Politique Internationale

Ben Laden
L’homme qui a vécu deux fois

Par L'Economiste | Edition N°:3521 Le 03/05/2011 | Partager
Ami du clan Bush avant le 11 septembre
Afghanistan: le début de la fronde
Une affaire personnelle portée à la face du monde

La mort d’Oussama ben Laden n’a fait qu’épaissir les multiples zones d’ombre du personnage. Parti en croisade contre l’URSS en Afghanistan, avec la bénédiction de la CIA, il a fini sa vie premier ennemi des USA, causant la plus grande guerre secrète de l’histoire contemporaine

LE voilà enfin mort. Oussama ben Laden, alias le Prince, alias l´Émir, né en 1957 en Arabie saoudite: cheveux bruns, yeux noirs, peau olive, gaucher. Après plus de dix ans rocambolesques de traque, de violence perpétrée sur les cinq continents, de groupuscules d’islamistes métastasés dans le monde, d’invasions de pays, l’épilogue Ben Laden est annoncé. Mais qui était vraiment l’ennemi public n° 1 des Etats-Unis? Son parcours mystérieux est plein de zones d’ombre.
Il commence à faire parler de lui en 1982. A 25 ans, formé par la CIA, il est envoyé en Afghanistan pour combattre les Russes. Sur place, le jeune Oussama ben Laden découvre la débandade des Moujahidines. Il s’emploie à organiser leur combat. Très vite, il s’impose comme un chef redoutable qui résiste au colosse communiste. A la tête de ce qui deviendra Al-Qaïda, Ben Laden fait ses armes. Sa richissime famille, proche du pouvoir saoudien, finance la guerre. Oussama Ben Laden partage la vie des maquisards, mais surtout il organise l’aide de l’Arabie saoudite aux Afghans. L’Afghanistan, c’est un peu le pré-carré de la famille Ben Laden. On la retrouve actionnaire dans la société Carlyle et elle entend profiter, dès la fin de la guerre, des gisements incommensurables de pétrole cachés sous les sols afghans. Carlyle compte d’autres actionnaires prestigieux: la famille Bush, l’ancien secrétaire d’Etat américain, James Baker, Frank Carlucci, ancien directeur-adjoint de la CIA et secrétaire à la défense, Richard Darman, l’ancien directeur-adjoint de l’US Office of Management and Budget…
A cette époque, Ben Laden est l’ami des Américains. Il fréquente les salons financiers feutrés de New York ou Manhattan. Il troque sa toge afghane contre un smoking, parle dow jones et business, acquiert même une réputation de séducteur de femmes. Carlyle prend des options sur le pétrole afghan et explose financièrement dès la fin de la guerre contre la Russie en 1989.
Dix ans plus tard, la société se paie United Defense, gros fournisseur de l’armée américaine en véhicules de combat et en artillerie. Le groupe possède 89,3 milliards de dollars de capitaux propres et emploie 286.000 personnes dans 21 pays…
A la fin de la guerre afghane en 1989, Oussama ben Laden se sent trahi. A son retour en Arabie saoudite, il est considéré comme un héros. Il organise des conférences dans les mosquées, dans les écoles, à l’université sur son «djihad» contre l’armée soviétique. Lors de la guerre du Golfe (1990-1991), Oussama ben Laden propose au roi Fahd d’Arabie saoudite d’utiliser sa milice pour défendre le pays contre une éventuelle invasion des troupes irakiennes. Ce dernier refuse et préfère ouvrir son territoire à l’armée américaine, prêtant ainsi le flanc à l’accusation selon laquelle il aurait autorisé les «infidèles» à «souiller le sol sacré» de l’Arabie saoudite. Ben Laden se fait alors de plus en plus critique vis-à-vis de la famille royale, et va jusqu’à accuser les princes de corruption. Il choisit de s’allier à des opposants au régime wahabite installés en Iran et en Syrie. Riyad lui attribua notamment la responsabilité d’un attentat contre son ambassadeur au Pakistan ainsi qu’une tentative avortée de détournement d’un avion saoudien effectuant la liaison Karachi-Djeddah. Au début d’avril 1994, l’Arabie saoudite le prive de sa nationalité. Cette date marque la métamorphose de l’homme. Il plonge dans la clandestinité et se réfugie au Soudan. Sous le mandat de Bill Clinton, le réseau islamiste entame son nouveau djihad contre l’Amérique. Les attentats commencent un peu partout. Entre 1992 et 1995, Ben Laden finance et arme les moujahidines bosniaques, notamment via l’organisation humanitaire autrichienne Third World Relief Agency (TWRA). Il officialise ses aides aux moujahidine islamistes les plus radicaux revenus après la guerre d’Afghanistan dans leur pays d’origine (ils y sont surnommés «les Afghans»). Dès décembre 1992, un groupe se réclamant de Ben Laden est responsable d’un attentat au Yémen contre les soldats américains en route pour l’opération Restore Hope en Somalie. La même année, un attentat touche le World Trade Center, et fait 6 morts. Un groupe lié à Oussama ben Laden est soupçonné. En février 1996, Oussama ben Laden lance un appel à attaquer les intérêts américains partout dans le monde. Les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie sont la cible des bombes. Il devient dès lors l’ennemi le plus dangereux des États-Unis, qui obtiennent son expulsion du Soudan. Il se réfugie alors en Afghanistan, passé sous contrôle des talibans.

 

Le 11 septembre 2001, le jour de l’attaque terroriste contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington (près de 3.000 victimes), Carlyle a réuni dans cette dernière ville plusieurs centaines d’investisseurs liés au groupe. Parmi les invités figuraient, entre autres, George W. Bush et Shafig ben Laden, le demi-frère d’Oussama. Shafig ben Laden faisait partie des 13 membres de la famille Ben Laden qui ont quitté les Etats-Unis le 19 septembre 2001 à la demande du gouvernement. A ce jour, la proximité des noms Bush et Ben Laden frappe les consciences et révèle Carlyle au grand public. Au même moment, les Ben Laden retirent leur argent du groupe énigmatique.
Le 1 mai 2011dans la nuit, l’histoire s’arrête net. Les forces américaines lancent des frappes au Pakistan et déciment la maison où Oussama ben Laden s’était réfugié.
Désormais, l’homme est devenu un mythe. Produit de la CIA, il a emporté dans sa tombe les secrets de Carlyle et des attentats du 11 septembre qu’il n’avait jamais revendiqués. Harnaché de sa canne et d’une barbe légendaire, le Saoudien aura maintenu l’illusion jusqu’au bout. Jusqu’à devant Allah…

Karim SERRAJ

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