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    Entreprises

    Avec des baisses de commandes : La confection subit la mode du circuit court

    Par L'Economiste | Edition N°:159 Le 22/12/1994 | Partager

    L'évolution du marché à l'exportation du textile habillement marocain fait subir quelques secousses à ce dernier. Les entreprises doivent s'adapter aux circuits courts et instaurer un dialogue de partenariat avec les clients.

    L'industrie marocaine du textile-habillement serait en pleine phase de mutation. Ce qui donne des inquiétudes à certains, tandis que d'autres sont confiants. Les uns parlent de baisse de commandes, les autres de changement de figure des plannings de charges. Ceux-ci, d'après les optimistes, ne congestionnent plus toute une saison, mais se répartissent progressivement sur des périodes successives de 4 à 8 semaines.

    Aujourd'hui, le marché fonctionne dans le cadre des circuits courts, explique M. Abdelali Berrada, vice-président de l'AMITH. "Par exemple, en cette période de mi-décembre, des entreprises produisent encore pour la collection hiver 95, certaines d'entre elles pousseront jusqu'en janvier, et elles n'avaient pas encore reçu de commandes il y a 2 mois". Les commandes ne baisseraient donc pas, elles s'étaleraient dans le temps. Les entreprises sont donc appelées à instaurer un nouveau mode de travail pour s'adapter au circuit court dicté par le phénomène des collections permanentes.

    Les donneurs d'ordre ne veulent plus stocker, ni se tromper de quantités ou de modèles, argumente M. Berrada. Ils se prononcent sur l'orientation de la production en fonction de l'écoulement des produits sur le marché. "Nos industriels doivent donc consacrer un effort de flexibilité, miser plus que jamais sur le rapport qualité/prix et sur le respect des délais". Ils doivent en outre changer complètement de langage avec leurs clients, de sorte qu'ils puissent s'attacher leur fidélité, car celle-ci a un prix. "Les donneurs d'ordre veulent avoir de véritables partenaires", dit M. Berrada.

    Prix fixé sur le timing

    Du côté des confectionneurs, les avis sont partagés. Toutefois, ils s'accordent à reconnaître que si le circuit moyen se maintient pour quelques entreprises, c'est le circuit court qui a tendance à se développer, non sans causer des problèmes de rendement et de délais de livraison. "Notre carnet de commandes est chargé sur une année en 2 circuits moyens de 6 mois, déclare M. Abdelwahed Fazazi, de Confection DEV, spécialisée dans la chemise homme. Mais nous recevons des fax toutes les 2 ou 3 semaines concernant des commandes de circuits courts, qui représentent 20% de notre production, soit 2.000 pièces". Le problème de ces circuits courts, poursuit-il, se situe au niveau du temps de réponse, du rendement et des prix. "Il devient pour nous impératif de définir une stratégie de formation globale, ainsi qu'une politique de sensibilisation à la qualité". Quant aux prix, ils sont généralement fixés sur le timing correspondant à la fabrication de longue série, ce qui accuse une déperdition au niveau des marges. "Autrement, la chemise se porte bien".

    Ce n'est pas tout à fait l'avis de Mme Tazi de Cleotex qui évoque une sorte de crise installée depuis la guerre du Golfe, aggravée par le GATT, la crise en Europe et la nouvelle concurrence des pays de l'Est. "Ces derniers sont naturellement préférés par les donneurs d'ordre puisqu'ils sont Européens, et de plus présentent l'avantage d'une main-d'oeuvre moins chère et d'une meilleure qualité de finition, un look au niveau de celle-ci que nous n'arrivons pas à donner". Mme Tazi assure que ses commandes n'ont pas baissé mais qu'elles stagnent. "Le temps est encore beau en Europe, il n'y fait pas assez froid pour relever la demande". En effet, la consommation en Europe, ce dernier trimestre, a fléchi de 1%, baisse vraisemblablement répercutée sur la production marocaine.

