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    Economie

    Aviculture : Un secteur atomisé régulé par les lois du marché

    Par L'Economiste | Edition N°:35 Le 25/06/1992 | Partager

    Le poulet qui était la chair noble, réservée aux grandes occasions et devenu un produit industriel, de grande consommation. L'activité connaît des fluctuations où les règles classiques de l'offre et de la demande régulent les prix et les quantités sur le marché. Le secteur reste encore atomisé et inorganisé.

    Les 4èmes journées de l'Association Nationale pour la Production Animale (ANPA), qui se sont déroulées à Rabat du 18 au 20 Juin 1992, ont eu pour objectif de réaliser un check up du secteur avicole compte tenu des modifications importantes de l'environnement économique (sécheresse, disponibilité et prix des matières premières, fiscalité...) qui sont intervenues depuis 1984. Une mise au point sur la situation de l'élevage avicole et son devenir s'est avérée nécessaire. Le secteur joue un rôle prépondérant dans la satisfaction des besoins du Maroc en protéines animales pour les couches sociales les moins favorisées.

    Le secteur avicole a enregistré au Maroc depuis le début des années 70 un essor considérable. Entre 1970 et 1991 la production de viande de volailles est passée de 29.000 tonnes à 125.000, enregistrant ainsi un taux de progression moyen annuel de 6%.

    Parallèlement la production des oeufs de consommation a augmenté pendant la même période de 400 millions à environ un milliard d'unités, soit une progression moyenne annuelle de 3,9%.

    Cette progression est essentiellement due au développement du secteur "rationnel" privé. Sa part dans l'approvisionnement du Maroc en viande est passée entre 1970 et 1991 de 29% à75,8% pour la viande blanche et de 0,3 à 57,8% pour les oeufs.

    Par ailleurs, le développement de l'activité avicole au Maroc a permis de combler le déficit relevé en protéines d'origine animale pour la consommation humaine du fait de la quasi stagnation de la production des viandes rouges depuis plusieurs années.

    Les taux de croissance importants enregistrés par les productions avicoles durant les vingt dernières années, auraient pu être plus élevés sans les effets néfastes de la sécheresse, du renchérissement des aliments composés et de l'évolution discordante des coûts de production et des prix des produits avicoles sur le marché depuis 1987.

    Les investissements injectés dans le secteur privé sont évalués à 1,5 milliard de DH et le chiffre d'affaires réalisé en 1991 est d'environ 2,5 milliards de DH. Par ailleurs, ce secteur a permis la création d'environ 15.000 emplois directs dans les unités de production et plus de 20.000 emplois indirects dans les circuits de distribution et de commercialisation des produits avicoles.

    Périodes contrastées

    Entre 1980 et 1991, l'évolution des productions avicoles a été caractérisée par deux périodes contrastées.

    La première période qui va de 1981 à 1986 s'est caractérisée par une augmentation croissante des productions avicoles enregistrée en 1981 suite à la sécheresse qu'a connu le Maroc, le secteur a amorcé une phase d'accroissement des productions suite à l'évolution favorable des cours des viandes et des oeufs qui ont attiré de nombreux investisseurs.

    La réduction de l'offre des viandes rouges et de la viande de volaille sur le marché après 1981 a induit une augmentation générale des prix des viandes. Ainsi les cours du poulet vif à la ferme dans la région de Rabat sont passés de 6,6 DH/Kg vif en 1981 à 10,5 DH/kg vif en 1986 enregistrant une hausse moyenne annuelle de 9,7%. Par ailleurs les augmentations des prix des viandes rouges durant la même période qui ont atteint en moyenne 16% par an ont encouragé la consommation de la viande de volaille, relativement moins chère.

    Parallèlement, le prix des oeufs de consommation au marché de gros de Rabat qui était de 0,53DH l'unité en 1981 a atteint 0,6DH l'unité en 1986 soit une progression moyenne annuelle de 2,5%.

    Ainsi, la production de la viande de poulet de chair s'est accrue de 56.000 tonnes en 1981 à 88.000 tonnes en 1986 soit un taux d'accroissement moyen annuel de 9,4%.

    La deuxième période qui va de 1987 à 1991 s'est quant à elle distinguée par le renchérissement des aliments composés en 1987 et 1988. Celui-ci a entraîné des augmentations importantes des prix de revient des produits avicoles qui n'ont pas pu être répercutées sur les prix à la commercialisation. En effet, l'augmentation de l'offre des viandes rouges à partir de 1987 et la diminution de leurs prix ont entraîné une chute de cours des produits avicoles en raison de la forte dépendance qui existe entre les deux types de production.
    Cette évolution, discordante des coûts de productions et des prix sur le marché a entraîné des pertes au niveau de tous les maillons de la chaîne de production avicole, qui étaient en pleine expansion, et par la suite l'arrêt et/ou le ralentissement de l'activité de plusieurs ateliers de production.

