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Politique

Analyse: Des élus pour le plus grand choc jamais vu

Par L'Economiste | Edition N°:1589 Le 28/08/2003 | Partager

. Cinq à sept millions de personnes vont changer de façon de vivre. A la campagne comme en ville, les élections désigneront ceux qui vont gérer la transformation sociale du MarocLes élus locaux que les citoyens installeront le 12 septembre à la tête des municipalités auront affaire avec l'un des plus grands chocs sociaux et économiques qu'ait jamais vécu le Maroc. Un choc peut-être plus grand qu'a été le choc de la colonisation, il y a un siècle.En effet, les communes, petites ou grandes, rurales ou urbaines, vont vivre et gérer le plus grand déplacement de population de tous les temps: entre 5 et 7 millions de personnes vont changer de façon de vivre, et sans doute d'endroit où elles vivent.. Un Marocain sur quatre va changer de placeDurant les cinq années de mandat des futurs élus locaux, il y aura certes un nouveau texte régissant les relations avec le pouvoir central, la poursuite des missions classiques des collectivités locales qui ont été menées avec plus ou moins de bonheur jusqu'ici. Mais il y aura surtout un mouvement de fond, d'une ampleur jamais vue, qui va transformer de gré ou de force les données économiques, sociales, culturelles et sans doute politiques de la société marocaine. Ce mouvement économique et géographique, que l'on appelle déjà l'exode rural, n'a pas encore donné toute sa puissance. L'exode qui s'amorce va concerner un quart de la population: un Marocain sur quatre vivra de manière différente et probablement dans un endroit différent. Ceux qui ne changeront ni de place ni de métier ni de position sociale, changeront pourtant de manière de vivre et de voir la vie, simplement parce que ceux qui vont bouger auront fait changer l'environnement de tous et de chacun. Freiné autant qu'il était possible depuis une cinquantaine d'années, l'exode est obligatoire. Il s'inscrit logiquement, naturellement, dans l'obligation de nourrir de plus en plus de gens, à des coûts moins élevés. Mais si l'histoire économique, si la démographie et si le désir bien compréhensible de chacun d'améliorer son sort, sont logiques et naturels, il n'en reste pas moins que tout cela passe par une terrible transition humaine: l'exode rural. Partout le phénomène a été le même: en cinq, dix ou quinze ans, les trois quarts des paysans cessent d'être des paysans et la moitié des ruraux deviennent des urbains.Là où le phénomène a été freiné, il ne s'en est produit que plus brutalement: les drames humains s'accroissent tandis que l'efficacité économique n'y gagne rien. Par exemple, tout le monde pense, et les élus en premier, qu'il faut faire pression sur les pouvoirs publics, sur l'Etat, sur les communes et sur les banques pour financer les exploitations agricoles en difficulté. Mais que fait-on en réalité? Au lieu de partir commencer une nouvelle vie avec le petit pécule tiré de la vente du lopin de terre, la famille part quand même, mais elle est endettée jusqu'au cou. La pire des situations: il faut tout recommencer non pas à zéro, mais à moins que zéro. Même phénomène quand ce sont les enfants qui partent: quelle pourrait être l'aide des parents si ceux-ci sont endettés jusqu'au cou? Ces financements sont criminels, socialement et humainement. Après des années de tergiversations, ils ont fini par être, enfin, arrêtés l'année dernière par la CNCA et le ministère de l'Agriculture. Mais ne nous y trompons pas, cet arrêt signifie ipso facto que l'exode rural va s'accroître, plus lent les années de pluie, plus rapide les années sèches. Quoi qu'il en soit, il est en marche déjà et ne s'arrêtera plus.Le phénomène qui monte, et qui est, répétons-le, l'un des chocs les plus importants qu'aura jamais vécu le Maroc, va être presque entièrement géré par les hommes et les femmes qui seront élus le 12 septembre 2003, car leur mandat couvre l'essentiel de la période durant laquelle ce phénomène va avoir lieu.. Les «red neck» et les «bledards»Les élus ruraux vont voir leurs communes se dépeupler, vieillir tandis que les élus urbains vont voir leur ville se surpeupler. Nulle ville, nul petit bourg n'échappera à ce mouvement. Ici, c'est le coeur historique de la cité qui va devenir un chancre de misère; là, la ville va se ceinturer de quartiers sauvages, dont on sait depuis le 16 mai, quel genre de délire logique peut y pousser. Car contrairement à ce que l'on dit trop souvent, ce n'est pas seulement une question de légalité, d'infrastructures ou d'adduction d'eau. Dans les deux cas, le coeur de misère ou les quartiers sauvages, la haine sociale risque de faire des bonds tandis que les budgets ne seront jamais assez gros, jamais assez efficaces pour l'endiguer. «Bledard« deviendra une vraie insulte, pas seulement un qualificatif péjoratif comme aujourd'hui. Pourtant, il ne faudra pas perdre de vue qu'avant nous, les Américains se sont insultés mutuellement avec des «red neck« et les Français avec des «cul terreux«. Comme rien n'est jamais univoque (heureusement), des chanteurs, des scénaristes et des romanciers inventeront le rêve d'une ruralité perdue et paradisiaque pour ces nouveaux urbains pas encore suffisamment urbanisés: ces rêves soigneront un peu les insultes et beaucoup le sentiment d'échec qu'entraîne l'exode.Dans le fond, ces chocs de mentalités et de cultures, ces blessures et ces reconstructions humaines, vont compter plus que les infrastructures, plus que les budgets. Il faut le savoir. Mais la gestion des chocs comme celle des infrastructures reviendra intégralement aux élus qui vont être choisis le 12 septembre. Ces élus devront mener de front trois politiques: la gestion des choses, la gestion des hommes et la gestion des âmes. C'est évident, il va falloir les choisir avec plus de soin que nous ne l'avons fait par le passé. C'est ce qu'il va falloir avoir en tête en choisissant les élus car il ne s'agira pas uniquement de les charger d'une gestion matérielle et quotidienne, mais de leur donner en plus l'onction d'une légitimité capable d'en faire de vrais leaders au moment où se prendront les décisions douloureuses.Nadia SALAH

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