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    Allons-nous vers un modèle libéral-islamique?

    Par L'Economiste | Edition N°:2081 Le 08/08/2005 | Partager

    NOUVELLES voies de croissance, initiative pour le développement humain, focalisation sur l’islam politique... lorsqu’on met en perspective ces trois éléments, le chemin emprunté par le modèle marocain semble dessiner un modèle politico-économique original où le mélange de modernisme et de traditions apparaît tel le vecteur du changement et une force de préservation. Sommes-nous en train d’aller vers le libéral-islamique? Comment le Royaume pense-t-il se faire une place dans la compétition des nations? Le Maroc connaît depuis quelques années d’importantes ouvertures en son sein et vis-à-vis de l’extérieur. La politique d’ouverture économique et politique est menée en mettant les acteurs de plus en plus en concurrence entre eux et avec l’extérieur: libéralisation du secteur du transport, des télécoms, politique de partenariat public-privé… la concurrence des initiatives, l’émulation par l’action, la pression par les pairs, tels sont les mécanismes par lesquels le Maroc entame sa marche vers de verts horizons de prospérité.Dans un système caractérisé par les rentes et une économie spéculative, afin de préserver les équilibres et changer les incitations, la montée en pression des initiatives économiques et politiques force le pas de la mise à niveau des acteurs. Dans un pays où le comportement est souvent caractérisé par le mimétisme et l’attentisme, la volonté de l’ONA de faire une grande conférence sur les «nouveaux schémas de raisonnement» est une fort bonne chose (cf. L’Economiste des 20 et 21 juin 2005).Lorsqu’un chef d’orchestre change de partition, il est plus facile d’entendre ceux qui jouent faux. Maintenant, ce changement ou cette nouvelle vision de l’économie et des modes de raisonnement se fera non sans mal: comme le montre l’étude McKinsey, et moult autres études, tous les citoyens marocains connaissent les maux et les choses à améliorer, reste maintenant à appliquer ces recommandations. Alors de quelle manière concrétiser le changement?Mais il n’y a pas plus difficile à changer dans l’humain que le réflexe: même les grands capitaines d’industrie préfèrent les endettements aux augmentations de capital, afin d’éviter d’être «sous l’emprise de l’extérieur» et de perdre de leur pouvoir. Dès lors, le modèle ressemble à un casse-tête chinois: comment convaincre que la mondialisation et le modèle capitaliste peuvent être profitables pour le Maroc, si les investisseurs craignent la concurrence et l’ouverture sur le marché?Sotherma, Akwa, BMCE, RAM, Groupe Châabi, autant d’exemples qui contredisent mes propos: certains avant-gardistes ont pris le taureau par les cornes et se sont rendus compte qu’il y avait plus à gagner en changeant qu’en préservant sa rente: le Maroc a un rôle à jouer au niveau international, et avec quelques efforts, ses atouts sont indéniables. Existe-il beaucoup de pays africains avec des S2M ou autres champions internationaux des NTIC?De plus en plus d’entreprises marocaines s’exportent et cherchent une internationalisation afin d’atteindre une taille critique qui leur permettra à terme de jouer dans la cour des grands.Un jour, un observateur du monde des affaires et éditorialiste de la place m’a dit: «si le Roi demande aux grands d’investir, l’économie va repartir». Le modèle marocain se façonne sur des axes certes libéraux mais avec une vision dirigiste. L’histoire des économies émergentes a montré que la transition vers d’autres régimes économiques et politiques nécessite souvent une approche dirigiste et une démocratie autoritaire: un nouveau concept de l’autorité où chacun dans le cadre dessiné par les élites pourra exprimer ses projets. Corée, Japon, Malaisie, France, l’ensemble de ces nations ont connu leur essor dans la mondialisation grâce à des politiques dirigistes empreintes de nationalisme, de retour aux valeurs et de mise en avant d’un propre «modèle de civilisation».Pour compenser la libre entreprise, il faut favoriser la «libre emprise» de la morale. Un certain barbu disait que les peuples avaient besoin de leur opium(1), je n’irai pas jusque-là, mais lorsqu’on opère, il vaut mieux une petite anesthésie.La grande force et originalité de l’introduction du Maroc dans le système global, sont la recherche du renouvellement de son identité par la préservation de la continuité de ses valeurs. Cette option a un triple avantage: - ne pas défigurer le peuple en lui ôtant son patrimoine et donc ne pas créer de l’instabilité;- avoir une force de compensation face aux rudesses de l’ouverture;- Planter les graines d’un changement par l’intérieur.Les nations connaissent certes une standardisation mais aussi une segmentation identitaire. Le Royaume chérifien a décidé de se renouveler de l’intérieur et de créer une place tout à fait originale sur l’échiquier. Sortir du cocon implique forcément des coups mais aussi la capacité d’en donner. La mondialisation c’est le libre mouvement des capitaux et des savoirs, et le Maroc peut en bénéficier s’il devient attractif, c’est-à-dire qu’il offre des perspectives pour ses sujets et les citoyens du monde de réaliser leurs projets aux meilleures conditions. Les acteurs de la décision sont alors appelés à être plus réactifs et rassurants. Les religieux afin de se démarquer des régimes en place, font preuve de fluidité interne, de réflexion, élaborent des projets de société… Le PJD n’a-t-il pas des initiatives pionnières en matière d’action politique? De ce fait de par le monde arabe, on constate que souvent, les partis les plus «démocratiques» sont les islamistes. Ajoutez à cela le déplacement de la question sociale: la pression sur les partis socialistes minoritaires a déplacé la demande sociale chez les contestataires de «droite», les religieux. Quelle sera donc l’intensité du religieux dans l’horizon de demain? Dans l’histoire de la pensée politique, on sait que les extrêmes finissent un jour ou l’autre par toujours s’autoaffaiblir: soit ils choisissent le jeu institutionnel, ce qui réduit leur capacité de contestation, soit ils restent en marge, ce qui, sur la longue durée, réduit leur charme, parce que l’électeur tout comme le consommateur aime les agitateurs d’idées mais surtout les «apporteurs de changement».Donc, si on récapitule, on voit bien que les trois faits de départ s’imbriquent dans une vision globale: le libéral-islamisme. Le succès d’un tel modèle dépend de l’adhésion des membres d’une nation aux directives, de la capacité de chaque membre de la communauté nationale marocaine à s’accrocher à ces lignes d’horizon pour les concrétiser en changement.Dans les faits, pareille politique est la résultante d’un savant mixage d’impulsions royales et d’initiatives privées et individuelles. Nous sommes contraints par la société certes, mais ne sommes-nous pas aussi des acteurs? Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne m’aimerais pas qu’on te fasse…Lors de la conférence sur les nouvelles voies de la croissance organisée par l’ONA, le Pr El Baz, du cabinet Fox, en a parlé en d’autres mots: «investissement dans l’humain, innovation, coopération, intelligence économique, synchronisation, recherche de partenariat, de jeu d’alliances...» Reste à ses auditeurs de le prendre au mot.


