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    Politique Internationale

    Bientôt Rosh-Hashanah et Yom Kippour : Les Juifs fêtent la 5755ème année de leur ère

    Par L'Economiste | Edition N°:143 Le 01/09/1994 | Partager

    C'est la période des fêtes juives. Le Nouvel An célèbre la création du monde et sera suivi par le fameux Yom Kippour où Dieu accorde le Grand Pardon. Le tout dans une atmosphère de gravité et de fierté pour une communauté marocaine sûre d'avoir contribué à la paix en terre sainte.

    Pas de festin, ni de réveillon dansant ou bien arrosé. Le Nouvel An juif, qui commémore la création du monde et célébré pour la 5.755ème fois, garde sa dimension religieuse et grave.

    Rosh-Hashanah correspond cette année aux 6 et 7 septembre. La "fête", qui dure donc deux jours, porte aussi 3 noms. "Jour du Souvenir", "Jour du Chofar", "Jour du Jugement".

    Les hommes sont donc d'abord invités à se souvenir de leurs actions, alors que Dieu se manifeste dans toute Sa puissance pour les juger. Quant au son du chofar (une corne de bélier), il est là pour ajouter à l'émotion ; il rappelle le sacrifice d'Abraham, qui a reçu un mouton (à immoler) à la place de son fils.

    La tradition biblique veut que Dieu se soit manifesté pour la première fois au peuple juif, dans le Sinaï, au son du chofar.

    Tribunal céleste

    La signification millénaire de Rosh-Hashanah et ses rites sont perpétués par la Communauté juive marocaine, mais l'ambiance des fêtes est marquée par l'air du temps, affirment certains de ses membres. L'an passé, la poignée de mains Rabin-Arafat plaçait les fêtes sous le signe de l'espoir et de la paix. Cette année c'est une satisfaction empreinte de fierté : la paix au Moyen-Orient avance et la Communauté marocaine y a été pour quelque chose.

    Par ailleurs, des touristes israéliens, de toute origine, se sont déversés sur le Maroc, pendant l'été, ce qui présage d'une "normalisation" des relations entre les deux pays. "D'une manière générale, le Maroc s'ouvre, se démocratise, se développe. Les Juifs se sentent toujours plus à l'aise dans une telle ambiance", nous confie un homme d'affaires juif. Le peuple juif a appris, à travers l'histoire, que les systèmes totalitaires finissaient toujours par le toucher.

    Rosh-Hashanah, c'est deux jours de prières intenses à la synagogue. Chaque Juif doit se souvenir de ce qu'il a accompli. Car c'est un jour de jugement ou "tout est jugé, les hommes et les bêtes", par le tribunal céleste, qui comporte pour chacun un avocat et une accusation. Chacun se défend. Il évoque dans ses prières les circonstances atténuantes qui l'ont poussé à un larcin, de bonnes excuses pour justifier un adultère ou un mensonge. Difficile de s'en tenir aux 10 Commandements révélés à Moïse sur le Sinaï et qui sont la base d'une vie morale.

    Dieu est sollicité pour aider les hommes, "Ses enfants, Ses esclaves". "Donne-moi la santé, des richesses, du courage pour devenir bon et éviter le mal", dit en substance le croyant. La supplique se mélange à la pénitence, explique Salomon Azoulay, talmudiste connu à Casablanca. Les souffrances des prophètes (Isaac, Samuel...), des ancêtres sont évoquées comme gage de la bonne foi et de l'engagement du peuple juif envers Dieu.

    "C'est de cette manière, digne et austère, que le Juif fête son Nouvel An. Il n'y a pas de place pour des banquets, ni des réjouissances d'aucune sorte. Penché sur les événements de l'année révolue, le Juif scrute ses actes et, au seuil de l'année qui va s'ouvrir, il se recueille avant de s'élancer sur la route inconnue"(1).

    Dans de nombreuses communautés, les hazzanes et les chefs de famille portent le vêtement mortuaire blanc ("sargueness").

    Après Rosh Hashanah, interviennent en ce mois de Tichri 10 jours de pénitence du Juif, alors que le tribunal céleste "délibère".

    Kippour, Shabbat des Shabbat

    Arrive le Yom Kippour, (grand jour ou Youm Kabir, dans une langue arabe si proche). C'est le jour du verdict, le sort est scellé pour chacun. "A Rosh Hashanah tu l'inscris, à Yom Kippour tu apposes ton sceau... qui vivra, qui mourra... qui sera serein et qui sera tourmenté... qui sera fortuné et qui sera indigent".

    Mais la pénitence, la prière et la bienfaisance peuvent faire revenir le Seigneur sur Sa décision(1).

    Pour cela, le Juif jeûne, prie, s'abstient de tout plaisir ou activité terrestre pendant plus de 24 heures.

    C'est le Shabbat des Shabbat. C'est un peu un Ramadan express, très condensé. Nos grands-pères se hasardaient à comparer, qui des épreuves, Ramadan ou Yom Kippour, est le plus pénible.

    Kippour est le jour du verdict céleste que chaque Juif espère celui du "grand pardon", parce qu'il a regretté et expié ses fautes. C'est le bain purificateur, a l'image du Hadj dans l'Islam.

    La veille du Kippour, il faut manger jusque vers 17h45. C'est un "shour", solide, car il faut accumuler des forces pour 24 heures.

