×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie Internationale

    Asie: Derrière la crise, la myopie des grands argentiers

    Par L'Economiste | Edition N°:320 Le 05/03/1998 | Partager

    Dans la tourmente financière que traversent les dragons asiatiques, le FMI et le G7 reconnaissent les défaillances dans la qualité de l'information provenant de ces pays. Ils promettent un meilleur dispositif de surveillance de ces économies.


    Le système bancaire international n'a rien à redouter du hoquet asiatique. C'est du moins la conclusion à laquelle sont parvenus ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales du G7, sortis rassurés de leur dernière rencontre à Londres. A en croire les grands argentiers, les risques que la bourrasque asiatique déstabilise le système bancaire international sont minimes, car celui-ci dispose d'une base saine, «même si les situations doivent être appréciées intuitu personae pour chaque banque». Ils ne sont pas loin de penser que la guérison des marchés asiatiques n'est qu'une question de jours. Pour le reste, les argentiers mondiaux ont convenu de renforcer les mécanismes de surveillance des économies émergentes. Ils s'engagent donc à dénoncer publiquement les dangers créés par les déséquilibres macro-économiques, à assurer une meilleure coordination de l'action des institutions financières interna-tionales et des banques privées et enfin à prendre en compte la dimension sociale dans la thérapeutique imposée par le FMI.

    Le G7 fait également son mea culpa concernant la qualité et la précision de l'information destinée aux marchés. C'est vrai qu'en la matière l'institution financière ainsi que les membres du G7 ont beaucoup à se faire pardonner pour leur myopie. A la veille de la crise, on pouvait encore lire dans le rapport 97 du FMI «que la performance fiscale de la Corée était enviable et la politique économique thaïlan-daise saine». Pendant longtemps, on ferma les yeux sur la corruption, les détournements de fonds et les «mésemplois» du capital résultant du clientélisme politique, qui gangrenaient cette région, constate le Pr François Chesnais(1).
    A l'évidence, les dragons allaient poursuivre leur ascension irrémé-diable vers le développement. De même, les agences de notation financière sont clairement mises en cause pour n'avoir pas voulu ou su anticiper la tourmente financière dans ces pays. Comme si de rien n'était, elles continuaient à bien coter leur dette, alors que les banques se bousculaient au portillon à la recherche d'opportunités de placement. Aussi longtemps que leurs intérêts vitaux n'étaient pas en cause, les grands pays industria-lisés pouvaient s'accommoder d'une situation où le code de savoir-vivre du régime de la propriété privée implique que l'on prenne les pouvoirs politiques locaux tels qu'ils sont via la conjugaison de deux éléments essentiels: l'ordre et les bas salaires. Au-delà, la crise asiatique aura permis de s'interroger sur des certitudes en matière de développement économique sur cette partie de la planète naguère citée en exemple.

    Pompiers du FMI


    C'est aussi l'heure des révisions brutales pour les grandes firmes, voire les états qui avaient fondé leur stratégie sur les seuls clignotants macroéconomiques. Selon nombre des spécialistes, la santé économique ne devrait pas se réduire à ces seuls indicateurs, la manière dont leurs classes aisées se débarrassent des attributs de leur prospérité en dit long sur les limites de ce raisonnement. «Le fait de ne connaître de ces peuples que ce qu'en veut bien dire leur classe dirigeante se révéla aussi une grossière erreur», font-ils remarquer, d'autant plus que celle-ci est en position de juge et partie, ses membres étant à la fois propriétaires de l'Etat et des secteurs les plus dynamiques de l'économie.
    De tous les dragons et les tigres d'Asie, l'Indonésie apparaît comme le foyer d'incendie le plus complexe pour les pompiers du FMI. Les troubles sociaux gagnent le pays en intensité et le pouvoir du président Suharto est plus que jamais fragilisé. Les diplomates accrédités à Kuala Lumpur estiment que le système n'en sortira pas indemne. Pendant ce temps, l'opposition n'hésite pas à souffler sur les braises du mécontentement de la population pour pousser le vieux président à la porte, qui brigue un septième mandat à la tête du pays.


    (1) Le Monde diplomatique, février 1997. Il est aussi l'auteur de «La mondialisation du capital», éditions Syros, 1997.


    Des dragons essoufflés


    Hier chouchoutée, l'Asie orientale, en tout cas celle abritant les dragons, est aujourd'hui pointée du doigt. Les chantres de l'économie mondiale de marché «découvrent» avec stupeur que les énormes flux financiers qui se dirigeaient vers ces pays n'ont pas toujours été utilisés avec efficience. Malgré des rendements toujours aussi élevés rapportés à leurs détenteurs, il s'avère que pour une bonne partie, cet argent a été «mal investi» en prenant la forme de prêts massifs aux banques locales ou de placements spéculatifs sur le marché financier. Selon François Chesnais, les données étaient pourtant connues: croissance débridée des établissements financiers, investis-sements surdimensionnés dans l'immobilier et les infrastructures, etc.
    Faisant de la finance l'alpha et l'oméga de leur croissance, les dragons auraient pu poursuivre sur leur lancée durant quelques années. Mais c'était sans compter avec la flambée du Dollar. Tour à tour, la Thaïlande d'abord, puis l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, voire Singapour se retrouveront dans l'incapacité de maintenir l'ancrage de leur monnaie au billet vert à cause de la détérioration de leurs comptes extérieurs.

    Pour ces pays, l'ancrage au Dollar était une question de vie ou de mort. Il représentait en quelque sorte le certificat d'admission au statut de marché financier émergent, indispensable pour le rôle d'aimant qu'il devait jouer face aux investisseurs internationaux.
    La crise asiatique aura été une illustration parfaite de mécanismes de contagion découlant de la mondialisation. Les trois sphères de l'économie ont été simultanément atteintes. La finance, via le système international de crédit. Les banques qui ont multiplié des engagements aux établissements financiers et aux groupes industriels de cette région se sont trouvées dans l'obligation d'ajuster leurs provisions à la hausse. La propa-gation sur les marchés boursiers s'est effectuée à travers les prix auxquels s'échangent les titres des entreprises et banques cotées et des créances publiques ou privées cotées sur le marché secondaire des obligations.
    Au plan industriel, la crise asiatique a déclenché un réflexe automatique de restructuration dans les firmes qui réalisent une grande partie de leur chiffre d'affaires dans la région. Les très «décriées» contraintes d'ajustement du FMI vont mettre ces économies au régime et laminer leur demande.

    Abashi SHAMAMBA

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc