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    Politique Internationale

    Bébé bug et bébé dragon

    Par L'Economiste | Edition N°:636 Le 11/11/1999 | Partager



    · Des millions de Chinoises espèrent accoucher le jour de l'an 2000 pour que l'enfant soit béni et chanceux
    · Le nombre de femmes enceintes a augmenté à l'approche du millénaire


    Au mépris du contrôle des naissances, des millions de couples chinois ont pris leurs dispositions pour mettre au monde l'an prochain un enfant qui sera doublement béni par le millénaire et par le signe du Dragon, l'un des plus fastes de l'astrologie chinoise.
    "Avoir un bébé pendant l'année du Dragon est très favorable: cela signifie que l'enfant sera puissant et victorieux", se rengorge une future maman en train d'attendre son tour dans un couloir surpeuplé du service d'obstétrique de l'Hôpital Xiehe à Pékin.
    "Comme l'an prochain sera aussi le début du millénaire, le bébé va avoir encore plus de chance", espère-t-elle. L'année du Dragon ne commencera, selon le calendrier lunaire, que le 5 février. Mais certains parents se sont mis dans l'idée d'avoir un "bébé bug", né le 1er janvier 2000, quitte à ce qu'il naisse sous le signe moins prestigieux du lapin.
    "J'espérais accoucher le jour de l'an, mais le médecin m'a dit que ce serait plutôt pour fin décembre", se désole Li Li, une jeune femme de 31 ans. "Ces choses-là sont dures à planifier", soupire-t-elle.
    A l'hôpital Xiehe, il faut depuis quelques mois attendre jusqu'à quatre heures avant de pouvoir être reçue par un gynécologue, profession en première ligne de "la politique de l'enfant unique" imposée dès le début des années 1980 dans le pays le plus peuplé du monde.

    Superstition


    Le Dr Bian Xuming, directrice du service de gynécologie, estime que le nombre de femmes enceintes passant par son hôpital a augmenté d'environ 5% cette année, un chiffre qui, rapporté aux dimensions chinoises, signifierait des centaines de milliers de naissances supplémentaires. L'envie d'avoir un "bébé dragon" est "un facteur" de reprise des naissances après 20 années de baisse régulière du taux de fécondité, reconnaît le Dr Bian, qui s'afflige du regain des superstitions traditionnelles dans un pays gouverné depuis 50 ans par le matérialisme communiste. "Certaines personnes croient encore aux horoscopes. Elles veulent accoucher un certain jour, voire à une certaine heure. Ce n'était pas ainsi il y a encore cinq ans", se désole-t-elle. "Nous sommes un hôpital d'Etat, il n'est donc pas question d'encourager ce genre de superstition". Zhai Guirong, chef de service à l'Hôpital d'obstétrique de Pékin, confirme que le nombre de femmes enceintes a augmenté de mois en mois à l'approche du millénaire. Mais les autorités refusent jusqu'à présent de tirer le signal d'alarme dans un pays de 1,2 milliard d'habitants qui a fait de la limitation des naissances une mission sacrée.
    "Pour les Chinois, l'an prochain est tout à fait spécial. Il est possible que de nombreux couples souhaitent avoir un enfant", reconnaît une porte-parole de la Commission Nationale du Contrôle des Naissances.
    Mais selon elle, le "baby boom" tant redouté n'aura pas "un effet trop fort" sur la croissance de la population, tombée pour la première fois l'an dernier sous la barre de 1%, contre 2,58% dans les années 1970.
    La démographie importe peu à Zhao Lin, une employée de bureau qui espère mettre au monde l'un des premiers dragons du cru 2000. "Tout est possible pour ces enfants", affirme-t-elle, rappelant un vieux proverbe selon lequel les natifs du dragon "nageront sous la mer et voleront dans les cieux". Un futur père garde la tête froide. "Ce n'est pas si fantastique d'avoir un petit dragon", assure-t-il. "Comme tout le monde en veut un, notre enfant aura plus de rivaux en grandissant".

    Nadia BELKHAYAT (AFP)

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