Economie

Analyse: L'eurofiduciaire souffle sa première bougie

Par | Edition N°:1424 Le 26/12/2002 | Partager

. Le système bancaire marocain guidé par la banque centrale a bien mené l'opération de basculement vers l'euro. A en croire les autorités monétaires, le processus n'a encouragé ni la falsification de billets ni le blanchiment d'argent saleBank Al-Maghrib dresse un bilan globalement positif sur les conséquences du passage à l'eurofiduciaire au Maroc. La décision de basculer dès le 2 janvier 2002 vers l'euro en retirant les «monnaies in« sans période transitoire s'est soldée par un succès. Dès cette date, les monnaies de l'Euroland étaient négociables à l'achat uniquement auprès des guichets de la banque centrale. Pour rappel, l'institut d'émission avait, à la veille de l'opération, déployé un effort important de sensibilisation du personnel de banques, notamment pour maîtriser les signes de sécurité des nouveaux billets. L'introduction de l'eurofiduciaire s'est déroulée dans les mêmes conditions que l'euroscripturale, avec un effort plus appuyé du système bancaire pour informer le grand public. A rappeler que les banques commerciales avaient procédé au basculement vers l'euro pour l'ensemble de leurs transactions avec les correspondants étrangers dès le 4 janvier 1999.Pour préciser les modalités du basculement vers l'eurofiduciaire, Bank Al-Maghrib avait mobilisé ses troupes pendant 6 mois et diffusé une circulaire (10/10/2001) auprès des banques commerciales.«Nous avons également fait preuve d'une grande souplesse, notamment au niveau de la date limite fixée initialement au 28 février 2002, rappelle Idriss Bennani Smirès, le directeur du département de la Trésorerie et de la Gestion des réserves à la banque centrale. Bank Al-Maghrib a en effet accepté de proroger la période d'encaissement des «monnaies in« auprès de son réseau d'agences pour ne pas arrêter trop brutalement la circulation des monnaies nationales suscitées par le basculement vers l'euro. Les flux nets ont dépassé à fin 2001, les 3 milliards de dollars. L'essentiel de l'eurofiduciaire transférée en cette période émane des MRE qui ont préféré vider leurs bas de laine dans leur pays d'origine, selon les banquiers de la place.«Avec le recul, l'adaptation s'est bien déroulée et le basculement a permis aux banques et aux particuliers de bénéficier des avantages de la monnaie unique, tout en introduisant plus de transparence et de simplification«, indique Bennani Smirès. Par ailleurs, le risque inhérent à la circulation des faux billets a été considérablement réduit. «Ce risque existe toujours mais il est bien plus faible que celui qui pesait sur les «monnaies in«, vu la qualité des nouveaux billets et la sophistication des verroux de sécurité«.


La hausse des prix, une simple illusion?

Après l'euphorie, la monnaie unique provoque peu d'enthousiasme chez les consommateurs européens. Certes, des commerçants ont profité du basculement pour augmenter leurs prix. Selon l'AFP, le phénomène serait particulièrement aigu dans les pays du sud, notamment l'Italie et la Grèce. En France aussi, les associations de consommateurs sont montées au créneau, dénonçant la hausse des prix. Mais selon l'INSEE (institut national de la statistique et des études économiques), l'effet du passage à l'euro n'a pas dépassé 0,1 point. «En revanche, il y a un vrai problème de perception«, concède l'Institut. Un phénomène de déconnexion d'une telle ampleur est rare. Pour le directeur de l'INSEE, cette focalisation traduit une inquiétude par rapport à la nouvelle monnaie, voire une perte de repères.. Des «monnaies in» toujours en circulationLes Européens ont du mal à se séparer de leur monnaie nationale.L'équivalent d'un milliard d'euros serait encore dans la nature. Selon l'AFP, les statistiques des banques centrales nationales des pays de l'Euroland prouvent que près d'un milliard d'euros en «monnaies in«, n'a pas été récupéré par les autorités monétaires. «Il est vrai qu'elles n'ont fixé aucune date limite pour échanger les monnaies nationales en euro«, indique l'AFP. A titre d'exemple, la banque centrale allemande a récupéré seulement 60% des pièces de monnaies théoriquement en circulation. De même en France, le Trésor n'en a récupéré que 28%, sachant que le taux de perte est évalué à près de 40% pour les pièces. A la Banque de France, l'on estime qu'un touriste repart de France avec en moyenne quatre pièces. En Espagne, les pesetas en liberté représentaient 4% de la monnaie nationale encore en circulation avant le lancement de l'eurofiduciaire. Au Portugal, 3% des escudos en billets et plus de 55% des pièces en circulation n'ont pas encore été récupérés.Mouna KABLY

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc