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    Tribune

    Assainissement : Seul un gouvernement représentatif peut réussir

    Par L'Economiste | Edition N°:220 Le 07/03/1996 | Partager

    par Abdelmoughit Benmessaoud Tredano*

    La société civile reste sur sa faim en dépit de toutes les explications officielles sur l'assinissement. La classe politique et son discours s'avèrent à l'occasion peu convaincants.


    "Tous les arts ont produit leurs merveilles; seul l'art de gouverner n'a produit que des monstres" (Saint-Just).
    Il y a quelque temps, un observateur de la scène politique marocaine disait qu'au Maroc c'est le politique qui a besoin d'un Ajustement structurel. L'actualité récente lui donne largement raison. En effet, la situation qui prévaut au Maroc déroute tout observateur averti.
    Si l'on pouvait plus ou moins comprendre le blocage résultant de l'échec des trois tentatives d'alternance en raison des exigences des uns et des autres, il est vraiment difficile d'appréhender ce qui se trame présentement à la faveur de la campagne menée par les pouvoirs publics contre la contrebande.
    On a souvent dit que l'Etat marocain et son système politique sont sui generis; faute de repères et de critères, celui-ci n'obéit pas en effet à une approche analytique fondée sur des notions et des concepts conçus et pratiqués dans les systèmes démocratiques occidentaux.
    C'est pourquoi les rares velléités d'approche ne peuvent souvent se baser que sur la rumeur et non sur des informations exactes et procéder par supputation et scénarios qui frisent parfois la science politique-fiction.

    Qu'en est-il en fait? Officiellement, cette lutte contre la contrebande est menée pour éliminer toute trace de cette gangrène qui ronge et détruit l'économie marocaine. On soutient aussi que le Maroc, qui aspire à un partenariat privilégié avec l'Europe communautaire, ne peut plus se permettre de laisser fleurir le commerce illicite sous toutes ses formes.

    Les conditions de la réforme

    Si l'objectif est noble et louable parce que nécessaire, voire incontournable, la manière et les conditions de l'exécution de cette opération suscitent controverse et interpellent par conséquent tout citoyen sur sa véritable portée et finalité.
    Il faudrait reconnaître que l'efficacité et la réussite de cette campagne d'assainissement seraient à l'aune de la réalisation ou non de certaines conditions.
    D'abord, elle doit s'effectuer dans la légalité et le respect des droits de l'Homme et ce, pour éviter les exactions et les dérapages. Ensuite, une culture fondée sur la corruption, les prébendes et les "titres de reconnaissance" ne peut être éradiquée uniquement par des actes administratifs et répressifs; cette mentalité s'est incrustée et il faudrait une nouvelle culture pour l'effacer.
    En outre, cela ne serait possible qu'avec un instrument nouveau d'exécution; seuls des gouvernements crédibles et représentatifs, n'ayant aucune responsabilité dans la situation présente, seraient à même d'assurer et de mettre en oeuvre une vraie politique d'assainissement.
    Parce que ce qui se passe actuellement au Maroc relève du monde Kafkaïen; et selon une belle expression qui a fait fortune ces derniers temps et ce, eu égard à la culture de la triche qui a prévalu pendant plus de deux décennies, "tout marocain est en situation de sursis". Suspicion, absence de visibilité et incertitudes provoquées par le caractère brutal de l'opération font que l'opinion publique et certaines franges des partis politiques d'opposition s'interrogent sur ses soubassements politiques. Ce ne serait en fait qu'une velléité de banaliser, de dévaloriser l'esprit des réformes que tout le monde attend depuis quelque temps déjà. Elle aurait, aussi, comme effet subséquent de faire de l'hypothèse de l'alternance un événement sans fondements ni raisons. Tout a été nettoyé, et tout futur gouvernement ne peut et ne doit que se limiter à exécuter son programme socio-économique!! Et le tour est joué.

    Chemins politiques longs et tortueux

    Décidément, cette culture politique appauvrissante, appelée souvent politique politicienne, a encore la vie dure. Le Maroc vit actuellement une situation délicate et sensible: il s'agit d'une période de transition qui n'en finit pas de durer L'ancien mode, bien que secoué dans ses fondements, résiste encore, et le nouveau n'arrive pas à émerger. Situation somme toute normale, dans l'évolution de toute société et tout Etat.
    Une chose est certaine, comme nous le pensons à Alternatives: si le Maroc a besoin de réformes multidimensionnelles, aucune construction pertinente ne peut réussir sans une action préalable sur le politique; au Maroc le politique est en crise: une culture politique appauvrissante, un discours politique codé, un système de représentation partisane déliquescent, une perte de repères politiques et idéologiques et enfin une absence d'éthique, tels sont les grands traits de cette crise. Il est désormais impératif de procéder à une véritable refonte du politique.
    Les réformes constitutionnelles en préparation peuvent-elles opérer un réaménagement des pouvoirs dans le sens d'un équilibre devant initier une ère nouvelle dans les rapports entre les acteurs politiques et entre gouvernants et gouvernés?

