×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Ben Mokhtar, ministre de l'Education Nationale : Enseignement: Les innovations de la rentrée

    Par L'Economiste | Edition N°:196 Le 21/09/1995 | Partager

    Dans la première interview qu'il accorde, M.Rachid Benmokhtar confie à l'Economiste les innovations de la rentrée et ses réflexions sur la pédagogie, la sélection, le niveau des élèves et les problèmes des enseignants


    - L'Economiste: Qu'est-ce qui va marquer cette rentrée?
    - Rachid Ben Mokhtar: Ce sera une rentrée normale, et toutes les dispositions ont été prises pour cela. Mais nos "estimations" actuelles, fondées sur des données d'il y a quelques semaines, peuvent être perturbées. Ainsi, une classe prévue pour être achevée le 15 septembre peut ne pas l'être. Et ce n'est que dans la première quinzaine d'octobre que nous établirons les chiffres effectifs. Vous pouvez entrevoir par là toute la difficulté entre la planification et la réalisation.
    L'achèvement des constructions est un premier élément de perturbation qui avait marqué l'année passée. D'où cette année un bond des nouveaux inscrits de 10% à 990.000.

    - Est-ce que la sécheresse est aussi accusée par l'Eduction Nationale?
    - Si. Elle risque de créer ses surprises, si elle cause un exode rural inattendu et brouille la carte scolaire. Nous avons projeté des effectifs sur la base des données de la démographie. Entre juillet et maintenant, il a pu y avoir un exode rural qui perturbe la répartition.
    La sécheresse peut entraîner une non-scolarisation volontaire, dans la mesure où les parents retiennent leurs enfants pour aller chercher l'eau. Le risque est surtout grand pour les filles. Nous avons entamé des campagnes de sensibilisation. Mais le risque demeure.

    - Mises à part ces perturbations extérieures, est-ce qu'il y aura des innovations volontaires?
    - Bien sûr. Mais il faut situer les choses sur le plan pédagogique. En 1984, le MEN a entamé une réforme suite à des recommandations d'experts. Cette réforme devait être globale et porter sur le côté financier, pédagogique, ressources humaines...
    Malheureusement, tous les aspects hors pédagogie ont été abandonnés. Par exemple, la réorganisation spatiale de l'école est tombée aux oubliettes. Pour la gestion du temps, le calendrier devait être revu, dans le sens d'une diminution du temps hebdomadaire de travail, avec repos mensuel tous les 30 jours nets, coupure semestrielle, mais vacances d'été plus courtes.

    - Et comment a-t-on pu abandonner de telles idées innovatrices?
    - Il y a plusieurs explications possibles. Cela a été vu comme trop compliqué, trop cher, ou pas prioritaire alors que la gestion même de l'établissement devait être revue. Actuellement, les directeurs sont d'anciens enseignants, sans formation à la gestion, qui se débrouillent avec les locaux, les enseignants et les élèves. Or, l'école peut être "gérée" avec des moyens, des méthodes, des procédures et une espèce de conseil d'administration. Reste posé bien sûr le problème du rattachement de l'école, de la décentralisation...
    Aujourd'hui, nous continuons la réforme de 1984 et attendons les grandes options de la commission nationale pour le futur de l'éducation. Sur ces bases, nous essaierons de mettre en place une réforme cohérente et globale, et non des solutions partielles.

    - Il faudra donc enterrer l'actuel système qui a abouti au désastre du niveau des élèves?
    - Non. Sur le plan pédagogique, des programmes..., des mesures doivent être consolidés. Par exemple, l'évaluation, autrefois absente, a été introduite avec une direction et une vision. Instituteurs, programme et établissement sont évalués par l'Inspection et aussi, désormais, par le résultat des élèves. La jalons sont mis en place.

    - Allez-vous vous attaquer au problème de la faiblesse en langues. C'est toujours par ce biais que le public juge de la baisse de niveau: les élèves ne sauraient plus écrire des lettres, ou s'exprimer en français?
    - Effectivement il y aura un effort particulier pour renforcer l'enseignement des langues (français, anglais, espagnol) par le recyclage des enseignants et l'introduction des techniques audio-visuelles. Un autre effort portera sur les matières environnementales: hygiène, nutrition... avec l'introduction de petits modules ici et là. Des concepts de droits de l'Homme seront introduits dès le plus jeune âge. Les futures générations devront avoir une notion précise des droits et devoirs de l'Homme, du citoyen.