    Du côté du pantalon de ville, une récession remonterait aussi à 1991, selon M. Douiri de Pantco. "D'ailleurs, depuis cette date on a assisté à de nombreuses fermetures d'entreprises, accélérées en 1992-93, des entreprises qui étaient orientées vers le marché français, dont le client est infidèle". Dans le même temps, ajoute-t-il, une sorte de redistribution du tissu industriel se serait opérée en France, entraînant aussi des fermetures d'usines dans ce pays.

    Produit fini, un leurre

    Les donneurs d'ordre traditionnels ont été de plus en plus supplantés par les chaînes de magasins, nouveaux interlocuteurs aux impératifs économiques immédiats. Ils se sont adressés en premier lieu aux pays capables d'offrir un produit fini de qualité avec un support local de qualité. "Ce qui a fait les beaux jours de l'Asie. Mais la remontée du Dollar et le phénomène de mode ont joué en notre faveur. En même temps, ces nouveaux clients exigent des délais plus courts et des pays plus proches. L'instabilité politique des pays de l'Est les a fait revenir vers nous". M. Douiri explique également que la baisse des commandes du travail à façon n'est que la conséquence de l'augmentation des commandes de produits finis. "Entre 1992 et 1993 les commandes de travail à façon ont baissé de moitié. Les clients ne veulent plus prendre le risque commercial d'envoyer du tissu. Certaines entreprises marocaines acceptent de l'acheter elles-mêmes et d'offrir un produit fini pour des contrats désavantageux pour elles, car les donneurs d'ordre fixent les prix de revient"

    Mais, aubaine pour le travail à façon, ces produits finis font l'objet de nouvelles commandes de la part des Germaniques, des Nordiques, des Italiens aussi, de nouveaux marchés porteurs. "Les entreprises de grande structure qui ont su s'allier des partenaires ont pu sortir leur épingle du jeu", conclut M. Douiri.

    Quant à M. Azelarab Alaoui, de Seduisa (pantalon de ville), il n'hésite pas à décréter que la crise ne vaut que pour les incompétents: "une décantation, un assainissement de la profession" .

    Seduisa a abandonné la chemise par choix stratégique pour se spécialiser dans le pantalon où elle a investi chacune de ces 3 dernières années 30% de fonds propres. "Le pantalon de ville, habillé, dégage une forte valeur ajoutée. Aujourd'hui, nous produisons 700.000 pièces par jour dont 60% de travail à façon et 40% de produits finis. Mais il faut apporter une rectification. Le produit fini au Maroc est un leurre: nous ne créons rien, ni le design, ni la matière. Nous ne faisons qu'exécuter les directives des donneurs d 'ordre".

    Bouchra LAHBABI

    Peu formateur, sous-encadré

    Le textile-habillement marocain à la loupe canadienne

    Des experts canadiens de Collège LaSalle Group de Montréal (Canada), invités conjointement par l'AMITH et l'école casablancaise Collège LaSalle (filiale du Groupe), sont venus diagnostiquer l'industrie marocaine du textile-habillement courant décembre. Cette même mission avait l'année dernière effectué une visite auprès de 40 entreprises asiatiques dans le cadre d'une mission financée par l'ONU. "Nous avons pu porter une appréciation comparative: si l'industrie marocaine n'opère pas dans ses structures et son organisation du travail des changements majeurs et en un temps rapide, l'industrie asiatique lui coupera bientôt l'herbe sous les pieds", estime M. Michel Beaudet, engineering consultant à Collège LaSalle Goup. Selon lui, ce qui jusque-là a permis au Maroc de conserver son marché, ce sont les avantages de la proximité et de la fidélité des clients.

    Les pays asiatiques, depuis quelque temps déjà, se sont donné notamment des atouts sur le plan de la force de travail et des techniques de formation, ayant érigé plusieurs centres de formation et instauré presque systématiquement la formation continue en entreprise.

