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    Tribune

    Autour de la Méditerranée : L'espoir, malgré les conflits du passé, les menaces du présent

    Par L'Economiste | Edition N°:49 Le 15/10/1992 | Partager


    Les actes d'un colloque sur la Méditerranée ont été récemment publiés. Ils inspirent quelques réflexions, tant par la diversité des points de vue, que par leur engagement.


    LA Méditerranée en question: conflits et interdépendances». Tel est le titre de l'ouvrage publié récemment dans les éditions du C.N.R.S. (Paris) par la fondation du Roi Abdel-Aziz (Casablanca), sous la direction du Pr Habib El Malki.
    Cet ouvrage reprend les travaux d'un colloque qui s'est tenu du 7 au 9 Décembre 1989 à Casablanca.
    A partir du rapport de synthèse établi par M. Driss Ben Ali que l'on peut tirer quelques conclusions:
    Plusieurs disciplines ont été mises à contribution: économie, sociologie, droit, sciences politique, géographie etc. En clair, nous étions invités à nous situer dans un univers où tout rétroagit sur tout, où la science, la politique, l'éthique s'entrecroisent et s'entremêlent et où le passé et le présent forment un couple inséparable.
    C'est ainsi que nous aborderons, dans un premier temps, la manière dont la Méditerranée est perçue par les intervenants à travers d'abord son aspect historique, ensuite ses caractères géopolitiques et enfin sa situation économique.
    Dans un deuxième temps, nous nous pencherons sur les raisons qui font l'opportunité du débat, à un moment où l'on assiste à une nouvelle donne sur l'échiquier international, puis nous présenterons les perspectives d'avenir de la région à travers les propositions et les nécessités telles que les participants les ont envisagés.
    L'histoire de la Méditerranée est une histoire de longue durée pour reprendre l'expression de Fernand Braudel, c'est-à-dire caractérisée par un immobilisme qui se meut en profondeur. M. Boutaleb rappelle l'aspect «grandeur et de cadence» de l'histoire de la Méditerranée.
    Pour M. Malki, l'histoire de la Méditerranée a été marquée par deux phénomènes essentiels: la coupure de la Méditerranée musulmane et de la Méditerranée chrétienne en 1492, d'une part; la conquête de la rive sud par la rive nord, d'autre part.
    M. Edgar Morin avance qu'elle est le berceau de l'échange des biens, de l'écriture, de la monnaie, de la pluralité, de la démocratie et du monothéisme.
    Sur le plan géopolitique, la Méditerranée serait pour M. Yves Lacoste, un ensemble géo-politique dont tous les éléments (Etats riverains) appartiennent à d'autres ensembles géopolitiques: CEE, OTAN, ligue arabe, UMA, et propose de l'appeler «euro-arabe» pour trois raisons: elle et le lieu de courants migratoires importants du Sud vers le Nord et parallèlement d'un échange d'idées continu; elle se caractérise par une évolution démographique opposée entre le Nord (régression, stagnation) et le Sud (explosion); le Sud de la Méditerranée a subi l'impérialisme du Nord.