    - C'est l'éducation pour la vie quotidienne?
    - Et même à la vie sociale. Cette année nous encourageons la notion de "projet d'établissement". Car souvent l'établissement scolaire est isolé de son environnement, focalisé à appliquer les règlements et les programmes. Nous l'invitons à prendre de la liberté, de l'initiative. Son projet, il peut le mener seul avec d'autres établissements marocains, étrangers, avec des associations. En somme, quelque chose doit sortir des élèves, des enseignants: une exposition, une recherche intellectuelle, l'échange d'élèves...
    L'éducation physique sera aussi renforcée comme matière principale, outre le bénéfice sur le corps, elle apprend une socialisation devenue difficile. Le jeu doit aussi être réintroduit.

    - Le jeu? Mais on n'envoie pas les enfants à l'école pour jouer!
    - Les jeux apprennent aux enfants les comportements sociaux dont ils auront besoin dans la vie. Par le jeu d'équipe, on apprend à travailler en groupe. Par le jeu on apprend la notion de limite, d'ambition, on y prend des coups. Sans jeu, sans liberté de s'agiter, il manque une partie de l'éducation. Surtout qu'il ne reste plus comme espace de jeu que l'école. A la maison, parents et télévision ont occupé l'espace, et la rue a changé. L'enfant entre 7 et 13 ans doit se dépenser pour apprendre le comportement.
    Le plus de l'éducation physique par rapport au jeu est que celle-ci apporte des éléments normés, avec la discipline et les limites.

    - Vous avez un discours très moderniste qui contredit l'état actuel de l'enseignement. Or la première notion qui vient à l'esprit quand on prononce le mot enseignement est la baisse de niveau. Qu'en est-il vraiment?
    - Avant de parler de baisse de niveau, il faut avoir un repère, c'est important et difficile. La baisse est-elle absolue, pour toutes les matières, par rapport à quelle année? Pour établir des mesures, nous avons ramené le niveau à des objectifs. Or l'objectif n'est pas fixé, normé. Il ne reste plus que des évaluations subjectives.
    Il existe une étude dans le cadre du programme initié par l'Unesco, "Education pour tous". Un travail a été fait sur une année charnière, la 4ème de la scolarisation. L'objectif est de connaître les acquis scolaires des enfants de plusieurs pays. Nos spécialistes planchent sur les résultats.

    - Quelles sont les premières constatations?
    - Les matières environnementales présentent les meilleurs résultats. Vient ensuite l'arithmétique. Les résultats sont les plus mauvais sur les acquis de la langue (l'arabe) avec des conséquences sur le reste. Il y a un problème pour les enfants marocains à maîtriser leur langue. Ces difficultés ont des conséquences. La baisse de niveau se situe là.

    - Où se trouve la solution?
    - L'arabe étant notre langue nationale, ceci étant irréversible, il lui faut un enseignement efficace, adapté à l'environnement. Les raisons peuvent être nombreuses: dans la langue elle-même, les méthodes, le rythme de connaissance. Un travail doit être réalisé avec l'objectivité qui s'impose.

    - A la fin du secondaire, y a-t-il des repères pour juger de la baisse de niveau?
    - Nous avons une grande disparité en fin de parcours. Le système produit des bacheliers au niveau international et des éléments très faibles. Le fond du problème est encore celui du moyen de communication, de la langue. Si des jeunes reçoivent des milliers d'heures d'arabe et de français et qu'ils s'expriment mal, le système a échoué. Ceci occulte le tout, ne permet pas de juger du niveau du reste, même des mathématiques.
    Les enseignants des écoles d'ingénieurs constatent une détérioration due au problème de communication. Il y a là un loupé. Il faut travailler à le rattraper.

