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    Economie

    Analyse: Il faut reconstruire une stratégie pour les télécommunications

    Par L'Economiste | Edition N°:494 Le 27/04/1999 | Partager

    · Avec la division des responsabilités, la vision stratégique s'est perdue
    · Deux attentes simples: L'ancrage local et la couverture des communautés émigrées


    Il n'y a pas de vision stratégique marocaine autour d'une technologie stratégique, le téléphone et ce qui va avec.
    C'est logique. Pourquoi l'ANRT se donnerait-elle le mal d'avoir cette vision? Ce n'est ni son travail, ni sa mission et puis, soyons honnêtes, tout le monde le lui reprocherait. Elle n'a pas de mandat politique pour se mêler de stratégie.
    Le gouvernement? Là encore, soyons honnêtes avec nous-mêmes. Les membres influents du gouvernement n'ont pas l'âge de s'intéresser en pratique à la révolution technologique. Si vous n'êtes pas parents vous-mêmes d'enfants ou d'adolescents, demandez à vos amis... La seule exception, c'est d'être soi-même un bricoleur, un technicien ou un ingénieur des télécommunications et de l'informatique. Mais voilà, quand on est technicien, on n'a pas forcément le goût de la stratégie; et quand on l'a, cela suscite une méfiance bien naturelle chez les hommes politiques.
    Résultat, il n'y a pas de stratégie télécoms pour le Maroc.
    Or, il y a un gisement télécoms au Maroc, c'est le contrôle réglementaire de l'accès. C'est très arbitraire certes, mais comme tous les Etats s'en servent, pourquoi le Maroc devrait-il se gêner!
    Le gisement se traduit par des droits d'accès sonnants et trébuchants, mais il ne tient qu'à nous d'y mettre aussi d'autres de nos attentes.
    Les attentes ne sont pas bien grandes: d'une part un bon ancrage local et d'autre part une présence auprès des communautés marocaines et maghrébines installées outre-mer.
    L'ancrage local n'est pas une revendication passéiste, un esprit de clocher (ou plus exactement, de minaret) mal placé. Aussi bien sur la licence GSM que sur les autres opérations, il faut obtenir l'établissement de relations qui ne se cantonnent pas au financement partiel des opérations, mais qui permettraient que se crée une compétence technique, ici au Maroc. Il ne s'agit pas de prendre en otage les entreprises partenaires, encore moins de les soumettre à une forme de chantage ou de leur imposer des hommes de paille. Le Maroc a trop souffert de ces pratiques par le passé pour ne pas s'en méfier comme la peste aujourd'hui. Mais entre l'homme de paille et imposer un technicien-clef, il y a toute une gamme de possibilités. De même, entre le financement sans droit de regard et le monopole de la décision, il y a aussi toute une gamme de possibilités. A condition d'y penser à l'avance, pas une fois que l'affaire est conclue.
    Peut-être encore plus importante est l'option de la présence auprès des communautés marocaines, voire maghrébines.
    Il ne faut pas rêver, les valeurs universelles de droit de l'Homme et de démocratie seront en Europe de plus en plus inopérantes lorsqu'il faudra les appliquer aux communautés maghrébines. Pour un petit progrès dans un endroit, un grand recul ailleurs, voire une bombe, comme à Londres. Au fur et à mesure que la globalisation fait son oeuvre, elle laisse derrière elle des poches d'exclus. Ces exclus n'ont de cesse de faire payer leur exclusion à ceux qu'ils pensent devoir être plus exclus qu'eux. Sont visés en priorité les immigrés et ceux qui sont différents de peau ou de religion.
    Il ne faut toujours pas rêver, ni le Maroc, ni l'Algérie, ni la Tunisie n'ont la force qu'ont les Etats-Unis de faire respecter leurs ressortissants dans le monde, GIs à l'appui s'il le faut. Donc à défaut de pouvoir se protéger en se fondant dans le paysage comme peuvent le faire d'autres communautés d'origine européenne ou en se faisant respecter à la mode américaine, il faut trouver un autre mode d'action. Par exemple, en redevenant à l'aise avec les racines, sans les taire et sans les outrer.
    C'est dans une très large mesure une question de communication comme de commodités de communications. Et c'est là que réapparaît le besoin d'avoir une stratégie marocaine des télécoms. Elle seule serait capable de combattre le proverbe "loin des yeux, loin du coeur". Les liens familiaux ou institutionnels sont une chose, mais ils ont peu de chances de s'enrichir, s'ils ne sont pas portés par la commodité des contacts, elle-même enracinée localement. Ce n'est pas une vue de l'esprit. Cela existe: notre confrère Irish Times (le membre irlandais du groupement de journaux World Media auquel appartient L'Economiste) vend plus d'exemplaires dans le monde sur le Net que dans les kiosques de la verte Erin. Et que dire des catalogues irlandais de vente par correspondance, toujours sur le Net! La communauté irlandaise expatriée est si importante pour le PIB de l'Irlande que Dublin s'est battu jusqu'au bout avec la Commission de Bruxelles pour maintenir le droit à l'exportation au détail en free taxe. Inversement, l'Irlande, petit pays-petite population, a pu développer grâce au boom contemporain des télécoms, une référence culturelle et politique. Un Irlandais en Chine n'est pas le malheureux ressortissant d'un pays où il y a une guerre civile, c'est un Irlandais. Point/barre, comme disent les 8-30 ans d'aujourd'hui, fanatiques du couple télécoms-ordinateurs, pour dire que leur point de vue ne souffre aucune discussion.
    Alors, avant qu'ils ne fassent un réquisitoire en point/barre contre tout ce que nous n'aurons pas fait, peut-être est-il temps de se remettre à faire une vraie stratégie télécoms?

    Nadia SALAH

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