    Or, du côté marocain, d'après cette récente exploration canadienne, la grande faiblesse se situe au niveau de la qualification des cadres techniques et de la main-d'oeuvre, faiblesse d'autant plus pénalisante que le textile-habillement marocain compte 180.000 emplois directs. "Nous avons constaté une faible présence de cadres techniques à l'intérieur des usines, dit M. Beaudet, et décelé une faible productivité, une faible efficacité. La main-d'oeuvre marocaine recèle un potentiel de qualité, elle se caractérise notamment par une excellente dextérité manuelle". Un choix de stratégie serait d'abord d'investir dans la formation des cadres qui prendront le relais de la formation de la main-d'oeuvre.

    Concernant l'équipement du textile-habillement, l'appréciation canadienne est favorable: "Un investissement considérable, décent, moderne... sans être ultra-moderne. Dommage qu'on n'ait pas autant investi dans la formation. Car le meilleur équipement n'est pas optimalement rentable sans qualification maximale de son utilisation". Les Asiatiques surpassent les Marocains par une main d'oeuvre à la fois formée et compétitive. "En Indonésie par exemple, la main-d'oeuvre est payée 1,5 Dollar par journée de 10 heures pour une semaine de 6 jours (60 heures par semaine), rapporte M. Beaudet. Tandis qu'au Maroc la semaine n'est que de 48 heures et la journée de travail est payée entre 4 et 5 Dollars".

    Travail à façon

    De surcroît, les Asiatiques se sont dotés de grandes structures, avec des équipements sophistiqués, ce qui les prédispose à la grande série. "J'ai visité dans l'un de ces pays une entreprise de 10.300 employés. Les traditionnelles PME d'Asie qui sous-traitent dans les domiciles et s'unissent pour exporter ne survivront pas plus de 2 ou 3 ans encore". Le Maroc devrait plutôt s'orienter vers l'entreprise flexible et efficace (ce qui n'exclut pas les entreprises de grande dimension), réorganiser ses usines de manière à mieux gérer le marché de la petite série. "Le retour de la grande série au Maroc est une utopie", affirme M. Beaudet. Il est vrai que les entreprises marocaines sont actuellement en train de s'adapter aux circuits courts mais elles le font à des prix exorbitants, fait remarquer M. Beaudet. Il est vrai aussi que dans ces circuits courts, le Maroc offre des articles de meilleure qualité, dans l'ensemble, et assure des livraisons rapides (il ne faut pas omettre que la grande série en Asie peut poser des problèmes de délais de livraison) mais les Asiatiques demeurent imbattables sur le plan du rapport qualité/prix.

    Par ailleurs les Asiatiques mettent en place des procédés de dédouanement qui réduisent leur inconvénient de non-proximité. Mais ce problème leur cause une lacune de valeur ajoutée, c'est-à-dire sont moins aptes que les Marocains à développer le produit fini. Un créneau tout indiqué pour le Maroc. "En outre, il est difficile à Bangkok, où il fait 40°C pratiquement toute l'année, de concevoir un vêtement de ski pour les vacanciers des Hautes Alpes, ou de penser à la maille parisienne de décembre ou de janvier", imagine M. Beaudet.

    Ceci dit, pour le Maroc, il ne faut pas sous-estimer le travail à façon, qui apportera toujours de l'eau au moulin et pourra supporter les éventuels risques du produit fini. Mais il faudra cultiver un travail à façon toujours dans le cadre du circuit court. "Le travail à façon reste une bonne manière de se lancer sur le marché".

    Il ressort donc de l'analyse canadienne que les Asiatiques se spécialiseront dans la grande série et que le Maroc doit saisir les nouvelles opportunités qui se présentent à lui: la petite série, le produit fini, le moyen et le haut de gamme, à condition de régler le problème urgent de la formation et de la productivité. Dans un avenir moins proche, le Maroc pourrait aussi exploiter son potentiel de créativité en commençant dans une première phase à cibler le marché local.

    B. L.

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