    Il n'est pas interdit d'espérer, surtout que l'attente est là, et une forte demande est perceptible: le bouillonnement que connaît actuellement ce qu'on a pris l'habitude d'appeler la société civile en est une bonne illustration.
    Il est vrai que le chemin est long et difficile, mais l'espoir est permis.
    L'écrivain italien Italo Calvino prêtait à un héros d'un de ses romains les propos suivants: " qu'en politique les changements suivent des voies longues, compliquées et qu'il ne faut pas les attendre pour demain ni compter sur un revirement du sort, pour lui (le héros), comme pour beaucoup d'autres., acquérir de l'expérience avait signifié devenir quelque peu pessimiste. D'un autre côté, il y avait la foi morale qui veut qu'on continue à faire son possible, jour après jour, en politique aussi bien qu'ailleurs. Si l'on n'est pas un sot, ce sont ces deux principes qui comptent: ne pas se faire d'illusions et ne pas cesser de croire que tout ce qu'on fait peut être utile".

    * Vice-président de l'Association Alternatives

    La société civile exclue des débats

    par Mohamed SEBTI

    Depuis quelques semaines, voire maintenant quelques mois, une vague à plusieurs lames secoue l'opinion publique autour des phénomènes de la corruption, de la contrebande, de la drogue et autres gabegies.
    Les veillées du mois sacré de Ramadan ont largement été animées par le feuilleton de l'assainissement, ce qui rappelle étrangement un autre feuilleton, un autre mois de Ramadan et une certaine affaire Tabet
    Maintenant que nous avons rompu le jeûne, essayons de rompre le voile et de voir clair.
    Il est indéniable que cela ne pouvait plus durer, "le cancer" commençait à se généraliser. Les notions d'honnêteté, de valeurs morales et d'éthique n'avaient presque plus leur place dans notre société. Le rare fonctionnaire honnête était traité de "tordu" (âwej). Nous assistons petit à petit au règne de la médiocrité et des barons de la combine.
    Pendant ces deux dernières années, des "pourparlers-négociations" se déroulaient autour de l'alternance et ce, au nez et à la barbe de la société civile qui n'a jamais été consultée, ni sollicitée. En somme, une affaire d'initiés. Là aussi le feuilleton était frustrant: y vont-ils ces partis d'opposition ou n'y vont-ils pas?
    Le 21ème siècle pointe à l'horizon et les problèmes de la société marocaine, nous semble-t-il, dépassent de loin les épiphénomènes de l'alternance et de l'assainissement.
    Le Maroc, qui n'est pas encore un Etat de droit -n'en déplaise à nos gouvernants- a un besoin vital de travail, de transparence et de participation.

    Tous les muselés et les frustrés

    La participation suppose une place privilégiée aux jeunes d'abord, qui forment 70% de la population et qui n'ont pas leur mot à dire; pourtant, nos décideurs seraient étonnés de découvrir les potentialités de notre jeunesse, aux femmes ensuite qui forment 50% de la population et qui sont marginalisées et quasiment exclues du champ politique.
    La transparence est nécessaire, indispensable et utile: il faut cesser de nous raconter des sornettes. Nous avons besoin de crédibilité au niveau du mokaddem, du caïd, du pacha, du juge, du chef d'entreprise, de l'élu, du père, du mari, de tous les acteurs sociaux. Une crise morale sans précédent secoue notre pays, il est nécessaire que chacun se prenne en main et donne l'exemple. Arrêtons cette autoflagellation et que chacun fasse le ménage chez lui, dans sa propre sphère.
    Le pays a besoin de mettre au travail toutes les énergies créatrices disponibles au Maroc et à l'étranger: les jeunes, les femmes, les artistes, les intellectuels; tous ceux dont la parole est muselée, refoulée, frustrée. Le pays a besoin d'urgence d'une éthique laborieuse. Nous travaillons mal et pas assez: trop d'énergies perdues, trop de congés, trop de dilapidation alors que nous sommes pauvres, que nous n'avons pas réellement de richesses significatives.

    Peut-être qu'une société qui commencerait par rétablir ces valeurs que sont la transparence, le sérieux et le travail serait plus à même de réaliser et l'alternance et l'assainissement. Le débat actuellement sur le champ politique est "inféodé" par beaucoup de confusion et d'opacité; un travail de clarification stratégique des véritables options est nécessaire pour pouvoir aller de l'avant; toutes les conditions sont réunies pour établir un consensus autour de l'essentiel; une chance historique s'offre à notre pays pour que, main dans la main, les partis politiques, les syndicats, les associations et la société civile se mobilisent autour de notre monarchie constitutionnelle pour bâtir un Maroc nouveau, celui de notre propre génie.
    Nous sommes conscients que ceci n'est pas chose aisée, que cela prendra une génération au moins, mais commençons tout de suite, ne perdons plus le temps dans des querelles de clochers, ensemble agissons avant qu'il ne soit trop tard.

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