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    Economie

    Analyse de politique économique: La planification a changé de nature en trois mois

    Par L'Economiste | Edition N°:464 Le 16/03/1999 | Partager

    · Le processus a perdu ses haillons centralisateurs
    · La circulation de l'information crée un "soft-plan"
    · Mais il reste des incohérences capables de détruire le processus


    Le Maroc s'est donc relancé dans une planification, mais le processus ne ressemble pas aux expériences précédentes. Des écueils ont d'ores et déjà été évités.
    Le processus de replanification a certes démarré de manière brouillonne cet hiver.
    A cela deux raisons:
    - D'abord, il fallait éviter que les administrations ressortent les procédures qu'elles avaient gardées en mémoire, du temps de l'ancien plan: autrefois, le plan, c'était la liste des entreprises publiques et construction de sièges que voulaient avoir chaque ministère avec en face l'argent dont il rêvait. Les choses ont bien changé: maintenant, il s'agit surtout de méthodes, de réformes juridiques et institutionnelles.

    Temps passé, temps perdu?


    Les quelques ministères qui se sont contentés de jouer aux dépensiers avec l'argent du contribuable, sont les exceptions qui confirment la règle du changement.
    - Ensuite, pour un gouvernement de coalition, il n'est pas simple de passer des programmes électoraux, forcément différents, à une déclaration gouvernementale, mais il est encore moins simple de passer de cette déclaration à la formulation d'agendas pratiques.
    Néanmoins, en contrepoint de ces aspects, il faudra comptabiliser le temps. Il ne s'agit pas du délai de réalisation du projet de plan, mais du temps pris sur le travail de la fonction publique, lequel s'est inévitablement traduit par un certain flottement dans le processus des réformes qui ne posaient aucun problème.
    Est-ce que ce temps passé est une perte de temps? Il serait erroné de généraliser. Il est vrai que pour des départements, comme les Travaux Publics, qui ont l'habitude de programmer, le temps passé à ré-éxaminer la programmation a peut-être été un peu perdu. Mais ce n'est pas la règle. Pour d'autres départements qui avaient conservé la mauvaise habitude d'agir sous la pression de l'urgence, l'exercice de programmation a été salutaire.
    Au départ, le processus de planification a pourtant suscité des interrogations: le gouvernement allait-il réintroduire une vision centralisatrice? Il y a eu, il est vrai des tentations dans ce domaine, surtout que le premier essai de replanification, sous l'avant dernier gouvernement avait échoué et que les tenants de la planification avaient mis cet échec sur le compte de la faible puissance politique du ministre en charge. Ils en avaient tout naturellement conclu qu'il fallait donner du pouvoir à l'actuel détenteur du portefeuille, M. Aouad, et comment mieux marquer le pourvoir qu'en le centralisant? Cette tendance aurait pu trouver un terrain intellectuel favorable: elle avait pour elle, l'état de grâce qui avait écrasé toute capacité de recul critique, le passé doctrinaire de plusieurs des nouveaux ministres, leur ignorance du vécu des données fondamentales de l'initiative privée...
    Cela aurait été une erreur, évidemment.
    La fin du XXème siècle est marquée par un phénomène récurrent et mondial: l'éclatement des pouvoirs. Ceci signifie que le pouvoir se marque par la capacité d'entraînement, plus que par la capacité à donner des ordres.
    Là, le Maroc a échappé au danger de la planification centralisatrice et pyramidale. Mais se fut-il entêté, qu'il n'aurait fait que gaspiller son énergie, son temps et son argent. Ce n'est plus ainsi que marchent les choses aujourd'hui.
    Les planificateurs, à commencer par le ministère qui en porte le nom, sont allés chercher, d'abord auprès des entreprises privées, la légitimation de leur action. Il est significatif que la première sortie de M. Aouad ait été réservée à la GCEM.

    Eclatement des pouvoirs


    Et là, comme par miracle, ils ont rencontré une bonne disposition d'esprit: il y avait plusieurs mois que les entreprises réclamaient tout bas un peu plus de visibilité, elles ont été ravies de trouver un agenda où inscrire ce qui compte pour elles, ce qu'il est important de faire en matière de politique économique. Il n'est pas dit qu'elles retrouveront dans l'agenda final tout et exactement ce qu'elles ont inscrit dans le projet. Mais cela c'est une autre histoire, celle de la capacité du gouvernement à expliquer à ses propres troupes élues quelle est la réalité des choses en cette fin de siècle.

    Processus tatonnant


    A travers ce processus tâtonnant, il s'est passé une mutation aussi silencieuse qu'importante. Le changement vient de ce que la planification est devenue de fait un échange d'informations sur les intentions des uns et des autres: des administrations entre elles, des secteurs économiques entre eux et entre les administrations et les secteurs économiques.
    Ce n'est pas du tout anodin. Certes, il est de bon ton aujourd'hui de dire que l'information est le nerf et le sang de l'action économique, mais on le dit juste comme on répète quelques lieux communs à la mode, pour faire dans le vent. Pourtant cette fois, la réalité a bien rejoint la théorie.
    Mais cela ne veut pas dire que la partie est jouée.
    En effet, l'information donnée rencontre par définition une autre information offerte. Et c'est là que l'enjeu prend toute son envergure, crédibilisant ou détruisant les intentions de toute la politique économique.
    Pour lutter contre ces hiatus, probablement naturels dans un système libéral, il y a deux solutions:
    - soit il faut réduire au silence toute expression jusqu'à ce que le plan sorte, fini et définitif;
    - soit il faut faire exactement l'opposé, c'est-à-dire poser publiquement les problèmes d'incohérence pour arriver à des positions de compromis ou de choix.
    La première option est toujours très tentante pour les gouvernants et les administrations. Le huis clos permet de laver le linge sale en famille, mais si c'est cette solution qui est adoptée, alors ce sera la fin du plan nouvelle version, le "soft-plan" qui ne fonctionne que parce que l'information circule.

    Nadia SALAH

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