    Un usage (dit "Kapparoth" ou expiation) s'est répandu dans certaines communautés, notamment au Maroc(2). Un rabbin passe dans les familles pour un sacrifice rituel : un coq par adulte ou enfant mâle, ou une poule par femme ou fille. Le rabbin saisit le volatile, le fait tournoyer autour de la tête de la personne nommée en s'exclamant: "c'est ta rançon, ton substitut, le prix de ton rachat". Puis il égorge le volatile.

    Ces rites rappellent des pratiques païennes, antérieures aux religions monothéistes.

    Il arrive que des penseurs orthodoxes ne les approuvent pas, tout comme des ouléma condamnent les sacrifices des bêtes pour les saints dans les pays musulmans.

    M. Salomon Azoulay en donne la signification symbolique. "Les païens sacrifiaient des hommes. Dans les religions monothéistes, et chez les Juifs en particulier, on ne sacrifie que des bêtes. C'est un peu le côté animal de l'homme qui est tué symboliquement. Quand un taureau est abattu, c'est le côté violent qui est éliminé. Quand c'est un mouton, c'est le côté suiveur et laxiste, et donc immoral qui est visé". D'ailleurs, rappelle-t-il, sacrifice en hébreu se dit "Korban", qui est aussi "proche". Le sacrifice du côté animal ne laisse que le côté humain de l'homme, plus spirituel, plus proche de Dieu.

    Bouc émissaire

    A l'origine, le jour du Kippour, deux boucs identiques étaient présentés au grand rabbin dans la Jérusalem biblique. L'un prenait le chemin du temple, celui de la bonne voie, faite du Bien.

    L'autre s'en allait vers un précipice, symboliquement le chemin du Mal, chargé de tous les péchés d'Israël. C'est de là que vient l'expression bouc émissaire.

    Les prières commencent dès la veille du Kippour, à la synagogue où les hommes passeront la nuit. Elles continuent le jour du Kippour, jusqu'à la tombée de la nuit, dans une atmosphère de gravité et de mystère. Ce sont des prières communes, en masse.

    La dernière heure est un "sprint" final accompagné par le chofar, plein d'émotion comme si les voix des prières devaient couvrir le verdict. Les fidèles "crient à l'unisson", comme si l'unité des hommes devait amener Dieu à absoudre, à accorder le Grand Pardon.

    K.B.

    Quelques fêtes juives

    Rosh Hashanah (6 et 7 septembre) et Yom Kippour (15 septembre) sont appelés les jours "redoutables" en raison de leur gravité et ,de leur enjeu.

    Eloul (correspondant à août) est le mois qui précède Rosh Hashanah. Les Juifs se préparent au jour redoutable et font pénitence, se rendent sur les tombes. C'est l'épopée du Veau d'or qui est commémorée, (évoquée par le Coran dans sourat Al Bakara). Les Juifs rassemblés en 12 tribus venaient d'échapper à l'esclavage de Pharaon. Conduits par Moïse, ils avaient atteint le Sinaï après que la Mer Rouge se soit miraculeusement ouverte sur leur passage. Les cinéphiles connaissent la scène où Yul Brynner (Pharaon) est en rage alors que Charlton Heston (Moïse) continue son chemin, pour recevoir "les Dix Commandements", filmé par Cecil B. De Mille. En l'absence de Moïse, le peuple juif allait se fabriquer une idole, le Veau d'or et s'égare. Moïse revient et c'est 40 jours de repentir et d'abstinence qu'évoque Eloul.

    Hannouccah

    Tous les soirs, durant huit jours (27 novembre - 5 décembre cette année), les Juifs allument des lumières, une le premier soir, deux le deuxième... Cette fête commémore la victoire des Juifs, près de deux siècles avant J.C., sur une armée syrienne idolâtre qui avait souillé le temple. Les enfants sont associés à la fête, reçoivent des cadeaux, et l'on s'amuse dans les familles.

    Pourim, ou fête des Sorts

    Pourim (16 mars) évoque le sauvetage de Juifs, par Esther et Mardochée, d'un complot ourdi en Perse. Fête joyeuse et populaire où l'on fait ripaille, l'on se déguise. Le repas qui clôture la fête est bien arrosé.

    Pessah

    Fête connue pour les pains azymes, que les Juifs doivent manger durant 7 jours (15 au 22 avril) et pas de pain levé. C'est aussi la période du grand nettoyage de printemps dans les maisons.

    La Pâque juive évoque la protection de Dieu pour la sortie d'Egypte.

    Souccoth ou fête des cabanes

    Les Juifs passent une semaine (à partir du 9-10 octobre) dans des cabanes de roseaux et de palmiers en souvenir de la traversée du Sinaï, et pour redécouvrir la précarité de la vie et de l'existence.

    Shabbat

    C'est le repos hebdomadaire où cessent 39 travaux de la préparation des aliments, l'utilisation du feu... à la lecture.

    Il dure de vendredi soir à samedi soir, et il est consacré à Dieu.

    Shabbat est l'ancêtre de tous les week-ends modernes et des années sabbatiques dont rêvent tous les cadres du monde.


    (1) Manuel d'instruction religieuse. Par A. Dentsch, grand Rabbin.
    (2) "Mille ans de vie juive au Maroc", Haïm Zofrani.

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