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    Economie

    Analyse économique: Une tribu primitive s'est-elle installée à la Bourse?

    Par L'Economiste | Edition N°:486 Le 15/04/1999 | Partager

    · Ambiance délétère chez les professionnels
    · Le changement de présidence et de bureau, il y a près d'un an, n'a pas provoqué le sursaut espéré


    Une ambiance délétère s'est installée dans le marché boursier. On sentait venir le problème depuis plus d'une année. Mais ce n'est pas avec des grilles d'analyse financières ou économiques que l'on voyait venir ce phénomène, c'est avec les instruments de l'ethnologue.
    Aussi étrange que cela puisse paraître, c'est en effet dans les comportements que se sont noués les problèmes. Dans un milieu high-tech, avec des cadres de top niveau et dans un domaine en principe rationnel, sont apparus des réflexes de tribu primitive. Au début, rien de grave: féroces ou drôles (pour ceux qui n'en étaient pas les cibles) les rumeurs n'étaient que des rumeurs. Mais progressivement, elles se sont installées comme des références. Personne n'y a prêté garde. Pourtant, le glissement de la simple conversation vers la rumeur, puis vers la référence, toujours sans la moindre preuve, était déjà le signe de comportements irrationnels. Mais ce n'est qu'après coup qu'on en mesure vraiment l'importance: très peu connus dans le monde francophone, ces glissements de comportements ont été analysés dans le détail par les sociologues américains: il s'agit de perte collective de références ou de déplacement des références. Le phénomène se produit quand un groupe social évolue très (trop) vite, ou quand, pour des raisons de guerre ou de catastrophe naturelle, l'environnement du groupe humain change brutalement. Cela s'appelle l'anomie, et son existence est souvent signalée par l'apparition de comportements primitifs (actes de violence, fétichisme, formation de mini-sectes, ou bien, plus étrange, un chef qui vient de conquérir férocement le pouvoir ne sait plus qu'en faire). Un exemple, entre des dizaines d'autres de cette perte collective de référence, est lorsque trois jeunes analystes ont, au cours d'une conversation, expliqué que les OPCVM ne sont pas remboursables: ils étaient en train de confondre le fonctionnement des OPCVM avec celui des premières banques européennes au XVIIIème siècle. Leurs patrons respectifs ont été atterrés par l'erreur et ont un instant cru à une plaisanterie de mauvais goût. Il n'empêche que le fait était bien là. L'ethnologue, lui, analysera ce phénomène comme un cas très classique de fétichisme: le titre (dans ce cas il s'agit du titre d'analyste financier) tient lieu de compétence (la connaissance des marchés). Que nos lecteurs se rassurent, il y a eu des oreilles bien tirées et quelques jeunes analystes attendront prudemment de prendre un peu de la bouteille, comme on dit, avant de s'habiller en gourous de la finance.
    Mais ce petit bouton sur le bout du nez, pour amusant qu'il soit, est le signe d'une fièvre qui persiste, pas forte mais constamment présente.
    Rencontrant des difficultés pour mettre en place un instrument important, son cahier des charges, la Bourse a commencé à produire des rumeurs. Là où il n'y avait somme toute qu'un problème de négociation avec les pouvoirs publics sur l'interprétation de la loi, sont apparues par couche, des jalousies et des haines farouches. Les émotions ont pris insensiblement la place de la rationalité. Chacun a pensé qu'en changeant de président et en modifiant le bureau tous ces miasmes allaient disparaître et la Bourse repartirait d'un bon pied.
    Las, il n'en a rien été. C'est au contraire allé en empirant. Pris collectivement, les hommes et les femmes de la Bourse ne savent plus très bien où ils en sont. Ils ont d'infinies difficultés à trier l'accessoire de l'essentiel, l'urgent de ce qui peut attendre.
    Il est difficile de soutenir que le marché lui-même ne souffre pas. Les clients, petits ou grands épargnants, sentent parfaitement cette ambiance délétère qui a perdu ses repères. D'un jour sur l'autre, la tendance change sans pouvoir expliquer pourquoi.
    Maintenant, quelle est la solution? C'est reprendre une stratégie de développement. Facile à dire, bien moins facile à faire.

    Nadia SALAH

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