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    Tribune

    Alternance et gestion de la crise : Les partis de gauche face à leurs bases

    Par L'Economiste | Edition N°:156 Le 01/12/1994 | Partager

    par Abdelhak KENNOUCH*

    Les relations entre les états-majors des partis politiques et leurs bases sont mal connues. Un cadre explore ici ces relations à la lumière de l'alternance

    Le Maroc aura bientôt son Premier ministre issu de l'ancienne opposition (U.S.F.P., P.I., P.P.S. et O.A.D.P.) conformément à l'appel de Sa Majesté le Roi visant à introduire l'alternance dans notre pays entre deux blocs politiques: L'Entente qui exprime les intérêts de la droite d'une part, la Koutla qui regroupe en son sein la gauche marocaine (U.S.F.P., et O.A.D.P. et les tenants de l'idéologie d'égalitarisme progressiste Parti d'Istiqlal) et le PPS d'autre part. La nomination d'un Premier ministre étant faite, les tractations et les négociations entre les futures composantes de l'équipe gouvernementale se poursuivent en vue de constituer le gouvernement à majorité de la Koutla avec la participation éventuelle du R.N.I., M.N.P. et/ou M.P.

    Il semble que dans les instances dirigeantes de l'ancienne opposition (Bureaux Politiques, Comité Exécutif, Secrétariat National) l'alternance est devenue un fait acquis, et la participation au prochain gouvernement est un message reçu. Ce n'est pas le cas pour les militants de base, notamment ceux de l'U.S.F.P., de l'O.A.D.P. et de l'Istiqlal.

    Quant au P.P.S, aussi bien sa direction que sa base, il est prêt "tout de suite" à participer à la gestion des affaires de l'Etat.

    Dans un communiqué de la Jeunesse U.S.F.P. du 29 octobre 1994, il y a lieu de citer la phrase suivante "la véritable alternance n'est pas le produit des décisions officielles, elle émane des urnes". Cela se traduit sans doute par un refus clair de la base de ce parti dans les tractations actuelles.

    Le "oui" des dirigeants et le "non" des militants

    La majorité des membres du Conseil National du P.I., lors de la dernière réunion, ont manifesté leur opposition à l'égard de l'idée de la participation du Parti au gouvernement prochain. A

    l'O.A.D.P., le radicalisme est d'autant plus fort que ce Parti a eu quelques difficultés à élire ses instances dirigeantes.

    Les dirigeants de la Koutla (sans P.P.S.) auront du mal à convaincre une base contestataire, radicale et vivant dans des conditions difficiles.

    La majorité de ces militants de base sont issus des couches sociales moyennes et modestes qui mènent une vie de plus en plus critique compte-tenu du chômage qui affecte ces jeunes, de la dégradation du pouvoir d'achat des fonctionnaires et des tensions inflationnistes. Avoir l'aval d'une jeunesse déchirée, d'un fonctionnariat miséreux, de fonctions libérales affectées par cette crise, c'est accepter le "oui... mais". La réticence de la base est logique quand on sait, d'autant plus, que les fameux dirigeants de ces partis de la gauche et de l'Istiqlal mènent une vie luxueuse et bourgeoise et qui n'a rien à voir avec celle des masses populaires qu'ils "représentent". Le mode de vie de ces politiciens dépasse parfois celui de la haute classe, sans évoquer l'hypocrisie politique, l'arrivisme, l'affairisme et la trahison des principes.

    La gestion de la crise

    Après la motion de censure contre le gouvernement Laraki, la constitution de la Koutla, la réforme constitutionnelle, les élections communales et législatives, le débat reste intense autour de nombreux thèmes qui constituent les préoccupations des Marocains:

    - La crise de l'emploi, jusqu'à quand?

    - La dégradation du pouvoir d'achat des Marocains: Pourquoi et comment?

    - L'enseignement: vers quel pacte social?

    - La santé: Le désengagement étatique!

    - Le logement: 200.000 logements résorbent-ils la crise?

    - Le dossier du Sahara marocain: Comment finir?

    - Les rapports Maroc-CEE: Comment convaincre la CEE face à la concurrence de l'Espagne et du Portugal?

    - L'endettement et ses répercussions sur la politique économique et sociale.

    Plusieurs interrogations se posent: Les hommes de l'ancienne opposition sont-ils capables de se conduire en véritables hommes d'Etat? La nouvelle équipe gouvernementale de la Koutla pourrait-elle répondre aux promesses anciennes? Comment se fera la gestion de la crise?

    Autant de questions légitimes qui se posent et qui ne trouvent désormais pas de réponses pour l'instant. Le volet social tant défendu par l'U.S.F.P., le P.P.S., l'O.A.D.P. et le P.I., au cours de longues années, est le thème préoccupant de tout citoyen marocain "politisé" ou non.

    Nombreux sont les Marocains qui connaissent des obstacles et des difficultés depuis l'aube jusqu'au soir: le problème du transport est devenu épineux, l'état critique des hôpitaux, le fonctionnement anormal du système éducatif, le logement qui devient une "denrée" rare et onéreuse, les salaires de misère, l'augmentation continuelle des prix, la privatisation et ses retombées sociales, etc... La cherté de la vie a des impacts négatifs directs sur le citoyen marocain à revenu fixe de telle manière qu'il classe le "progressiste" et le "réactionnaire" dans le même rang. Nombreux sont les Marocains qui se méfient des politiciens de gauche et de leurs pratiques quotidiennes dans la gestion des biens publics. En témoignant essentiellement les socialistes qui occupaient la présidence des collectivités locales au cours de la période 1977-1992 (Fès, Meknès, Tétouan, Oujda, Casablanca etc...).