    - Vous dites qu'il y a baisse de niveau et disparité. Est-ce que le flot, la quantité n'a pas écrasé le niveau, la qualité. La sélection est-elle défaillante?
    - Il est difficile de porter des jugements sur des décisions prises il y a 4 ans, sans se référer au contexte. Au lendemain de l'indépendance, le but louable était de généraliser l'enseignement. C'était l'objectif premier à réaliser dans le délai le plus court. Or, nous n'avions pas les enseignants pour le faire. Depuis, on ne s'est jamais arraché à la logique démocratique de la quantité pour une logique de la formation d'une élite d'enseignants, et qui aboutit plus tard à une généralisation d'une bonne instruction.
    Je vous rappelle une curiosité de l'Histoire. Les révolutionnaires français, qui tenaient tant à l'instruction du peuple et à l'égalité, ont commencé par bâtir un système sélectif, pour attirer les meilleurs vers l'enseignement avec les écoles normales.
    L'école publique s'est ensuite démocratisée sur cette base.
    Quant à nous, nous avons d'abord commencé par la généralisation. Pour faire vite, nous avons pris des raccourcis formé rapidement des élèves qui se sont retrouvés enseignants... Le processus reproduit ses faiblesses.

    - Allez-vous en conséquence aborder la sélection de front?
    - La sélection existe déjà de fait, dès l'entrée, et d'abord entre le milieu urbain et le milieu rural: là, parfois, l'école n'est pas arrivée, où les parents résistent à envoyer l'enfant dont ils ont besoin aux champs. Une autre sélection est d'origine sociale: un enfant dont les parents sont des cadres, qui peuvent le suivre, lui offrir un lieu de travail, est favorisé par rapport à un enfant qui vit avec 5 frères dans une pièce. Il n'a même pas l'espace pour apprendre ses leçons.
    Enfin, il y a la "sélection" du système pour des contingences économiques: faute de place, on sélectionne de la 9ème année du fondamental, pour passer au secondaire. Il y a un quota de 40%, par école, qui passe. Ceci est d'une injustice flagrante.
    Une école peut n'avoir que d'excellents élèves, et 60% sont rejetés. A l'inverse, ils peuvent être tous mauvais, et 40% passent. Ceci explique la disparité de niveau.

    - Dans ce flot, y a-t-il une place pour des "surdoués", ou ces petits "bûcheurs" qui font partout les élites, et qui se retrouvent étouffés?
    - Heureusement que les enfants doués sont suffisamment forts, au niveau de leur caractère. Ils luttent et passent à travers toutes les sélections scolaires et sociales.
    Les élites scientifiques ne viennent pas forcément des familles riches. C'est un gain de la démocratisation de l'enseignement. Malheureusement, tout ce qui fera de ce doué un homme qui réussira dans la vie (capacités relationnelles, culture générale) et qui n'est donné que par le milieu est mal réparti. C'est la vraie tare du système.

    - Un autre signe de la dégradation du système est le sureffectif des classes et même des enseignants?
    - Pour l'enseignement fondamental, il y a souvent sureffectif dans les quartiers périphériques, où se déverse un exode rural inattendu.
    Dans les vieux quartiers, le nombre d'enfants diminue. Dans le milieu rural, les classes ne sont pas pleines, avec des écarts d'une année à l'autre, malgré les classes multiniveaux.

    - Et les enseignants? Beaucoup semblent ne pas travailler?
    - Votre question se résume au problème du surnombre. C'est la conséquence d'un comportement peu civique. Il faut comprendre qu'un collège doit avoir un effectif d'enseignants pour toutes les classes et toutes les matières en plus du personnel d'ajustement pour couvrir les aléas: maladies, maternités... Avec le temps, les politiques clientélistes et les interventions, des enseignants ont demandé à aller d'un établissement à un autre pour des questions de santé, de proximité, ou pour ne rien faire. L'habitude a été prise de leur donner satisfaction. Les surnombres ont été gonflés, sont devenus normaux, un droit. Ne pas travailler est devenu un service à demander.
    Une deuxième raison est que les besoins nouveaux sont désormais hors des grandes villes, désormais saturées. Les nouveaux sont donc affectés dans les petites villes, les villages. Or, tous les enseignants n'ont qu'une idée: aller d'Est en Ouest et du Sud au Nord. D'où des mouvements: les candidats à la mutation étant supérieurs aux postes offerts, se développent les passe-droit et les surnombres.

