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    Economie

    Avec les pénuries au niveau de l'approvisionnement : Conserves de poisson: La Fédération aspire à une libéralisation du secteur

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    Les problèmes de la pêche côtière sont aujourd'hui au centre des déboires que connaît le secteur de la conserve de poisson. L'état artisanal de la flottille, les aspects négatifs de raccord de pêche avec l'UE, la désorganisation des débarquements dans les ports sont entre autres les raisons avancées pour expliquer l'état actuel de ce secteur.

    C'est sur un ton alarmant que M. Abdelhamid Ayouch, président de la Fédération des Industries de la Conserve au Maroc (FICOMA), dresse le bilan des unités de transformation de poisson.

    Les dispositions urgentes à adopter, selon M. Ayouch, concernent en premier lieu la réorganisation du système d'approvisionnement et le contrôle qualité du poisson pélagique. Ces deux facteurs ont toujours constitué les obstacles majeurs au développement de cette activité.

    Cependant, les orientations nouvelles de la Direction de l'ONP (Office National des Pêches) et la récente visite de la Commission de Bruxelles chargée de délivrer les agréments sur les produits de pêche destinés à l'export ont permis aux professionnels de relancer le débat.

    D'après M. Ayouch, toute une série de mesures préliminaires et d'accompagnement sont nécessaires pour mener à bien la restructuration du secteur.

    Le problème de l'approvisionnement en poisson tient en partie à l'état précaire de la flottille marocaine, explique M. Ayouch.

    Depuis 1965, la priorité a été donnée à la pêche hauturière pour l'acquisition de l'armement le plus performant d'Afrique.

    En revanche, pour des raisons sociales, les problèmes de la pêche côtière ont été constamment relégués au second plan.

    Le secteur est constitué de plus de 300 petits bateaux faisant 6 ou 7 mètres de long, désuets pour la plupart et pratiquant une pêche artisanale. Cette situation précaire, ajoute M. Ayouch, a été aggravée par l'accord de pêche qui a ouvert les côtes aux bateaux étrangers suréquipés. "Cet accord avec l'UE a été passé en contrepartie d'avantages financiers au profit du Maroc. Cependant, le secteur de la pêche côtière n'en a pas bénéficié pour sa restructuration".

    La conséquence directe de l'ouverture des côtes a été le développement d'usines espagnoles, portugaises et françaises, jusque-là marginales. Non seulement celles-ci s'approvisionnent sur les côtes marocaines, mais en plus elles bénéficient de subventions de l'UE et concurrencent la conserve marocaine sur le marché européen. La décision récente de l'autorité de tutelle d'ouvrir le port de Boujdour (le plus gros gisement du Maroc) aux bateaux étrangers devrait, à terme, produire les mêmes effets, même si, en contrepartie, ces bateaux ne doivent ni destiner le poisson à la conserve ni l'écouler sur les marchés traditionnels du Maroc.

    Les mesures à adopter pour remédier à la situation, enchaîne M. Ayouch, sont de deux ordres.

    D'une part, moderniser la flottille et l'équiper en moyens de réfrigération pour aller plus loin en mer et préserver la qualité du poisson. Pour ce faire, des crédits à taux bonifiés ont été octroyés pour la restauration de la flotte et l'aménagement de cales réfrigérées, suivant un calendrier prédéterminé, précise M. Karim Ayouche, administrateur-directeur général de la société Les Grandes Marques de la Conserve. Mais les échéances n'ont pas été respectées et le programme a échoué par manque d'encadrement et de suivi. La constitution d'un Fonds de dédommagement, à l'image de pays européens, permettrait, selon le président de la Fédération, de venir en aide aux petits armateurs n'ayant pas les moyens de mener à bien cette reconversion.

    D'autre part, la Fédération propose l'élaboration d'un accord équilibré avec l'UE, qui va dans le sens d'un encouragement des usines étrangères à venir s'installer au Maroc. Celles-ci contribueraient à la valorisation de la matière première marocaine.

    Les défaillances de l'approvisionnement en poisson pélagique sont ressenties de façon plus aiguë par les sociétés de transformation ayant entamé leur propre restructuration pour répondre aux normes internationales. La Fédération suggère une harmonisation du système de vente du poisson dans l'ensemble des ports, ce qui tendrait à terme vers une libéralisation complète des prix. Ce dispositif s'accompagnerait, précise M. Ayouch, d'un système régulateur pour éviter l'anarchie et assurer l'approvisionnement régulier des conserveurs. De ce fait, l'ONP doit se doter d'infrastructures dans tous les ports, en particulier ceux de la côte sud où se font les plus gros débarquements.

