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Culture

Asie, la course aux missiles
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2623 Le 03/10/2007 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 Longtemps, le centre stratégique de la planète a été Berlin, un peu plus à l’Est ou au Sud. Ce centre se trouve aujourd’hui quelque part en Asie, là où sont situés les grands différends susceptibles de conduire à des guerres entre Etats. Du coup, la course aux armements devient une spécialité asiatique. Vingt ans après avoir vu sept puissances se mettre d’accord pour stopper la prolifération des technologies des missiles, nombre de pays asiatiques modernisent à tout va leurs arsenaux de frappe à distance. En Asie, la sophistication renforcée des missiles et l’accroissement de leur nombre soulignent l’échec des mesures prises pour enrayer leur prolifération. La rivalité stratégique s’exaspère. A l’instar de la Chine, l’Inde et le Pakistan dépassent maintenant les portées courtes et intermédiaires pour explorer les techniques correspondant aux missiles intercontinentaux les plus élaborés.«Les traités sont comme les roses et les jeunes filles», avait dit un jour le général De Gaulle au chancelier Adenauer, «il arrive qu’ils se fanent». C’est le cas du traité d’avril 1987 instituant le Régime de contrôle de la technologie des missiles ou MTCR. Le 12 avril, une semaine avant le 20e anniversaire du traité, passé complètement inaperçu, l’Inde a testé l’Agni 3, d’une portée suffisante (3.500 km) pour atteindre Pékin et la plupart des villes chinoises. L’échec du MTCR en Asie est flagrant. Plusieurs pays se dotent de tout un arsenal de missiles balistiques et de croisière. Chine, Inde, Pakistan, ne cessent de perfectionner leurs forces de frappe respectives, en portée, précision et invulnérabilité des armes. Il y a les ambitions de l’Iran et de la Corée du Nord. Pyongyang a tenté, des années durant, de mettre au point, sans grand succès, des missiles à longue portée. Pour quoi faire, sinon, pour les vendre, puisque le pays a semble-t-il renoncé au nucléaire militaire? A l’inverse, Téhéran rêve peut-être de placer une tête atomique sur son missile de 1.800 km de portée, le Ghadr 1, présenté(1) à la presse il y a quinze jours, le 22 septembre. D’autres Etats souhaitent seulement acquérir des missiles de croisière, à charge conventionnelle, capables d’atteindre précisément une cible distante de plusieurs centaines de kilomètres. La Malaisie et l’Indonésie y songent. Une société russo-indienne, BrahMos Aerospace, a conçu un missile de croisière, d’une portée de 290 km, et d’une vitesse de 2,8 mach. La société prévoit d’en vendre un millier en 10 ans, le premier contrat devant être signé en décembre. Cette arme redoutable contraindrait, par exemple, tout porte-avions à demeurer assez éloigné d’une zone de conflit pour être en sécurité.Les Indiens ne sont pas seuls. La Chine, le Pakistan, Taïwan, travaillent aussi à ce type de programmes. Le Pakistan a procédé fin août à l’essai d’un missile de croisière furtif air-sol, le Ra’ad, ou Tonnerre, de 350 km de portée. Selon les Pakistanais, ce missile pourrait être armé de tout type de tête, conventionnel, nucléaire, chimique… De son côté, Taïwan, inquiet de voir s’accroître l’arsenal chinois qui le menace - on parle de 900 missiles - s’équipe de fusées destinés à frapper aussi bien les forces chinoises stationnées en face de l’île que des objectifs plus lointains, à l’intérieur du continent. Les militaires taïwanais mettent actuellement au point un missile de croisière sol-sol, capable d’atteindre des objectifs distants de 1.000 km (Shanghai par exemple) avec une charge de 400 kg. D’autres rapports non confirmés font état de la construction en série, au demeurant vraisemblable, de missiles sol-sol à courte portée. Ceux-ci, installés sur l’archipel taïwanais des Matsu, très près du continent, frapperaient aisément une force d’invasion, à condition, bien sûr, de n’avoir pas été détruits par un raid préventif... Quant au Japon qu’on ne saurait omettre, son dernier lancement de satellite démontre qu’il a tous les moyens à sa disposition pour mettre au point des missiles de tout type. Il lui suffirait de modifier sa Constitution. Longtemps monopole américain, les missiles de croisière ont fait la preuve de leur efficacité militaire. Aussi New Delhi cherche-t-il maintenant à emprunter deux sous-marins nucléaires russes de manière à préparer la construction d’un submersible nucléaire national capable de tirer(2) ce type d’engin, ce qui confèrerait à la force nucléaire indienne une capacité de seconde frappe sans laquelle il n’est pas de véritable dissuasion(3).Cette prolifération n’est pas forcément inquiétante. Elle peut, en effet, en Asie, comme hier entre l’URSS et les Etats-Unis, fonder l’équilibre de la terreur entre puissances nucléaires, donc la paix. Quant aux missiles de croisière à tête conventionnelle, ils sont censés effectuer des frappes précises, propres à minimiser en principe les dommages collatéraux. Plus que leur puissance, la précision est une qualité fondamentale des armes modernes; il n’est donc pas surprenant de voir les pays d’Asie s’y intéresser; infiniment moins dévastatrices que leurs devancières, elles devraient rendre les guerres entre Etats moins meurtrières que les immenses conflits du siècle dernier. Sans doute doit-on voir là un progrès!


Quelques repères

. Le Régime de contrôle de la technologie des missiles ou MTCRCe traité a été signé en avril 1987 par le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. C’est un regroupement volontaire de pays désireux d’empêcher la prolifération des vecteurs non pilotés d’armes de destruction massive et qui s’efforcent de coordonner les efforts de prévention par le biais des régimes nationaux de licences d’exportation. Le MTCR compte aujourd’hui trente-quatre pays dont ne font pas partie la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël, l’Iran… et quelques autres.. Un missile balistique C’est un vecteur propulsé par fusée, doté d’un système de guidage, qui vise principalement à détruire une cible terrestre et qui, pendant une large part de son vol, suit une trajectoire balistique. Celle-ci est la courbe que décrit le projectile pendant son trajet dans l’espace. Une trajectoire balistique est la phase non propulsée de la trajectoire d’un missile sol-sol.. Les portées des missiles balistiques- Courte portée ou SRBM: < 1.100 km- Moyenne portée ou MRBM: de 1.100 à 2.700 km- Portée intermédiaire ou IRBM: de 2.700 à 5.500 km- Missiles intercontinentaux ou ICBM: > 5.500 km . Un missile de croisière C’est un missile de portée variable (jusqu’à 3.000 km), tiré vers une cible terrestre ou navale, désignée à l’avance, qu’il atteint en volant à grande vitesse et à très basse altitude.----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Cf. L’Economiste, 26 septembre, «La guerre d’Iran aura-t-elle lieu?»(2) Les sous-marins nucléaires lanceurs de missiles de croisière sont désignés, selon le code OTAN, par le sigle SSGN, pour Ship Submersible Guided Missile Nuclear.(3) Selon Kapil Kak, directeur du Centre indien d’études stratégiques et internationales de New Delhi, dans une déclaration au quotidien américain The New York Times, 20 septembre 2007.

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