    Cette situation s'est traduite par une diminution de la production de la viande de poulet de chair de 88 tonnes en 1986 à 78.000 tonnes en 1990 soit une réduction de 12,8%, et par une réduction de la demande de poussins de type chair dont les prix ont baissé à des niveaux très bas. Cette réduction de la demande et des prix a entraîné la fermeture de plusieurs couvoirs. Leur nombre qui a diminué de 23 à 18 entre 1986 et 1990 a eu des répercussions sur la production qui a chuté de 72,8 à 65,1 millions de poussins durant la même période.

    En 1991, la fermeture du plus grand couvoir du Maroc a entraîné une nouvelle chute de la production de poussins de type chair et par conséquent de la production du poulet de chair sur le marché.
    La régression de l'offre du poulet sur le marché a provoqué une hausse importante des prix qui ont atteint en moyenne en 1991, 14,3DH/kg vif à la ferme avec des niveaux records de 19,5DH/kg vif.

    L'amélioration des prix du poulet a été à l'origine de la relance du secteur et de l'augmentation de la demande des poussins que la production nationale n'était plus en mesure de satisfaire d'où le recours à la fin de l'année 1991, à l'importation de poussins de type chair.

    Pour les professionnels, depuis 1987 les contraintes que connaît le secteur avicole ont une double origine, d'une part le renchérissement des aliments composés et d'autre part le manque d'organisation professionnelle de cette activité.

    Le renchérissement des aliments composés en 1987 et 1988 est le résultat de trois éléments. Tout d'abord la libéralisation des prix du son, pour limiter la pression de la demande et la spéculation, s'est traduite par une augmentation de son prix. Ensuite le prélèvement sur le mais importé a été institué en 1987 pour ramener le prix à l'importation au niveau du prix de soutien du maïs local, protéger et encourager la production nationale. Enfin l'instauration de la TVA sur les aliments composés (7% en 1989) est le dernier facteur du renchérissement des aliments composés.

    La conjonction de ces trois mesures a fait augmenter le prix des aliments composés destinés aux volailles d'environ 30% en moyenne en l'espace d'un an. Ceci a entraîné une hausse respective du prix à la production du poulet et des oeufs de 24% et 21%.
    Ces hausses de prix ont freiné le développement des élevages avicoles dont le nombre a diminué du fait de la chute des prix des produits avicoles à des niveaux inférieurs aux coûts de production suite à la mauvaise conjoncture que traversait le secteur de la production des viandes depuis 87.

    Absence d'organisation

    Le secteur avicole s'est développé jusqu'à présent en l'absence d'organisation permettant la planification de la production pour une meilleure régularisation de l'offre des produits avicoles sur le marché. Cette lacune explique en grande partie la fragilité du secteur et ses problèmes liés essentiellement aux fortes variations des prix des produits avicoles à la commercialisation.

    Les difficultés qu'a traversé le secteur avicole à partir de 1987, auraient pu être atténuées par la meilleure planification des mesures mises en place des reproducteurs, une régularisation de la production de poussins et de l'offre de poulet sur le marché. L'adhésion des professionnels manquait en dépit des directives de l'Etat.

    Le secteur avicole jouant un rôle primordial dans l'alimentation de la population, la Direction de l'Elevage a entrepris depuis 1988 une série de mesures de redressement du secteur. Elles visent principalement la réduction du prix des aliments composés et par conséquent des coûts de production des produits avicoles et l'organisation de la filière d'accouvage en vue de régulariser l'offre de poussins et de poulets.

    Pour réduire les coûts des aliments composés, la Direction de l'Elevage propose, un certain nombre de mesures. L'une d'elles est la diminution du taux de TVA de 14 à 7%. Une autre est la révision des politiques d'intervention en matière de sauvegarde du cheptel par la suppression des aliments simples subventionnés et l'intégration des aliments composés depuis 1990.

    Concernant l'organisation de l'activité d'accouvage, la Direction l'Elevage a tenu plusieurs réunions avec les responsables des couvoirs nationaux dès le début de 1988 pour les inciter à s'organiser et essayer de trouver des solutions pour le redressement du secteur. Ces travaux n'ont jusqu'à présent pas donné les résultats escomptés car l'Association des Sociétés d'Accouvage de type chair créée le 27 Juin 1988 est restée à ce jour non officielle. Toutes les suggestions formulées n'ont pas pu être mises en application en raison de l'individualisme qui caractérise cette activité.

    A.L.

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