritables chefs d’usine, avec une production à la chaîne minutieusement préparée. Organisées en petites coopératives durant ce mois, elles tiennent la bourse et la dragée haute à leurs époux et s’en sortent avec brio. 14 heures: à quelques pas de cette avenue de barghir et msemen, c’est le souk du tmer (la Place des dattes), ingrédient indispensable à la table du ftour! Il faut s’armer de beaucoup de patience pour y aller. Patience pour stationner et aussi pour choisir entre les différents produits. Les issues sont souvent bloquées, surtout lorsqu’un camion vient décharger la marchandise. Chaque année, les mêmes scénarii. Les embouteillages et les klaxons débutent vers 13 heures. Ce n’est que vers 17 heures qu’il y a un retour au calme, au grand dam des agents de circulation qui sont renforcés chaque Ramadan. Le succès des dattes et le caractère des Marrakchis, qui attendent la dernière minute pour faire leurs achats, rendent la circulation infernale. Mitoyenne au grand marché des légumes, la place abritait du temps du Protectorat des abattoirs.Chacun de ses six hangars était destiné à une viande particulière. Les marchands de fruits secs, chassés de la médina durant les années 60, s’y sont réfugiés et refusent jusqu’à maintenant de quitter la place, même s’il y a un grand projet pour la transformation de ce marché de gros, en un complexe immobilier. «Je suis ici depuis un bon bout de temps. Je connais ce marché presque mètre par mètre», souligne ce vendeur. A son apogée, la place accueillait plus de 20 camions de 6 tonnes en haute saison. Durant le Ramadan, le marché des fruits secs de Marrakech abrite près de 600 vendeurs, alors qu’en basse saison, ils ne sont qu’une trentaine. «Certains vendent moto, bicyclette ou même téléviseur et se transforment en détaillants de dattes», affirme Si Ahmed, un vétéran de ce souk. La soixantaine passée, le regard vif malgré son âge, Si Ahmed est très actif. «Mais l’activité n’est plus ce qu’elle était». D’un hochement de tête résigné, Si Ahmed ajoute: «La plupart des agriculteurs producteurs vendent à perte cette année. Pis, certains se sont transformés en détaillants et vendent des dattes dans des charrettes». Sécheresse et bayoud (maladie qui affecte les palmiers) ont eu des incidences sur la production nationale. Les dattes locales ne représentent plus que 20% de la marchandise proposée et des ventes; difficile de se faire vendre face à la datte importée, proposée à meilleur prix. Celles appelées «les irakiennes» notamment sont vendues entre 6 et 10 DH au gros. Du coup, les producteurs locaux s’alignent sur ces tarifs, du moins pour les dattes comme le jhel (10 DH/kg). «Mais qui va laisser des dattes à 6 DH pour en acheter à 20»? s’interroge un vendeur.


Les boulangeries de la partie

En dehors de la médina, toutes les pâtisseries et boulangeries s’y mettent durant ce Ramadan. C’est vrai qu’elles sont concurrencées depuis quelques années par les grandes surfaces.Une aubaine pour les pâtisseries et pour beaucoup de traiteurs qui enregistrent une hausse des ventes. C’est, pour certains, l’unique mois de l’année pour faire un bon chiffre d’affaires. «Nous doublons notre effectif dans le magasin et dans les cuisines pour faire face à la demande», indique cette gérante. Dans la boulangerie Kawtar par exemple, il faut jouer du coude pour se faire servir par une des vendeuses pourtant nombreuses. «Ici, les préparatifs commencent très tôt à l’aube et durent jusqu’à la fin de la journée», indique-t-on. Et les caisses enregistreuses n’arrêtent pas!Badra BERRISSOULE

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