    Dégradation du Sud

    S'agissant de la situation économique, tous les intervenants s'accordent pour constater l'état de dégradation économique de la rive sud.
    Pour M. Habib El Malki, les appareils productifs sont en crise, à la fois industrielle (leur spécialisation date de la 1ère ou la 2ème générations seulement), agricole (déficit alimentaire), financière (importance de la dette). Cette constatation est reprise par M. Belaïd pour qui les pays du Sud ont à faire face à des problèmes aigus: croissance démographique excessive, développement écono-mique très faible, chômage, endet-tement
    Pour M. Nigoul, la situation économique du Maghreb est marquée par une agriculture déficitaire et par l'échec de son industrialisation. Cet échec tient à trois raisons essentielles: le règne de l'inégalité (d'origines géographique et géologique notamment), la dépendance, la poussée démographique: de 20 millions en 1950, le Maghreb passera à 140 millions en 2025 avec la part démesurée des jeunes dans la population.
    Dialoguer entre Etats, organisations politiques, intellectuels, c'est déjà faire un grand pas vers l'entente et la coopération fructueuse. Poser les questions pertinentes, c'est déboucher, à plus ou moins long terme, sur des perspectives qui garantiront un bon avenir à l'ensemble de la région. La tendance de notre siècle est aux «méga-ensembles» économiques plus ou moins intégrés. C'est le cas de l'Europe avec la C.E.E, des USA et du Canada. La même tendance se fait sentir dans les P.E.D. L'U.M.A. constitue une avancée importante, puisqu'elle est le premier accord multilatéral (5 pays) conclu par des pays arabes. Cependant, cette unité arabe est nouvelle, donc fragile, contrairement à la C.E.E, note M. Habib El Malki.
    Si un vent de liberté a soufflé à l'Est sous l'impulsion de la lutte pour les droits de l'homme, les pays du Machrek, en revanche, s'installent dans l'intolérance. Aucun effort n'est fait par l'Europe pour instaurer la démocratie dans cette région. Dès qu'il s'agit du Machrek, l'Europe des démocrates n'est plus là. C'est l'Europe des affaires, dénonce M. G. Corur qui formule la vraie mise en garde: gare au rideau de fer partageant la Méditerranée en deux!
    La solution aux difficultés des pays méditerranéens passe par une nécessaire coopération entre les pays sous-développés de la rive sud et les pays développés de la rive nord. Tous les intervenants s'accordent pour dire que la coopération qui prévaut actuellement est un échec. Il est nécessaire de mettre en place une coopération de type nouveau. Il s'agit, pour ce faire, de trouver le cadre adéquat dans lequel travailler en commun.
    Pour M. Pisani, le constat est sombre. D'une part, la solidarité économique et sociale entre les deux rives s'est avérée impossible, d'autre part, le concept de dialogue euro-arabe, de caractère directement diplomatique, est sans avenir. Il faut donc chercher d'autres voies, en d'autres termes faire table rase du passé, oublier, repartir de zéro avec la ferme volonté de construire.
    L'instauration de la paix et de la stabilité au Sud de la Méditerranée est en effet une condition de la croissance économique du Nord. Il faut donc un développement concerté qui s'inscrive dans un espace méditerranéen qui ira au-delà des économies nationales. M. S. Belaïd propose une intégration politico-économique sous forme de «zone de libre échange méditer-ranéen». Il enjoint tous les pays concernés à élaborer un «plan méditerranéen de développement concerté» où la prospérité des uns ne se ferait pas aux dépens des autres. Ce qui suppose le redressement de l'économie des pays du Sud méditerranéen. Il s'agirait d'un «plan Marshall pour le développement intégré de l'ensemble méditerranéen».
    Divers moyens peuvent être explorés: partenariat, garantie de l'investissement entre pays méditerranéens, création d'une banque de développement méditerranéenne. Le terme de «Conférence des Etats méditerranéens» devant donner lieu à un traité pour la création d'une organisation des Etats serait retenu. Toutefois, ce projet ne peut réussir sans la démocratisation des régimes politiques, la libéralisation économique et l'instauration de la justice sociale dans les pays de la rive sud.

    Nouvelle frontière

    Pour M. Habib El Malki, les responsabilités devant l'avenir de la région méditerranéenne incombent aux pays des deux rives qui doivent être conscients des risques encourus et des nécessités. Le sort des deux rives est, en effet, en étroite dépendance. La responsabilité des Etats du Sud de la Méditerranée est importante, car de leur politique intérieure dépendra la réussite de la coopération. Le développement de la Méditerranée devra se faire, pour les deux rives, de façon solidaire et non solitaire, par le dialogue et la tolérance. En effet, le risque majeur pour l'avenir de la Méditerranée est que celle-ci devienne une «nouvelle frontière» opposant l'Europe au Monde Arabe (J. R. Henry).
    M. Driss Ben Ali conclut son très riche rapport de synthèse: «Sans céder ni à la «Méditerromanie» ni au pessimisme, les participants ont reconnu honnêtement que les incompréhensions entre les deux rives ne sont pas sans fondements réels et sans racines profondes. De ce fait, vouloir les dépasser et arriver à une meilleure compréhension est une tâche ardue, et surtout une oeuvre de longue haleine. Elle nécessite détermination, persévérance dans l'action et foi dans l'avenir de cet ensemble qui est la Méditerranée.
    » Le tout est de ne pas rester prisonnier d'un passé lourd de conflits et de ne pas céder à un présent chargé de menaces, mais de trouver dans les réussites et dans les échecs, qui nous sont légués par les générations qui nous ont précédés, suffisamment de leçons pour faire face au futur qui s'amorce, à la fois, merveilleusement et terriblement sous nos yeux.
    »Voilà donc, comme a dit Brandel, l'histoire invitée à quitter les quiétudes du rétrospectif pour les incertitudes de la perspective».

    M. L. H.

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