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    Economie

    Analyse économique: Recomposition en marche dans le capitalisme marocain

    Par L'Economiste | Edition N°:469 Le 23/03/1999 | Partager

    · L'absence d'axe politique clair oblige les groupes marocains à inventer leur politique en la faisant

    · Ligne d'horizon: La déprotection du système financier voulue par l'OMC

    · Forte croissance de la zone d'influence du groupe Benjelloun

    Le capitalisme marocain est en train de quitter son côté villageois. On ne sait pas encore vers quelle configuration il va aller, car il n'y a toujours pas d'axe politique dessiné. Le capitalisme va devoir improviser en marchant.
    Certes, il est particulièrement séduisant de se pencher sur les affaires personnelles des leaders. Il est délicieux, surtout dans un monde relativement petit, de trouver un talon d'Achille à l'ONA avec Agma ou encore un autre talon d'Achille au groupe Benjelloun, avec Volvo. Ce ne sont pas des détails de cet ordre qui pèsent sur les tendances lourdes du capitalisme marocain, mais leur apparition est significative des recompositions que la force des choses pousse à faire.
    Le paysage est à refaire, car cela fait partie de la mise à niveau et de la stratégie d'ouverture.

    Besoin sans échos


    Le besoin d'une stratégie a été évoquée au moins quatre fois durant les quinze dernières années: la première fois, c'était lorsque la Famille Royale avait poussé au remodelage de l'ONA. Ensuite, il y a eu le démarrage des privatisations en 1991-92. Enfin, l'idée a flotté dans l'air au moment de la signature des accords de l'OMC à Marrakech en 1994. A chaque fois, l'échos à été moindre. Aucune stratégie claire n'a pu être choisie. Pis, les visions régionales, voire mondiales, se sont heurtées au divertissement préféré des salons marocains, c'est-à-dire la mise en pièces des locomotives. A la décharge des salons, il faut apporter le fait que, d'année en année, l'intérêt gouvernemental pour la stratégie économique s'est amenuisé. Libre cours est donc laissé au jeu.
    Quelles sont les contraintes lourdes de la recomposition?
    Elles sont de deux ordres, parfois contradictoires: l'OMC et le paysage politico-économique marocain.
    Les accords de l'OMC concernant les entreprises financières prévoient que, progressivement et de manière concomitante, chaque membre doit ouvrir ses frontières aux services financiers.
    L'ouverture n'est pas totale, mais suffisante pour bousculer les places acquises et les habitudes locales. C'est ce qui explique les grands regroupements en Europe depuis quatre ans.
    Au Maroc, rien n'avait encore réellement bougé jusqu'à l'opération Al Wataniya, soufflée à l'ONA et rachetée par le groupe Benjelloun. Certes, il s'agissait d'un enjeu national (chercher au moins 20% de parts de marché local) mais aussi d'un enjeu international: avoir une base assez large pour faire face à l'inévitable arrivée d'offres d'assurances internationales.

    Quant à la composition du paysage politique et économique marocain, elle est une donnée incontournable. Le fonctionnement de la société marocaine repose sur de très nombreux pôles (que l'on nomme à tort clans, car les frontières en sont mouvantes). Le bon côté de la chose est qu'il permet aujourd'hui d'entrer dans la démocratisation sans avoir au préalable à casser des positions trop dominantes. Le mauvais coté est qu'il est difficile d'obtenir des tailles économiques significatives. Le capitalisme marocain est villageois, avec son côté imbriqué, convivial.
    Comme dans les villages, la surveillance mutuelle protège des prises de risques inconsidérées, mais les maisons restent petites. Par exemple, l'assurance marocaine, compagnies et courtiers, est totalement éparpillée et a peu de chances de résister à l'ouverture. Sans la constitution de pôles significatifs, il faudra une loi protectionniste, laquelle risque de valoir au pays des ennuis dans le cadre de l'OMC.
    En résumé, la recomposition se trouve devant l'obligation de faire grandir ses groupes en les rapprochant, mais il ne peut pas y avoir une seule maison en monopole, comme cela aurait été possible dans le système étatisé: la démocratisation comme l'établissement de règles de marché sont trop avancées pour permettre ce retour en arrière. En prenant le contrôle d'Al Wataniya, le groupe Benjelloun arrive tout juste à la taille nécessaire. Mais ce faisant, il a aussi provoqué une recomposition du capitalisme marocain. Ainsi, à travers le jeu du capitalisme villageois et de ses imbrications, il renforce une position déjà non négligeable dans l'ONA, la BCM, SNI... En effet, aucune précaution n'a été prise jusqu'ici pour éviter ce genre de situation: les amitiés personnelles, le poids de l'histoire des groupes, les rivalités du moment..., comme dans les villages, avaient prééminence.
    Rien ne dit non plus que le capitalisme marocain ira dans le sens de dénouer les imbrications. Au contraire, en l'absence de fil directeur stratégique global, il peut parfaitement partir dans l'autre sens, celui de la concentration jusqu'à toucher les limites de la résistance politique et sociale.

    Les pôles porteurs


    En dehors des pôles très connus, il en est d'autres que l'on cite plus rarement, mais qui ne sont pas insignifiants dans le capitalisme marocain.
    Le premier des pôles porteurs est l'OCP, entreprise publique, mais qui a acquis son autonomie de gestion avec M. Mourad Chérif. Numéro un mondial du phosphate, l'OCP avait des atouts, mais ce n'est que récemment qu'il a lancé une stratégie de mondialisation avec ses opérations de partenariat industriel et technologique, directement productif.
    Le deuxième pôle est la SNI, privatisée de fraîche date, mais où M. M'Fadel Lahlou a pratiquement fini le redressement. Evidemment beaucoup plus petite que l'OCP et diversifiée, la SNI travaille quasi uniquement sur la structure intérieure du capitalisme marocain et son oeuvre de mise à niveau restera sans doute comme un exemple à suivre.
    Le groupe Sopar de la famille Kettani, et qui comprend Wafa Assurance, Wafabank et toute une population d'entreprises industrielles, a commencé à acquérir une visibilité internationale parallèlement à la mise en place de sa stratégie de développement. Il se tient loin par tradition des cercles politiques. S'il n'a pas à souffrir des foucades de ces cercles, il ne bénéficie pas non plus des effets de portance que donne parfois le monde politique.
    Le groupe Chaabi commence à mettre en place sa stratégie internationale sous l'impulsion des enfants du fondateur. Ses développements s'orientent vers le Moyen-Orient où il a pris un poids significatif, mais localement il doit finir de surmonter sa réputation sulfureuse. Ce n'est qu'après qu'il pourra rechercher des leviers financiers.
    D'une toute autre nature est Axa-Al Amane: contrairement à Al Wataniya avec Groupama, Al Amane s'est maintenant inscrite dans la stratégie du géant européen de l'assurance. Les assureurs, s'ils sont de grands pourvoyeurs de fonds, ne sont pas pour autant des leaders actifs dans l'industrie. Néanmoins, il faudra compter avec ce nouveau pôle intenationalo-marocain.

    Nadia SALAH

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