    - Quelle est la proportion de ces privilégiés?
    - Dans l'état actuel, nous sommes dans l'incapacité de donner des chiffres. Les éléments de mesure objectifs n'existent pas, faute de référentiel. Aussi allons-nous mettre en place des lois-cadres par établissement. Pour un nombre de classes et d'effectifs d'élèves, l'école a un cadre défini en nombre d'enseignants. Les postes budgétaires seront définis et numérotés; les surnombres seront identifiés en tant que tels.
    En même temps, il faut mettre fin aux interventions, injustes, insultantes envers les enseignants qui n'en bénéficient pas, et qui portent atteinte aux intérêts des élèves et aux deniers publics.

    - Est-ce cela qui aboutit à des manifestations devant le MEN?
    - Je vous précise d'abord que les candidats aux mouvements étaient 50.000 cette année et il n'y a aucun droit à la mutation. Mais pour répondre de manière juste à ces demandes, il faut en définir les principes. Le premier est qu'aucun mouvement ne peut se faire au détriment des élèves, car la mission de cette maison est d'enseigner, d'éduquer.
    Je ne peux accorder la faveur de déplacer un enseignant et laisser une classe vide. Un autre principe est de bien gérer les deniers publics, ne pas créer de surcharge financière à l'Administration pour encore accorder des faveurs. Je ne peux déplacer un enseignant, créer un surnombre ici, et un poste supplémentaire là pour le remplacer. Un 3ème principe est de ne pas accorder ces faveurs à la tête "des clients" ou aux pistonnés. Tous les candidats doivent avoir les mêmes chances.

    - Ces principes étant posés, vous devez avoir une procédure connue de tous?
    - Effectivement. Des critères objectifs sont appliqués à tous. Le rapprochement de conjoints est une demande sociale, à laquelle le MEN répond, même s'il n'en est pas responsable. Et puis il y a les cas sociaux: la veuve qui veut se rapprocher de sa famille, le malade qui veut se rapprocher de l'hôpital.
    Enfin, il y a des demandes de mutations de ceux restés longtemps dans un endroit difficile.
    Une batterie de critères a été établie pour tous ces cas.
    Un ordinateur effectue le tri. Ce système a un mérite, c'est de respecter des principes et une procédure connue de tous.

    - Mais est-ce qu'avec l'ordinateur vous ne vous cachez pas derrière une machine froide, alors que les cas à résoudre sont avant tout humains?
    - L'ordinateur est indispensable pour collationner les 50.000 demandes, les analyser, les rapprocher avec les besoins. Il optimise les demandes et les postes vacants, et les postes qui se découvrent par la mutation opérée...
    Avant mon arrivée, les mouvements avaient lieu en 2 temps: en juin, le traitement était informatique. A la rentrée, un traitement manuel laissait place à des abus, ouvrait les voies du surnombre et des interventions; c'est la course au sponsor qui avait l'air de satisfaire beaucoup de gens, sauf les laissés pour compte, qui avaient essayé d'obtenir une mutation au mérite. C'est pourquoi j'ai organisé le deuxième mouvement par ordinateur en faisant participer ceux qui n'avaient pas été satisfaits au premier tour. Ceux qui n'ont pas déposé de demande ont donc été exclus. De ce fait, il y a eu des mécontents. En définitive, je suis satisfait des résultats.

    - Il est resté des cas de familles séparées?
    - Les deux tours ont laissé des cas de rapprochement de conjoints non satisfaits. Mais le problème est créé par les administrations et les entreprises qui mutent leur personnel marié avec des enseignants, et le MEN doit s'arranger pour suivre. Il ne faut pas oublier que j'ai des postes budgétaires comme tout le monde, et que je risque de déranger des classes pour tout mouvement.
    A l'avenir, les autres administrations doivent attendre que j'aie les possibilités de suivre. Une note du Premier ministre a été envoyée dans ce sens à toutes les administrations. Il y a aussi des rapprochements de conjoints naissant au MEN. S'ils sont dans le même cycle, le mouvement peut être coordonné. Sinon, c'est impossible. Nous travaillons à créer un "bridge" entre les cycles.
    Un autre cas, créé en interne, est celui des enseignants qui vont se former pour 4 années. Il faut pourvoir leur poste. Au retour, ils réclament leur affectation d'origine. A l'avenir, il faudra marier l'ambition individuelle de se former et l'intérêt des élèves. Nous envisageons une formule de formation alternée.
    Le dernier cas est celui des jeunes recrues qui se marient en cours de formation pour échapper à l'affectation en milieu rural grâce au rapprochement de conjoints. La solution est le recrutement local, pour les besoins locaux.

