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    BCP: Comptes multiples, découverts déraisonnables

    Par L'Economiste | Edition N°:324 Le 02/04/1998 | Partager

    Le redressement de la Banque Populaire ne va pas être facile, à en juger par les habitudes prises dans la première institution bancaire du pays. Les comptes débiteurs très élevés détenus par des cadres proches de l'ancien président sont significatifs de l'état de la gestion.


    Les pratiques de la Banque Populaire vis-à-vis de certains de ses hauts cadres et collaborateurs proches de l'ancien président sont plus que surprenantes. Pour au moins 13 de ses employés de haut rang, la Banque Populaire a eu une politique laxiste d'ouverture de comptes et surtout de recouvrement de débits.
    C'est ainsi qu'une secrétaire de direction dispose de 12 comptes différents dans la banque qui l'emploie. Cinq ont un solde 0. Les sept autres sont débiteurs pour un montant total un peu supérieur à 2,402 millions de DH. Un dixième de cette somme est logé dans un compte débiteur qui n'a plus été mouvementé depuis le mois d'août 1995.
    Pour un directeur central, 20 comptes différents sont ouverts. Dix ont un solde 0. Les dix autres sont tous débiteurs et le montant total du débit, au 12 mars 1998, dépasse 4,826 millions de DH. Un de ces comptes présente un débit d'un peu plus de 2 millions de DH en février de cette année. D'autres comptes sont débiteurs depuis la fin 1995 et n'ont pas été mouvementés depuis.

    Dans ces deux cas, la Banque Populaire ne s'est apparemment pas montrée exigeante envers ses employés et, bonne fille, elle a même autorisé de nouveaux débits sur de nouveaux comptes. C'est, semble-t-il, une habitude de gestion des ressources humaines. Si ces pratiques étaient connues par le personnel de la Banque, cela expliquerait peut-être le climat social qui y régnait au cours des ces dernières années, climat qui provoquait l'échec des réorganisa-tions et le scepticisme devant le dernier plan, Oasis 2000.
    Mais il y a aussi d'autres faits embarrassants.
    Dans 10 des 13 cas examinés par L'Economiste, les comptes sur lesquels sont versés les salaires des employés de la Banque ont des mouvements supérieurs à 200.000 DH entre le 1er janvier et le 12 mars 1998, soit onze semaines seulement. Dans un cas, le total des mouvements sur deux mois est à 1,6 million de DH, soit un niveau d'opérations qui ferait de ce cadre, non pas un simple employé de haut rang dans une banque, mais une PME à lui seul. Ceci ne règle néanmoins pas la situation de ce cadre puisqu'avec deux de ses dix comptes il est débiteur envers la Banque Populaire d'un peu plus de 600.000DH.

    Pour la compréhension de la situation réelle, il faut rappeler qu'un compte débiteur n'apparaît pas de la même façon. Lorsqu'une banque accorde un crédit, le compte devient créditeur. Le compte débiteur au contraire indique que le titulaire a tiré de l'argent sans effectuer un emprunt en bonne et due forme. Mais il ne peut le faire qu'avec l'autorisation de la banque.
    Les relations entre une banque et ses employés sont régies par une convention, laquelle n'a pas été respectée dans le cas de la Banque Populaire vis-à-vis de certains de ses employés. Pour sa part, le Groupement Professionnel des Banques du Maroc, à l'instigation de ses membres, s'est déjà préoccupé de la propension à l'endettement, voire au surendettement qui existe chez les employés de tous rangs. Le nombre de comptes doit être limité: sauf cas exceptionnel et hormis un compte sur carnet, un employé ne doit détenir qu'un seul et même compte, dont le solde positif peut être rémunéré. En revanche, les découverts sont payants, avec un taux qui doit être supérieur à celui de la rémunération. Naturellement, les échéances de prêts octroyés par l'employeur sont retenues à la source et le salaire est versé net de ces échéances. Pour les crédits immobiliers, les banques font une petite faveur à leurs employés en réduisant le taux d'intérêt, mais pas en le supprimant. Exception-nellement, des prêts sans intérêt peuvent être accordés, mais uniquement pour des événements particuliers comme une naissance, un mariage... Ces prêts sont plafonnés et la pratique veut qu'ils ne dépassent pas 20.000DH. Enfin, les banques employeuses veillent à ce que le taux d'endettement de ses employés (comme celui de ses clients) reste raisonnable. Aucune des 13 situations des cadres de la Banque Populaire n'entre dans le cadre des avantages sociaux dont disposent les employés du secteur bancaire.
    Rappelons qu'un audit avait été lancé en 1996 à la Banque Populaire, à la demande du gouvernement. Aucune des conclusions n'a été rendue publique à ce jour.


    Nadia SALAH & Alié Dior NDOUR

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