    Les leaders socialistes de l'U.S.F.P. semblent ne pas avoir encore tiré les conclusions "concluantes" et dressé le bilan de leur expérience dans la conduite de la "chose" publique.

    Un projet de société ambigu

    Les Marocains des années 1990 ne sont plus ceux des années 1960 et 1970. Ils sont devenus plus conscients qu'auparavant compte tenu des changements qualitatifs qui se sont opérés au cours des deux dernières décennies. Le candidat U.S.F.P. au poste de Ministère des Finances a

    vécu un moment critique de sa vie lors de sa mission de propagande à Ksar Essouk lors des élections communales en octobre 1992!! Il n'a pu quitter son meeting électoral que difficilement, la colère des camarades, la propre base du parti, voulait donner une leçon inoubliable au chef du groupe parlementaire et de transmettre le "message" au Bureau Politique!

    La gauche marocaine a longtemps été caractérisée par ses analyses pertinentes dans la recherche d'une alternative propre, d'un projet de société progressiste et démocratique face à une droite sans alternative, ni analyse cohérente pour l'élaboration d'un mode de production déterminé. Le programme économico-social et politique de l'ancienne opposition socialiste est cohérent, riche d'idées et constitue une plate-forme pour concrétiser les rêves d'une génération de militants. Avec l'alliance avec le R.N.I. et le M.N.P. ou/et le M.P., jadis traités comme étant des partis de l'Administration, que fera la gauche pour réaliser son programme commun?

    Compte-tenu du nombre des voix qu'elle possède au Parlement, la Koutla est obligée de collaborer avec une fraction de la droite et n'aura donc pas les mains libres dans l'application de son "changement par le dessous". Le P.I. a connu presque le même sort dans le gouvernement de 1977-1983 bien qu'il eût géré les départements ministériels voulus (Affaire islamiques, Enseignement, Culture, Affaires étrangères, Affaires sociales, Jeunesse et Sport...). Sommes-nous devant un scénario similaire?

    Le projet de société de la gauche "sociale-démocrate", a la manière d'un P.S. français ou d'un S.P.D. allemand, verrait son contenu vidé de son sens étant donné la conjoncture économique et financière délicate ainsi que les structures rigides du système politico-économique et financière délicate ainsi que les structures rigides du système politico-économique du pays. La "démocratie" marocaine est très jeune, les grandes décisions politiques et économiques échappent parfois à l'exécutif et au législatif, il y a le non-écrit comme l'avait évoqué le Dr Jamaï dans son fameux article: Un projet sociétal/sociétaire exige des conditions objectives: un Parlement issu d'élections libres sans entraves, un gouvernement responsable face à un Parlement, une équipe gouvernementale cohérente, une démocratie réelle et authentique, un pays sans détenus et exilés politiques, l'existence d'une société civile et d'un Etat de droit etc... Les clignotants rouges du pays montrent, sans doute, les limites et les obstacles de l'application du programme de la gauche et de son noyau dur. L'alternative "socialiste" ou social-démocrate deviendra une utopie... un rêve...

    A.K.

    * Cadre à la Caisse de Dépôt et de Gestion (Direction des Participations Financières et Industrielles).

    M. KENNOUCH s'exprime ici à titre personnel, il affirme “ donner le point de vue d'un militant progressiste ”

    L'attitude de la C.D.T .

    La C.D.T. et son secrétaire général, M. Amaoui, ont une bonne image de marque aussi bien dans la famille "progressiste" qu'au sein de l'U.S.F.P. Cette centrale syndicale continue à avoir confiance de la part de larges couches sociales moyennes et modestes. Cette confiance est due notamment au personnage du secrétaire général qui mène une vie modeste par rapport à ses camarades du Bureau Politique de l'U.S.F.P. devenus de plus en plus distants du discours et des pratiques chers aux militants réels et populaires.

    L'emprisonnement du leader syndical a contribué largement à l'imposition du rôle et de la place qu'occupe Amaoui aussi bien au parti qu'au syndicat.

    Cette place importante est prise en considération par les "camarades bourgeois" dans toutes décision et aventure politiques. Le courant de N. Amaoui au sein de l'U.S.F.P. devient de plus en plus solide, solidaire et combatif.


    Pour l'instant, la prise de position de Amaoui quant à l'éventuelle participation de l'U.S.F.P. au gouvernement prochain est ambiguë. Des rumeurs circulants font état d'une éventuelle nomination du secrétaire général de la C.D.T. au pose de ministre de l'Emploi!

    Tout le monde s'interroge sur la position de Amaoui sur ce sujet. A mon sens, compte-tenu du passé de ce grand militant, sa modestie, son combat quotidien lucide à côté de la classe ouvrière, son emprisonnement, la présence de Basri au Ministère de l'Intérieur sans changement, son refus de participer aux élections précédentes, tous ces éléments vont dans le sens d'un non à la participation gouvernementale ou pas du parti, mais du leader syndical.

    Le leader syndical demeurera déterminé à accomplir sa tâche sainement.

    Sommes-nous devant l'expérience de la C.F.D.T. française face au P.S.F. depuis 1981? Quelle sera la position de la C.D.T. durant la gestion de la Koutla, et notamment de l'U.S.F.P.? Le leader charismatique syndical de la C.D.T. serait aux côtés de la centrale syndicale ou face au gouvernement à mouvance USFP-PI? La classe ouvrière pourrait-elle améliorer qualitativement ses conditions matérielles et morales avec l'arrivée de la gauche au pouvoir? Comment seraient les rapports gauche-masses populaires? Celles-ci seraient-elles conflictuelles ou complémentaires ou compréhensives? Autant de questions qui se posent à l'heure actuelle. Leurs réponses seraient dans les prochains mois, sans doute.

    A.K.

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