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Entreprises

Alimentation électrique : Les entreprises bousculées par les coupures et délestages

Par L'Economiste | Edition N°:42 Le 13/08/1992 | Partager

De nombreuses coupures de courant affectent les entreprises depuis déjà quelques mois. L'explication du phénomène est d'ailleurs structurelle: la production d'électricité n'arrive pas toujours à suivre les appels(1).

Les entreprises industrielles commencent à être sérieusement perturbées par les nombreuses coupures d'électricité qui ont lieu de plus en plus fréquemment.
Les usines que dessert le Centre des Roches Noires se plaignent des "grosses coupures", devenues fréquentes au cours du mois de Juillet.

Le textile: passage "au noir"

A Aïn Sebaâ, par exemple, la situation est qualifiée de "délicate" dans les ateliers. Interrogés sur la question, plusieurs directeurs d'entreprises répondent que les plaintes qu'ils ont adressées à la RAD sont restées sans réponse. Ils déclarent "ne pas être contents".
Les plus touchés dans cette zone sont ceux du secteur textile et de la confection.
Les explications des industriels confirment les observations des ingénieurs de l'ONE et de la RAD: quand une coupure ou un délestage se produit, l'appel électrique de reprise sera plus fort.
En effet, les procédés de texturation et de teinture exigent des machines qui doivent être longtemps chauffées avant d'entrer en production. Lorsque le courant est coupé, il faut recommencer l'opération, expliquent les techniciens.
Si la coupure intervient en cours de production, les pertes s'élèvent facilement à 35.000DH à chaque fois, souligne l'ingénieur d'une usine de textile. Ces pertes ne comprennent que les tissus ou les vêtements en cours de texturation qui ne sont plus récupérables. Le produit est gâché car la coloration se fait mal: Ce sont deux couleurs qui apparaissent lorsque l'électricité est coupée et "il faut alors tout refaire au noir (c'est à dire la couleur noire), déclarent les industriels... "et quand cela est possible", ajoutent-ils.
Ailleurs les problèmes peuvent se poser différemment.
Prenons le cas de la zone Sidi Maarouf-Bouskoura. Plusieurs entreprises avaient décidé de s'y installer. Les problèmes de coupures, de délestage (diminution de la capacité à utiliser par les consommateurs) ont amené les sociétés à s'équiper en groupes électrogènes.

Le cas des fours

La Centrale distributrice de la RAD ne peut fournir les nombreuses fabriques dotées de fours. Les fours nécessitent pour être chauffés un temps long, et, dans des secteurs qui produisent des carreaux, de la faïence, soit d'une manière générale pour les travaux de séchage et de cuisson de la terre, les arrêts d'alimentation électrique peuvent avoir des conséquences fatales.
Non seulement le contenu des fours (la production) sera compromis, mais également les machines.
"Les gros fours ne résistent pas à une baisse brutale de la température", expliquent les techniciens. Les fours peuvent exploser.
A Aïn Sebaâ, où la majorité des entreprises sont concentrées, l'achat des groupes électrogènes commence à rentrer en ligne de compte dans les calculs d'investissements. Certaines grosses entreprises acquièrent des "groupes" pour se prémunir contre le risque de coupure au moment de la pleine production, mais elles rappellent également que "les fours doivent être alimentés".

Les ouvriers: certains sont payés, d'autres pas

Les autres frais, qui eux ne sont pas directement chiffrables, concernent les ouvriers.
Lorsque les coupures durent, certaines entreprises renvoient leurs ouvriers pour la journée. D'autres les font attendre jusqu'à ce que le courant soit rétabli. La politique de l'entreprise est variable: certaines payent les heures de chômage forcé, d'autres dédommagent, et enfin, d'autres encore déduisent les heures de panne des salaires.
Il semble que ce soit les entreprises les plus modernes qui payent quand même. Les autres, surtout celles qui rémunèrent à l'heure, dans les branches comme le textile, en particulier, répercutent une partie du manque à gagner ou des pertes sur leurs ouvriers et ouvrières: on déduit les heures ou les demi-journées chômées.
En fait, les salaires non versés réduisent certes les charges de l'entreprise, mais il est évident que le prix social est alors très lourd(2) .
Il convient de noter que les factures d'électricité ne baissent pas pour autant.
La raison invoquée à la RAD est que les entreprises, lorsque le courant revient, utilisent une puissance largement supérieure pour re-chauffer leurs machines (Cf supra). Les factures restent alors sensiblement les mêmes.
Dans les faits, ce sont moins les factures qui dérangent les unités de production que les coupures elles-mêmes, cela va sans dire.

