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    Almodovar : Seul le matador est sacré

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Pedro Almodovar apparaît...La foule agglutinée dans ce magasin parisien acclame le pape du cinéma espagnol underground par des "Pedro, Pedro ..." enthousiastes. On l'attendait entouré de travestis et autres chicas coquines. Le réalisateur sulfureux de "Attache-moi" ou "Femmes au bord de la crise de nerf. " a préféré venir seul. Polo orange, cheveux de jais en brosse et silhouette affinée. Presque bon chic bon-genre, Almodovar trône parmi ses fans sur un canapé grenat. On se croirait au théâtre, ce n'est qu'une séance de promotion de son dernier film, " La fleur de mon secret". Dans le désordre, le cinéaste défend ses racines, ses films, le cinéma espagnol et rejette les méthodes d'Hollywood. " Vous pouvez me poser une question, bien sûr, mais vous pouvez aussi profiter du micro pour me raconter votre vie, me dire quelque chose que vous n'avez jamais dit à personne..." Le ton est lancé. L'entretien sera à l'image d' Almodovar, léger, drôle et dispersé


    WM Le folklore espagnol a nourri certains de vos films, comme Matador qui mélange corrida et désir.

    P.A. Pourtant Matador n'a pas eu beaucoup de succès en Espagne. Il est beaucoup plus apprécié à l'étranger. Contrairement aux apparences, l'Espagne n'est pas un pays religieux. Le seul élément sacré chez nous est le matador. C'était donc un blasphème de présenter un film où le matador est un assassin-né.
    Dans Matador, comme dans tous mes films, le thème principal est le désir insatisfait. La mort qui rôde autour des personnages comme un chasseur. Pour illustrer Matador je citais l'écrivain japonais Mishima (qui s'est donné la mort par le sabre en 1970, NDLR) " La mort violente est l'ultime beauté, surtout si l'on est jeune". C'est une phrase que j'aime mais il est difficile de parler de la mort comme élément d'excitation sexuelle. Je ne veux pas qu'on comprenne Matador de façon réaliste. Le film est une sorte de légende. Plus que de l'amour, on y parle du plaisir sexuel comme quelque chose d'ultime, d'extraordinaire et de définitif.

    WM : Dans votre dernier film, vous semblez chercher pour la première fois votre inspiration hors de Madrid et opérer un "retour au village".

    PA : C'est étrange parce qu'au départ je me suis construit contre la culture de mon village d'origine, situé dans la Mancha.
    Revenir à ses racines n'est pas forcement réactionnaire. C'est parfois une étape nécessaire, un apaisement. Et "La fleur de mon secret" n'a rien à voir avec un film folklorique sur le retour au village en Espagne.

    WM: Votre succès hors-frontières ne vous donne-t-il pas envie de travailler à l'étranger ?

    P.A. Je me sens prêt à tourner hors d'Espagne. Je suis assez curieux de voir comment je pourrais tourner dans une autre langue. Mais avant de le faire, je me renseignerai sur tout, la culture et l'endroit où se passe le film. Et surtout, il faudra un scénario qui se prête vraiment à la langue anglaise. Une histoire sur l'aristocratie écossaise par exemple.
    Mais je n'envisage un tournage à l'étranger que si le film est produit par des Européens. Je ne veux pas travailler avec des producteurs américains.
    Quand ils ont acquis les droits de " Femmes au bord de la crise de nerfs", les Américains m'ont demandé soit de mettre en scène le remake, soit de réécrire le scénario. Je n'ai pas voulu m'impliquer. Je suis ravi qu'ils entreprennent ce remake. J'espère qu'il sera le plus mauvais possible. Cela montrera clairement que mon film est vraiment meilleur.

    W.M Pourquoi cette méfiance contre Hollywood?

    P.A . C'est un système auquel je ne survivrai pas. Parce que j'ai besoin d'avoir le contrôle du scénario de mes films que je finis toujours par réécrire entièrement. Parce que j'aime travailler avec des acteurs que je connais, et avec qui je m'entends bien. C'est presque une famille que j'ai fondée, même si j'emploie toujours des acteurs nouveaux, des jeunes.
    Antonio Banderas ( acteur espagnol qui a débuté dans les films d'Almodovar, NDLR) par exemple. Je ne travaillerais pas avec lui en ce moment, même si nous avons de bonnes relations. L'idée d'Antonio est de faire des films d'action. Il cherchait la célébrité, il l'a trouvée. C'est la première fois qu'un comédien espagnol arrive à faire des films à Hollywood, qui plus est bien payés. C'est très bien pour lui, même si ce n'est pas une fin en soi.
    J'attends qu'il ait passé sa période américaine. Cela lui prendra quelques années et quand il sera complètement détruit, je le récupèrerai.

    WM: Quel est l'avenir du cinéma espagnol ?

    P.A Le cinéma espagnol existe. Une nouvelle génération de jeunes cinéastes, qui viennent du nord de l'Espagne, est très active maintenant. Leurs films sont très violents sans pour autant verser dans le cinéma politique.
    La France est un des rares pays étrangers où l'on peut découvrir ce cinéma. Mais en Europe, la distribution des films est très difficile. Chaque pays consomme son propre cinéma et il n'existe nulle part de produit qui soit reçu volontiers par tout le public européen.

    Pedro Almodovar, Spain, interviewed by Cecilia Gabizon, WM Coordination

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