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    Economie Internationale

    Beau retournement de fortune en Corée

    Par L'Economiste | Edition N°:631 Le 04/11/1999 | Partager


    · La crise financière n'est plus qu'un mauvais souvenir
    · La banque centrale détient plus de 70 milliards de Dollars de devises, alors que les caisses étaient vides il y a deux ans
    · Selon un banquier français, l'amélioration de l'économie se voit dans la réduction des stocks des entreprises et dans leur plus grande facilité à se refinancer grâce à la baisse des taux d'intérêt


    ON se croirait au Boulevard Hausmann à Paris en pleine période de Noël. Le trafic est totalement bloqué dans le centre de Séoul. Bravant la pluie battante, ignorant les passages pour piétons, les passants se fraient un chemin entre les voitures, attirés comme des mouches, vers les grands magasins. C'est l'ambiance de Chusok, la fête de la récolte. Traditionnellement, une fête que les Coréens passent en famille et célèbrent par des échanges de cadeaux. Au rez-de-chaussée du magasin Lotte, les vendeuses en costume s'activent avec frénésie pour confectionner des paquets-cadeaux. La queue devant le stand bloque l'entrée du grand magasin. "Pendant la semaine précédant Chusok, nos ventes ont fait un bond de près de 40% par rapport à la même période de l'an dernier!", se réjouit-on. "Le contraste est saisissant entre le paysage actuel et celui d'il y a un an. A l'époque, on avait vraiment le sentiment que la Corée aurait encore beaucoup de mal à se relever du séisme financier de décembre 1997", confirme un homme d'affaires.
    Depuis six mois, l'amélioration de l'économie est incontestable. "Elle se voit dans la réduction des stocks des entreprises, dans leur plus grande facilité à se refinancer grâce à la baisse des taux d'intérêt", explique un banquier français. Tous les indicateurs sont au vert. Après un pic à 8,7% en février, le taux de chômage est passé sous la barre des 6% au mois d'août. "C'est encore beaucoup comparé aux 2 à 3% que nous connaissions avant la crise. Mais ce n'est pas énorme si l'on regarde les performances des autres pays industrialisés", rappelle Lee Jeong-taik, porte-parole du Ministère du Travail.

    Crise venue de l'étranger


    Le pays semble à l'image de cette publicité pour les téléviseurs Daewoo montrant un char d'assaut lancé à vive allure traversant l'écran! "C'est l'idée, un peu guerrière mais bien ancrée dans la mentalité coréenne, que rien ne peut nous arrêter quand on est déterminé", explique Chang Mi-rang, professeur de sociologie à Séoul.
    La crise, que l'homme de la rue a baptisé symboliquement "IMF crisis", autrement dit la crise venue de l'étranger, n'est plus qu'un mauvais souvenir, une parenthèse. A preuve, des grèves éclatent ici et là, non plus seulement pour lutter contre un plan social mais pour obtenir cette fois des augmentations de salaires. L'équipementier français Valeo qui a racheté récemment une entreprise coréenne en a fait l'amère expérience. Les salariés ont déclenché un mouvement social pour obtenir un relèvement des salaires. "Il y a des signes de reprise. Il est normal que les ouvriers qui se sont beaucoup sacrifiés jusqu'ici récoltent le fruit de leurs efforts", explique le président de la KCTU, la CFDT coréenne. A ceux qui contestent ce bilan en rose et parlent plus volontiers d'une "illusion de confort" ou d'une "croissance feu de paille", le gouvernement a répondu en annonçant dernièrement une prévision de croissance de 9% pour l'année en cours.
    Symboliquement, Séoul s'est même offert le luxe de rembourser par anticipation une partie des fonds avancés par le FMI. Beau retournement de fortune: la banque centrale possède désormais 70 milliards de Dollars de réserves en devises alors que ses caisses étaient vides il y a deux ans. Cette reprise débridée laisse pourtant sur le carreau une frange importante de la société. Dans une agence pour l'emploi du centre de Séoul, qui occupe deux étages d'un bâtiment administratif de la capitale, Young-jae, directeur d'une petite entreprise d'équipements médicaux, est venu accomplir une drôle de démarche. "Ma société vient de licencier 20 personnes sur 40. Ils n'ont rien touché du chômage, car l'entreprise n'avait pas cotisé. C'est fréquent en Corée. Je suis venu inscrire la société au cas où d'autres personnes seraient licenciées plus tard, car nous sommes inquiets. Personnellement, je ne vois aucune amélioration depuis deux ans".


    Attention aux travers


    La faillite de Daewoo qui pèse à lui seul 5% de l'économie du pays montre bien que beaucoup de problèmes ne sont pas réglés(1).
    La crise de 1997 a sonné l'alarme sur certaines dérives du système coréen: des conglomérats surendettés, des banquiers et des politiciens corrompus, une collusion malsaine entre la classe politique et les milieux d'affaires, une absence totale de transparence dans la gestion des entreprises dirigées par des dynasties familiales etc.
    "Le problème, c'est que la reprise est venue trop vite et que l'on a un peu oublié tout ça. Le danger est que la Corée retombe dans les mêmes travers", remarque un homme d'affaires étranger. "La combinaison d'une croissance rapide et d'une faible inflation est un bon signe pour l'économie... mais pas pour les réformes. La tentation est de recourir à la croissance forte pour éviter de traiter les problèmes. Or, il reste beaucoup à faire", ajoute Hasung Jang, directeur du Centre de recherches sur la finance à l'Université de Corée.


    Frédérique AMAOUA
    Envoyée spéciale à Séoul
    Syndication
    L'Economiste-Libération (France)


    (1 ) Cf L'Economiste du 2 novembre 1999.

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