    La mémoire et l’instabilité

    CÔTE d’Ivoire, Rwanda, Indonésie... sur le plan géostratégique l’instabilité est souvent le fruit d’une défiguration de l’histoire dans la mémoire collective suite à une longue période de colonisation ou d’années de plomb. Les nations comme les individus peuvent longtemps refouler leurs angoisses et cicatrices du passé, mais sous une forme ou une autre, celles-ci finissent par rejaillir et entraîner le chaos ou l’instabilité: on disait en Côte d’Ivoire, que Dieu avait oublié son portefeuille sur place, mais malgré cela, de vieux démons ont réveillé les rancœurs. Sans mémoire, défigurés, les Ivoiriens se sont laissé emporter au mépris du passé par un populisme à la solde de la xénophobie. La démarche de l’IER est très intéressante, parce qu’elle brise le silence mais elle ne plombe pas les institutions: en reconnaissant les faits, on coupe certaines branches pourries sans scier l’arbre.


    Les progressistes traditionalistes

    FACE au vent, l’arbre a besoin de racines solides: les chocs endogènes entraînés par l’ouverture sont nombreux, nouvelles structures économiques, fin des emplois à vie, introduction de mœurs et comportements nouveaux, fin de l’Etat distributeur de richesses, essor de l’espace civil, prise de conscience des conditions sociales et économiques des populations les plus fragilisées... Bref, la modernisation suppose des électrochocs et d’ouvrir les yeux sur son fort intérieur, ce qui est parfois très douloureux dans une culture de non-dits. Face à toutes ces angoisses, force est de constater que seules deux réponses ont permis de tenir: le respect pour l’institution royale et le retour du religieux qui a occupé le terrain social. Les islamistes ont été les premiers à déployer leurs efforts pour répondre aux besoins du plus faible. Ils apportent des messages rassurants face à un peuple parfois désorienté devant la mondialisation. L’institution royale a compris le message, mais une politique de filet social n’est pas suffisante devant l’ampleur de la tâche. En attendant la croissance, en regardant 2007, et pour mieux résister aux nouvelles pressions de la mondialisation, la force dans la foi tempère la faim et revigore la dynamique. Dans cet esprit, la voie est grande ouverte aux «progressistes traditionalistes»: face à la peur du changement et aux modifications de repères sociaux, l’individu revient à ses premiers amours, et aux croyances infaillibles et immatérielles qui sont au-dessous de tout soupçon et doute. Dans le monde occidental comme ailleurs, le retour «aux valeurs» se fait sentir avec force, la prégnance du sens et du spirituel apaise l’homme confronté à une série d’incertitudes. S’il y a bien une économie où la «libre entreprise», et la «libre emprise» font bon ménage, c’est les Etats-Unis.Par André MARCUSSI, consultant en Relations institutionnelles(1) Tout le monde aura reconnu Karl Marx!

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