Coupures: en fin d'après-midi et de plus en plus fréquentes

Durant le mois de Juillet 1992, il y a eu cinq coupures d'une durée moyenne de trois heures, dont l'une d'elles a duré près de six heures, pour la zone de Aïn Sebaâ.
Dans d'autres régions, à Mohammedia par exemple, il semble que la situation ne soit pas aussi grave.
Auprès de la RAD, on explique que la Régie n'est qu'un distributeur de l'électricité produite par l'ONE et qu'il faut bien distinguer la coupure du délestage.
Le délestage est l'opération qui consiste à diminuer la puissance que peut consommer une entreprise. C'est la RAD, gestionnaire de la distribution qui avertit les consommateurs que, pour certaines tranches horaires, il ne sera pas possible pour eux de consommer une certaine quantité de kilowatts heure.
A ce niveau, les entreprises se plaignent de ne pas être averties à temps, mais il semble que globalement elles soient effectivement prévenues, bien que pour elles, délestage ou panne reviennent au même.
"Nous sommes averties une demi-heure à l'avance, les ouvriers sont déjà là. On ne peut pas les renvoyer: il faut les payer". D'autres encore nous disent: "On nous dit que la coupure aura lieu à 16 heures, et elle a lieu avant ou après, cinq heures après, par exemple", raconte un directeur de production.

Equipements en retard

La RAD est en première ligne des protestations, puisque c'est à elle que s'adressent les abonnés. Elle explique que les solutions sont du ressort de l'ONE et de la politique générale d'équipement électrique. L'ONE vient de proposer un programme de 24 milliards de Dirhams d'équipements lourds, programme qui doit s'étendre jusqu'en 2.002. Ce programme est jugé comme un programme minimal, outre le fait que de l'avis des spécialistes de l'ONE et du Ministère de l'Energie et des Mines, ce programme aurait déjà dû être engagé depuis 4 ou 5 ans.
Il y a donc un retard structurel des capacités de production sur le comportement de la demande, domestique et industrielle. Bien que cet élément ne soit pas contesté au niveau des pouvoirs publics, des questions difficiles de financement demeurent, les mêmes qui avaient fait que le programme de l'ONE a été repoussé (les rieurs disent "délesté") depuis 1986(3).
Une question reste en suspens, néanmoins, quant au financement de ce programme bien que les principes en aient été admis en Juin dernier. Il s'agit de savoir si les consommateurs doivent intégralement prendre en charge les coûts des investissements ou bien si une partie (et laquelle?) doit être imputée sur le Budget Général, c'est-à-dire les contribuables. C'est du moins ce qui ressort des différents commentaires qui se faisaient cet été dans les milieux gouvernementaux et dans la haute fonction publique.

H. H.

(1) Cf L'Economiste du 2 Juillet 1992
(2) Chez les industriels, des voix commencent à s'élever pour dire que puisque les services publics sont responsables des coupures ou des délestages, il faudra prévoir des dédommagements de manière à ce qu'un problème dans l'électricité ne deviennent pas un problème général. On cite, pour la mise en oeuvre de ces dédommagements, les sytèmes dits "pertes d'exploitation" qu'offrent les compagnies d'assurances et on ajoute, non sans malice, que l'introduction d'un dédommagement obligerait automatiquement les pouvoirs publics à offrir un service correct.
(3) Rapelons qu'une infrastructure de production-distribution électrique se programme entre 8 et 10 ans à l'avance.

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