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    Bouabré : La beauté c'est tout ce qui est bon

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Né en 1923 en Côte-d'Ivoire, Frédéric Bruly Bouabré excelle à raconter contes, légendes et histoires. A commencer par la sienne, sage ivoirien qui fut d'abord commis en écriture pour une compagnie de chemins de fer, avant d'inventer en 1956 un alphabet pictographique de 448 signes et de devenir "artiste et visionnaire". Depuis plus de vingt ans maintenant, sur papier cartonné, il représente toute la culture du monde au stylo-bille et aux crayons de couleur: les murs animalières et humaines, la mythologie, la cuisine, les nuages ou les noix de cola.


    Question: Né dans un petit village de Côte-d'Ivoire, vous y avez depuis passé la plus grande partie de votre vie. Etes-vous le représentant d'une culture régionaliste?
    Réponse: J'ai tout dessiné, des publicités, des végétaux, des attitudes humaines, des escargots, des éléphants. Je dessine tous les signes de cette vie. Que j'aie vécu en Côte-d'Ivoire a finalement peu d'importance. Ce qui importe, c'est de regarder, d'observer ce qui nous entoure. Un dessinateur, c'est d'abord quelqu'un qui imite. C'est à partir de cela que je m'adresse au reste du monde et que je peux me faire comprendre.
    On n'a pas forcément besoin de voyager pour connaître et dialoguer avec le monde. Par exemple, je dessine sur des papiers qui viennent d'Asie mais je n'ai pas les moyens d'y aller.
    J'ai commencé à dessiner quand je suis allé à l'école française. C'était un programme obligatoire. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Afrique a retrouvé sa liberté, avec des présidents à la tête des nouveaux Etats. Notre président Houphouët-Boigny appréciait les artistes. Il les récompensait par de grosses enveloppes. Je savais dessiner, je me suis dit qu'en dessinant je pourrais recevoir une enveloppe. Depuis, je ne me suis plus arrêté. L'Histoire m'a ordonné de dessiner jusqu'à ce que je me casse les doigts.

    - En créant l'alphabet bété, pensiez-vous créer un alphabet à vocation universelle, ou au contraire très ancré dans une culture nationale?
    - On entend souvent que l'Afrique est un continent sans écriture. Tout bon Africain devrait trouver le moyen de trouver une écriture.
    Mais l'alphabet bété doit répondre à toutes les langues de la terre.
    Cela n'empêche pas que, pour inventer ce système d'écriture, je sois parti de ma propre histoire. Avant de connaître les autres, on se connaît d'abord soi même. J'ai été à l'école française. J' y ai appris à écrire de gauche à droite, donc mon alphabet s'écrit de gauche à droite. J'ai inventé cet alphabet à partir de petits cailloux. J'ai attribué à chacun d'entre eux des mono-syllabes françaises.
    C'est un alphabet universaliste qui a vocation à s'étendre. Un alphabet doit s'écrire dans toutes les langues, en chinois, en espagnol, en arabe. Un alphabet n'est pas raciste, ni tribal.

    - Quelles sont les différences entre un Africain et un Européen?
    - Il n'y a pas beaucoup de différences. Je répète toujours cette histoire: un soir, j'étais à Abidjan avec ma femme et je lui ai dit "Geneviève, sais-tu que la reine d'Angleterre est ta sur? La reine est blanche, tu es noire". Ma femme m'a dit: "mais tu deviens fou!". "La reine mange et boit. Et ici, en Afrique, tu manges et tu bois, lui ai-je répondu. La reine défèque et pisse, comme toi, et tout cela va dans la terre et se mélange. Nous vivons tous sur la même terre". Nous sommes comme les cheveux d'une même tête, inséparables les uns des autres.
    De même l'art est un tout. Qu'on soit Africain ou Européen, l'art est le savoir du bien-faire, de faire les choses justement. Ma mère me réveillait chaque matin en me disant "sois bon". La beauté, c'est tout ce qui est bon. La cruauté n'est pas l'art. C'est l'orgueil des commandements qui gâte ce monde.

    Propos recueillis par Weronika Zarachowicz, World Media Coordination

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