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Alternatives: Le difficile apprentissage de la démocratie

Par L'Economiste | Edition N°:428 Le 25/01/1999 | Partager

Assez curieusement, le Bureau d'Alternatives a cru devoir prendre d'infinies précautions de style pour inviter une centaine de personnes à parler des «acquis et perspectives» dans les «grands chantiers de réforme depuis l'avènement du gouvernement d'alternance».


La formulation du titre a influencé les introductions faites par les Prs Abdelali Benamour, président de l'association, et Azzedine Bennis, le vice-président. Tous deux ont jugé nécessaire de décliner longuement la formule de Beaumarchais «sans la liberté de critiquer, il n'y a pas d'éloges flatteurs». Y aurait-il eu des pressions gouvernementales pour que les critiques n'apparaissent pas? Impossible à croire. Les membres du Bureau d'Alternatives font des réponses contradictoires dans lesquelles il est bien difficile de trier le réel de ce qui est exagéré. En fait, il semble que le soutien apporté par l'association au gouvernement ne fasse plus l'unanimité. C'est d'ailleurs ce qui a fait l'intérêt des conférences et des débats très vifs de l'Université d'Hiver d'Alternatives à Marrakech, samedi 23 janvier.
M. Khalid Alioua propose une interprétation des critiques dont est l'objet l'équipe gouvernementale. Selon lui, les critiques existent parce qu'elles redoutent de voir le gouvernement s'éloigner de ses objectifs. Mais, assure-t-il, «nous procédons par microruptures». Il a évoqué, sans en décrire la nature, les «forces de résistances» auxquelles se heurte le gouvernement d'alternance. Le concept a été abondamment repris par les conférenciers et les participants. En fait, chacun dans la salle a donné au concept le sens qui lui convenait et le transformant en auberge espagnole: Ministère de l'Intérieur, patrons du privé, entreprises publiques, l'insuffisance de place accordée aux femmes, hauts fonctionnaires, petits fonctionnaires, syndicats, arrière-pensées des partis de l'actuelle majorité, partis de l'ancienne majorité, l'analphabétisme... Si la somme de ces interprétations devait être faite, chacun des 27,7 millions d'habitants est la «force de résistances» aux ambitions qu'un autre habitant nourrit pour faire du Maroc un paradis.

Deux exceptions doivent être apportées à cette conception immature du fonctionnement démocratique d'une société. La première est le fait de l'Istiqlal, représenté par MM. Khalid Jamaï et Naïm Kamal. La deuxième par M. Mohamed Kabbaj, qui représentait l'Union Constitutionnelle.
Pour les hommes de l'Istiqlal, c'est le jeu politique normal qu'il y ait des résistances. Plus, l'objet même du talent politique est de travailler dans et avec les résistances. Pour ce vieux parti, c'est une donnée si évidente qu'il oublie de le dire. Cette conception implicite a servi de fondement aux critiques virulentes de M. Jamaï reprochant au gouvernement de ne pas faire «les changements pourtant simples à réaliser».
En revanche, M. Mohamed Kabbaj, qui représentait l'Union Constitutionnelle dans cette Université d'Hiver, a entrepris de se servir férocement des plaintes du gouvernement et de ses amis, contre les «forces de résistances». Adoptant le ton du conseiller de bonne foi, ce qu'il est peut-être, il s'est appliqué à retourner contre elle les doléances de l'actuelle majorité: «Vous avez une légitimité que nous n'avions pas, profitez-en pour faire les réformes que nous n'arrivions pas à faire». Et de citer le catalogue: code des Douanes, code du travail, compensation, lutte contre la pauvreté...


Le hasard et les "résistances"


L'expression "forces de résistances" est revenue souvent dans le discours. Or, le hasard est sans doute malicieux pour donner ses avertissements. La rencontre était financée par la Fondation allemande Friedrich Ebert et l'Union Européenne. En Europe et tout spécialement en Allemagne, dans les années 20 et 30, le système nazi a conquis démocratiquement le pouvoir, puis au nom de la lutte contre les "forces de résistances" existant dans ce système démocratique, le nazisme a tué la démocratie, avec toutes les conséquences que chacun connaît. Evidemment, le Maroc n'en est pas là, de loin s'en faut heureusement, mais il faudrait faire attention à ce petit clin d'oeil du hasard...

Nadia SALAH

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