    En effet, dans le port de TanTan, 150.923 tonnes de poisson pélagique ont été débarquées en 1993 et 62.515 tonnes à Laâyoune contre 35.280 tonnes à Agadir et 22.269 tonnes à Safi. Ce qui dénote un déplacement des bancs de poisson vers le Sud. "Or, il n'y a aucune structure performante pour le contrôle des débarquements dans ces ports", dénonce le président de la Fédération. Cela retentit sur la qualité du poisson délivré aux unités de conserve. La Fédération demande la mise en place d'un dispositif de contrôle qualité analogue à celui qui fonctionne en aval de la filière, c'est-à-dire au niveau du produit fini destiné à l'export. "Un vétérinaire déterminerait le taux de détérioration du poisson au niveau des comptoirs de pêche et, par un système de marquage, orienterait la matière première vers les conserveries ou vers les sous-produits", suggère M. Ayouch. Cette absence d'organisation au niveau des ports défavorise considérablement l'industrie de la conserve.

    Les sous-produits ont accaparé 201.563 tonnes de poisson en 1993 contre 95.596 tonnes destinées aux conserves. Ce phénomène ne fait que s'aggraver, car le tonnage destiné aux produits dérivés a augmenté de 68% entre 1992 et 1993 tandis que le tonnage destiné à la transformation a baissé de 5,4% durant la même période.

    M. Ayouch fait remarquer que la plus grande concentration d'usines de sous-produits se trouve dans la zone sud.

    Le problème structurel de la sous-utilisation de la capacité de production des usines (50% en moyenne) ne peut être résolu sans le traitement des défaillances en matière d'approvisionnement, conclut M. Ayouch.

    Mouna KABLY

    Le système de vente de poisson dans les ports

    Le système de vente varie d'un port à l'autre et le prix y est fixé par une commission paritaire. Le port d'Agadir, énonce M. Karim Ayouch, adopte un système de quotas par unité de transformation de conserves. Les conserveurs, ayant acquis des bateaux pour assurer leur propre approvisionnement, ne sont pas maîtres de leur capture. A son débarquement dans le port, le poisson est mis dans un "pot commun".

    L'industriel ayant atteint son quota voit sa capture affectée à l'un de ses concurrents, poursuit M. Ayouch. "En conséquence, les dépenses pour l'aménagement des cales pour préserver la qualité d u poisson bénéficient aux concurrents". De plus, le prix de vente étant fixé par une commission formée de représentants de l'administration et de la profession, il ne permet pas à l'industriel d'amortir ses frais d'aménagement du bateau et la rémunération correcte des facteurs de production.

    Au port de Safi, continue M. Ayouch, prévaut un système de contrat passé entre armateurs et conserveurs. En réalité, vu l'absence d'une réglementation incitant les deux parties au respect du contrat et compte tenu de l'état de pénurie du marché, le poisson débarqué est souvent détourné de son destinataire.

    Laâyoune et les autres ports du Sud optent pour le système de "pots commun". " Si les conserveurs propriétaires de leurs bateaux débarquent leur capture dans l'un de ces ports, ils sont tenus de la vendre à un prix fixe au Comptoir des Pêches, ne récupérant la recette que 2 ou 3 semaines plus tard", précise M. Ayouch.
    Ce système hétérogène de vente dans les ports pénalise les industriels de la conserve.

    M. K.

    Le contrôle qualité au niveau des conserveries

    D'APRES la Fédération, le secteur est constitué d'une trentaine de sociétés de conserve de poisson.

    Aujourd'hui, seulement cinq d'entre elles répondent aux normes qualitatives internationales.

    Ces sociétés ont entamé leur restructuration il y a 5 ans pour faire face aux normes draconiennes auxquelles sont soumis leurs produits finis, destinés à 90% à l'export.

    "La Commission de Bruxelles a reconnu, après la visite de ces unités, l'autorité compétente marocaine en matière de contrôle du produit de pêche destiné à l'export", souligne M. Karim Ayouch, administrateur de la société les Grandes Marques de la Conserve.

    Certaines sociétés se sont même engagées dans la voie de la certification internationale (ISO 9000) pour imposer leur label qualité.

    "Pour se démarquer de la concurrence à l'étranger, un effort de valorisation de la conserve de sardine est entrepris dans nos unités. Par la méthode de filetage (filets de sardines) et des plats cuisinés, la conserve de sardine s'ennoblit."

    Cette restructuration a porté sur le processus de production mais aussi sur la formation de la main-d'oeuvre et l'auto-contrôle au sein de l'usine. "La majorité des conserveurs n'ont pas les moyens suffisants pour assumer seuls cette restructuration", reconnaît M. Ayouch.

    Selon lui, pour éviter que l'ensemble de la production ne soit pénalisée, la mise en place d'un dispositif d'auto-contrôle au sein des petites unités doit être soutenue par l'autorité de tutelle et accompagnée d'un contrôle par sondage des produits à l'export.

    M. K.

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