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    Politique Internationale

    Azoulay invité au petit-déjeuner de World Media : "C'est vrai ce qu'il raconte?"

    Par L'Economiste | Edition N°:178 Le 04/05/1995 | Partager

    "Dites, c'est vrai ce que raconte Azoulay?". Le conseiller de SM le Roi venait, pendant près de deux heures, de décrire un Maroc inattendu devant la quarantaine de patrons de presse, rédacteurs en chefs, journalistes... du réseau World Media.

    L'occasion était unique, aussi bien du côté marocain que chez le premier réseau mondial de presse, World Media, de parler du Maroc d'aujourd'hui, "sans interdits ni tabous", selon la formule de M. André Azoulay, conseiller économique de SM le Roi.
    Ses propos ont surpris la majorité des membres de World Media: "Nous avons avancé dans beaucoup de domaines, mais nous avons des contre-performances dans le marketing et la communication".
    Le conseiller a, à plusieurs reprises, mis l'accent sur les choix politiques des années 60, qui étaient à contre-courant et qui se sont révélés bons: multipartisme, économie de marché... M. Azoulay a aussi insisté sur le fait que le problème qui préoccupe le Maroc d'aujourd'hui est de lutter, autant que faire se peut, contre les inégalités sociales.
    Evidemment, l'occasion était bonne, pour ce qui peut être regardé comme les meilleurs journaux du monde, de chercher de l'information de première main, sur le référendum au Sahara, les Présides, le Moyen-Orient... Le conseiller s'en est tenu sur ces points aux positions officielles du Royaume.
    En revanche, l'analyse de l'évolution marocaine est longuement commentée par le groupe qui aurait bien aimé retenir plus longtemps M. Azoulay, et qui cherchait ensuite à vérifier ses dires auprès de la rédaction de L'Economiste.

    En tête des curiosités, l'intégrisme. M. Azoulay considère que le Maroc est vacciné et met la méconnaissance des particularités de l'Islam marocain sur les effets d'amalgame géographique avec l'Algérie voisine. Personne ne lui fera remarquer que la Tunisie, tout aussi voisine, n'est pas victime de ces amalgames.
    Le conseiller souligne d'une part le caractère de religion d'Etat de l'Islam au Maroc et d'autre part la cohabitation religieuse. Aussi, Milliyet (quotidien turc) pose immédiatement la question de savoir comment fonctionne ce paradoxe: "Mais alors les religions ne sont protégées que par la tolérance, la bonne volonté des gens?". Cette question agite depuis un siècle la vie politique et constitutionnelle turque où une idéologie nationaliste, voire un peu chauvine, a dû remplir l'espace laissé libre par la laïcisation de l'Etat, laquelle n'est pas parvenue pour autant à prévenir les spoliations dont ont été victimes les populations non musulmanes et les minorités ethniques.

    Déficit du marketing politique

    A la question de Milliyet, il n'y a pas vraiment de réponse, ni auprès de M. Azoulay, ni auprès des Marocains ordinaires, preuve que le Maroc a un gros déficit de marketing politique: "nous ne savons pas expliquer comment nous faisons ce que nous faisons", avait averti M. Azoulay...
    Le conseiller de SM le Roi a, à plusieurs reprises, essayé de mettre les conversations sur la politique. Il y vient donc à propos des cohabitations religieuses. Il y revient lorsqu'il décrit le choix du multipartisme, puis encore lorsqu'il est interrogé sur les inégalités sociales. Mais sur le moment, les journaux du réseau ne saisissent pas l'occasion de cette curiosité marocaine qui veut que "la vérité (sur les inégalités ou sur l'évolution du Maroc) ne soit pas dans les discours politiques". La petite phrase de M. Azoulay ouvre pourtant le placard des vraies difficultés du Maroc: un monde politicien un peu coupé de la réalité quotidienne et qui a donc du mal à formuler dans un message politique clair les souhaits des différentes composantes sociales du pays. Cette curiosité sociologique a été commentée, mais après coup, par les membres du réseau.

    Les journaux de cultures anglaise et méditerranéenne ou ceux des anciens pays de l'Est saisissent bien: l'aphonie sur les questions contemporaines doublée de la logorrhée sur les thèmes du passé est, à la fin du XXème siècle, un puissant frein au progrès.
    Inversement, les journaux de culture germanique se montrent plutôt incrédules: si le "marché politique" ne fonctionne pas ou mal, c'est que le pays est totalitaire, mais alors comment expliquer qu'il y existe un journal comme L'Economiste "qui peut sans rougir se placer dans n'importe quel pays avancé?" (Laurent Munnich, World Media Coordination).
    Pour les germaniques, le paradoxe marocain restera mystérieux: "C'est peut-être la foi, qui fait que l'on réalise beaucoup de choses avec une énorme économie de moyens", suggère Tages Anzeiger (Suisse) mais sans pouvoir expliquer davantage son sentiment.

    Nadia SALAH.

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