    - Adieu les interventions?
    - Mon message est clair. Tout enseignant qui fait intervenir démérite, car il ne respecte pas ses confrères, demande des faveurs avant les droits des élèves. C'est impardonnable pour des gens dont la vocation est d'apprendre la morale. Les interventions ne paieront plus.

    - Il semble sur le contenu qu'il y ait bourrage de crâne des enfants pour en faire des têtes bien pleines. Les capacités résolutoires pour têtes bien faites ne sont pas développées.
    - Notre système pédagogique pour l'apprentissage par la surcharge des matières et leur contenu ne me paraît pas pertinent. On pèche par ambition. Je milite pour la simplification. La difficulté de maîtrise de la langue conduit aussi à l'apprentissage par coeur. Notre système à des atouts mais souffre de complexités. Il faut définir un tronc de connaissances minimales, et superposer des options tout autour.

    - Le MEN est budgétivore et constitue la première dépense. Etes-vous touché par les restrictions?
    - A ce jour non. Notre problème est la discordance entre la gestion annuelle du Budget de l'Etat et la planification à terme. Quand il y a restriction, les incidences ont lieu sur les années à venir. L'objectif est de soutenir l'effort financier en la matière.
    Pour cette année, de notre initiative, nous voulons entrer dans un cycle d'amélioration de la gestion. Le problème n'est plus d'exécuter les budgets. Il ne suffit pas de bien dépenser en matière de construction, des marchés publics, mais de gérer. De manière volontaire, quand nous réduisons le surnombre, nous améliorons le fonctionnement.


    Un ingénieur chez les enseignants

    M. Rachid Ben Mokhtar succède à la tête du MEN à deux enseignants universitaires: Chkili et Knidri.
    C'est un ingénieur qui opérait de surcroît dans le secteur privé. Diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure de Construction Aéronautique et de l'Institut de Management Développement aux Etats-Unis, il a exercé chez IBM, a collaboré à un cabinet d'ingénierie américain. Créateur et dirigeant d'IMEG, il a informatisé et réorganisé plusieurs administrations et entreprises.
    "Mon background m'aide à avoir une vision globale de gestionnaire. Habitué aux systèmes complexes, je sais ne pas m'attarder sur les détails. Je suis vacciné contre le quotidien". Le changement n'existe pour lui que s'il y a une alternative de construction, mettant en concordance toutes les possibilités de faisabilité. M. Ben Mokhtar a travaillé avec le Club de Rome sur le projet "On ne finit pas d'apprendre" et a enseigné à l'Ecole Mohammadia des Ingénieurs et participé à la réflexion sur la réforme de 1984.
    La mission du ministre de l'Education Nationale est ardue et il faut la prendre avec modestie.



    Mutation: Le "piston" ne paiera plus

    Les candidats aux mouvements étaient 50.000 cette année et il n'y a aucun droit à la mutation, précise le ministre. Mais pour répondre de manière juste à ces demandes, il faut en définir les principes. Le premier est qu'aucun mouvement ne peut se faire au détriment des élèves, car la mission de cette maison est d'enseigner, d'éduquer. Un autre principe est de bien gérer les deniers publics, ne pas créer de surcharge financière à l'Administration. "Je ne peux déplacer un enseignant, créer un surnombre ici, et un poste supplémentaire là pour le remplacer". Un 3ème principe est de ne pas accorder ces faveurs à la tête "des clients" ou aux pistonnés. Tous les candidats doivent avoir les mêmes chances; puis des critères objectifs sont appliqués à tous. Le rapprochement de conjoints est une demande sociale, à laquelle le MEN répond, même s'il n'en est pas responsable. Et puis il y a les cas sociaux: la veuve qui veut se rapprocher de sa famille, le malade qui veut se rapprocher de l'hôpital.
    Enfin, il y a des demandes de mutations de ceux restés longtemps dans un endroit difficile.
    "Une batterie de critères a été établie pour tous ces cas.
    Un ordinateur effectue le tri, rappelle le ministre. Ce système a un mérite, c'est de respecter des principes et une procédure connue de tous".

