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    Politique Internationale

    Ali Abderrazik, théologien égyptien à contre-courant traduit : Un théologien réfute l'Etat islamique

    Par L'Economiste | Edition N°:154 Le 17/11/1994 | Partager

    Les violences politiques au nom de l'Islam pourraient être sans fondement. Un proche de Mohammed Abdou, penseur rationaliste, estimait que même le califat n'était pas requis.

    "L'Islam et les fondements du pouvoir",
    de Ali Abderrazik
    Traduction et introduction de
    Abdou Filali-Ansary
    Le Fennec 1994 42 DH

    "MALGRE sa dimension modeste, cet essai a constitué une oeuvre inaugurale à tous les points de vue": parce que cette oeuvre de Ali Abderrazik "L'Islam et les fondements du pouvoir", paru en 1925, " a déclenché un débat de fond" et travaillé en profondeur "la conscience islamique", Abdou Filali-Ansary vient d'en publier, aux éditions Le Fennec, une traduction nouvelle augmentée d'une introduction essentielle.

    Dans sa forme et son fond, la traduction rend un texte étonnamment jeune et courageux, pris entre "une expression traditionnelle et un contenu caractérisé à la foi par une quête inquiété de la vérité, une grande verve et un net souci de précision". Il rend compte à partir de problèmes de droit musulman et d'une analyse de la notion de califat, d'un débat qui n'a pas cessé de dominer depuis des siècles "la scène intellectuelle et politique arabe" et reste souvent ignoré en Occident: "celui de l'ordre social, des relations entre l'Islam et le système politique, des fondements éthiques de la société.

    Réfuter la contre-argumentation

    Ali Abderrazik (1888-1966), théologien égyptien, était docteur de l'Université d'Al-Azhar et juge au tribunal islamique de Mansourah. Proche de Mohamed Abduh, il porte avec acuité une exigence de clarté et de rationalité au sein même des croyances enracinées dans la conscience islamique, avance de thèses qu'il analyse et argumente, prenant soin de réfuter la contre-argumentation dans le plus pur modèle de la réflexion d'école, en s'appuyant sur ses prédécesseurs et ses adversaires, ainsi que sur les références adéquates du Coran et de la Sunna. Le tout dans un style qu'Abdou Filali-Ansary a su débarrasser des lourdeurs de l'expression dans sa traduction, tout en en respectant l'esprit.

    Les thèses de Ali Abderrazik font part du débat qui bouleverse le pouvoir en Islam depuis la mort de Prophète, décédé sans laisser de directives. "...Comment...si la constitution d'un Etat faisait partie de Sa mission aurait-il pu laisser une telle question dans pareille confusion, au point que les Musulmans se retrouvant dans une totale obscurité, en vinssent rapidement à s'entre-tuer?" Question essentielle, qui sous-tend la position du cheikh: le califat n'est requis ni par la religion, ni par la vie temporelle. "Le Livre sacré n'a jamais daigné évoquer la califat, ni faire la moindre allusion à son sujet... la tradition du Prophète l'a ignoré.. aucun ijma ne s'est produit à son propos...": la constitution d'un Etat par le Prophète est "une action de type temporel, étrangère par nature à son oeuvre religieuse". "...Il ne fut ni roi, ni fondateur d'empire, ni encore un prédicateur attelé à l'édification d'un royaume", et son autorité sur les croyants naissait de sa mission prophétique, non d'un quelconque pouvoir temporel. Aucune nation, aucune langue, aucune génération ne possèdent donc, hors la piété, de supériorité sur une autre, et toute autorité succédant à celle du Prophète ne saurait être que laïque.

    Déchu

    De cela Abderrazik conclut que le titre de Calife -successeur et vicaire du Prophète- et les circonstances historiques ont provoqué cette erreur des Musulmans, source de conflits qui consiste à confondre califat et fonction religieuse. "Il était de l'intérêt des rois, écrit-il, de diffuser pareille illusion dans le peuple en vue d'utiliser la religion comme moyen de défense de leurs trônes et de répression de leurs opposants".

    L'essai de Ali Abderrazik marque par son impact intellectuel. Dès sa parution, il a fait l'objet de réfutations, "a donné lieu à la première procédure de jugement d'un auteur en raison de ses idées", provoqué en Egypte une crise politique, joué un "rôle majeur" dans l'échec des démarches alors entreprises pour rendre vie à l'institution du califat.

    S'il fut exclu du corps des ouléma, déchu de son titre et de ses fonctions, la polémique soulevée sur le principe de la liberté de penser et l'audience de thèses intellectuelles hostiles à l'autorité traditionnelle despotique auprès de la population.

    Il était essentiel de rappeler aujourd'hui ce livre que Abdou Filali-Ansary appelle "l'événement majeur du XXème siècle", par rapport auquel il est devenu indispensable de se situer dans une traduction de haute qualité, dont l'intérêt s'accroît de l'introduction qui l'accompagne, présente et explicite l'ouvrage dans son contexte.

    Thérèse Benjelloun

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