    Il continue, "avant mon arrivée, les mouvements avaient lieu en 2 temps: en juin, le traitement était informatique. A la rentrée, un traitement manuel laissait place à des abus, ouvrait les voies du surnombre et des interventions; c'est la course au sponsor qui avait l'air de satisfaire beaucoup de gens, sauf les laissés pour compte, qui avaient essayé d'obtenir une mutation au mérite. C'est pourquoi j'ai organisé le deuxième mouvement par ordinateur en faisant participer ceux qui n'avaient pas été satisfaits au premier tour. Ceux qui n'ont pas déposé de demande ont donc été exclus. De ce fait, il y a eu des mécontents. "A l'avenir, les autres administrations doivent attendre que j'aie les possibilités de suivre". Une note du Premier ministre a été envoyée dans ce sens à toutes les administrations. Il y a aussi des rapprochements de conjoints naissant au MEN.
    Un autre cas, créé en interne, est celui des enseignants qui vont se former pour 4 années. Il faut pourvoir leur poste. Au retour, ils réclament leur affectation d'origine. A l'avenir, il faudra marier l'ambition individuelle de se former et l'intérêt des élèves. Nous envisageons une formule de formation alternée.
    Un autre cas est celui des jeunes recrues qui se marient en cours de formation pour échapper à l'affectation en milieu rural grâce au rapprochement de conjoints. La solution est le recrutement local, pour les besoins locaux.
    "Mon message est clair. Tout enseignant qui fait intervenir démérite, car il ne respecte pas ses confrères, demande des faveurs avant les droits des élèves. C'est impardonnable pour des gens dont la vocation est d'apprendre la morale. Les interventions ne paieront plus", conclut le ministre.


    Les chiffres de la rentrée

    4.461.000 élèves ont repris le chemin des écoles, soit un gonflement global des effectifs de 7,2%.
    Les petits nouveaux en première année de l'enseignement fondamental seront 590.000, ce qui amène à un taux brut d'inscriptions à la base de l'ordre de 90%. Sur l'ensemble du premier cycle de l'enseignement fondamental (le primaire), le taux brut de scolarisation atteint les 73%, avec 3.110.000 écoliers.
    Les collèges (2ème cycle de l'enseignement fondamental) accueilleront 981.000 élèves, et les lycées (enseignement secondaire) 370.000.
    4.000 civilistes en exercice seront intégrés après une formation alternée.
    Les candidats aux CPR et aux écoles normales supérieures ont été de 74.192 pour 1.139 postes offerts.
    Le déséquilibre régional entre les besoins en instituteurs et leur lieu de formation apparaît. Par exemple, l'école normale de Aïn Chock sort 233 instituteurs, celle de Tanger 288, celle d'Oujda 247... et les besoins sont nuls dans leurs circonscriptions. D'où des mutations obligées vers des provinces comme Ouarzazate qui n'en sort que 48 alors que les besoins sont de 745, ou Taroudant (46 sortants et 575 besoins) et Tata sans école normale qui a besoin de 243 instituteurs.


    Sur l'arabisation des matière scientifiques

    Aujourd'hui, pour les matières scientifiques, il y a des indicateurs et non des preuves que les difficultés de passage du secondaire (arabisé) au supérieur (en français) soient dues essentiellement à l'utilisation de la langue arabe dans l'enseignement des matières scientifiques, indique le ministre
    La quasi-unanimité des enseignants du supérieur réclament une charnière. Le seul indicateur vient des classes secondaires industrielles où l'enseignement des matières scientifiques et techniques est en langue française. Les résultats obtenus aux classes préparatoires sont supérieurs à ceux des options mathématiques où les matières scientifiques sont enseignées en arabe. Ils sont meilleurs dans les concours aux grandes écoles.
    Depuis qu'il existe des classes préparatoires techniques, il commence à apparaître un certain plus dans le niveau des élèves de ces classes, et bien entendu au niveau de leurs résultats dans les concours des grandes écoles. Mais le vrai problème reste la non-maîtrise, par une grande majorité de lauréats, des langues de communication, français ou arabe, et la culture générale.
    Un jour, il faudra lever le tabou et adopter le principe d'efficacité, dit le ministre. Si le prix à payer est le renforcement des matières scientifiques en français, il faudra le faire, conclut M. Benmokhtar.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc