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    Economie

    Algérie: Dur, dur le programme d'ajustement

    Par L'Economiste | Edition N°:395 Le 08/12/1998 | Partager

    L'Algérie essaye de renouer le contact commercial avec le Maroc. Son Premier ministre a présenté un bilan "positiviste" de sa politique économique. Mais contre toute attente, il n'a pas annoncé son départ. Où en est aujourd'hui notre voisin?

    Rabat a répondu avec prudence, en proposant la formation d'une commission, à l'offre faite par la voie de l'ambassadeur algérien, de reprendre des contacts commerciaux (Cf L'Economiste du lundi 7 décembre 1998). Le retour de l'UMA serait évidemment la meilleure nouvelle pour les milieux d'affaires marocains: une partie des entreprises ont grandi à la faveur de la libéralisation des quinze dernières années, au point de ressentir comme un fort handicap l'étroitesse du marché local, tant à la vente que pour leurs approvisionnements. Pour elles, c'est le moment idéal de changer d'échelle: elles rêvent donc d'un Mercosur maghébin tout en se rappelant que, quelques années avant de s'ouvrir réciproquement leur marché, l'Argentine et le Chili s'étaient livrés une guerre meurtrière. Au Maghreb, la guerre est bien loin, mais il n'y a pas assez d'hommes ou de femmes capables d'amener leurs concitoyens à surmonter leur prévention et leur méfiance.
    Mais la création d'un espace commercial suppose un préalable de convergence des politiques économiques. C'est pourquoi le programme de libérali- sation tel que l'a engagé le gouvernement de M. Ahmed Ouyahia revêt une importance capitale pour l'Algérie et pour la région.
    Pour le Premier ministre, "la politique de rigueur sera payante à terme". Contrairement à ce qui était attendu, il n'a pas annoncé son départ. Les observateurs le donnaient comme partant, pour préparer le scrutin des élections présidentielles, lesquelles doivent en principe avoir lieu en avril prochain.
    Depuis sa nomination, en janvier 1996, le Premier ministre algérien maintient la politique de rigueur, inspirée directement des méthodes du FMI: L'Algérie est sous programme d'ajustement structurel depuis 1994, date de la dernière baisse des prix du pétrole. Le programme avait permis à Alger de faire face à la passe difficile des paiements extérieurs. A l'automne dernier, dans un colloque consacré à l'investissement étranger, le FMI avait d'ailleurs salué les efforts de rigueur du gouvernement.
    Dans la présentation de son bilan économique, le Premier ministre a mis en relief le redressement de la balance commerciale, qui est excédentaire pour les neuf premiers mois de l'année. M. Ouyahia n'a pas donné d'évaluation pour l'ensemble de l'année, après la forte baisse des prix du pétrole en novembre et début décembre.
    Alger tire 95% de ses revenus extérieurs du pétrole. La baisse des prix, qui semble durable, rendra plus difficile le paiement des dettes extérieures: il faut 6 milliards de Dollars en 1999 et terminer les paiements de 1998, lesquels se montent à un total de 5,6 milliards de Dollars. Les recettes pétrolières annuelles, sur la base d'un baril à 15 Dollars, permettent de payer la moitié des échéances. Avec un baril un tiers moins cher, les échéances risquent d'être difficiles: le programme de libéralisation n'a pas encore produit tous ses effets, tandis que les problèmes de sécurité freinent les investissements et le partenariat avec l'étranger.
    La désétatisation est néanmoins en bonne voie, mais elle a provoqué une forte hausse du chômage. La fermetures d'unités improductives et la vente d'usines ayant des chances de se redresser ont entraîné l'apparition de 400.000 chômeurs supplémentaires. Actuellement, on compte qu'au moins 30% de la population active est à la recherche d'un travail (au moins 3 millions de personnes sont à la recherche d'un emploi).
    Il n'est pas certain qu'Alger puisse tenir le Budget de l'Etat préparé pour 1999: il a été monté avec un fort taux de déficit, alors que les recettes ont été calculées sur la base du baril à 15 Dollars. Il n'est donc pas exclu que le programme d'austérité soit renforcé, surtout si le Premier ministre se maintient à son poste. L'inflation demeure encore élevée (5% cette année, mais contre plus de 20% durant les années passées), mais la croissance industrielle est repartie. Le taux de croissance a renoué avec un chiffre positif en 1997, et devrait se situer cette année aux alentours de 5%. Le Premier ministre a souligné qu'il avait pu au cours de l'exercice 1998 renverser la tendance du secteur public en réalisant un taux de croissance de 2% contre des performances systématiquement négatives par le passé. Ce résultat a été obtenu au prix d'un fort mécontentement dans ce secteur, comme en témoigne la grève de la compagnie aérienne. Air Algérie possède 34 avions et emploie 9.000 personnes. Le mouvement de grève s'est arrêté hier, mais sans résultats tangibles pour les employés.

    Nadia SALAH


    La sécurité en question
    · Officiellement, ça va mieux


    En faisant dimanche soir devant les députés algériens le bilan de ses trois ans d'exercice, le Premier ministre a laissé de côté les problèmes de sécurité des personnes, des problèmes pourtant centraux pour une économie libérale.
    M. Ahmed Ouyahia a estimé que les problèmes de sécurité sont en réduction, sans signaler qu'officiellement 70 personnes ont trouvé la mort durant la seule semaine dernière en Algérie.
    Comme les années précédentes, l'approche de Ramadan entraîne une recrudescence des attentats, des massacres et des enlèvements de femmes ayant un niveau d'instruction supérieur. Cette forme de terrorisme est particulièrement odieuse, mais retient curieusement peu l'attention des observateurs.
    A cela s'ajoute la mort d'un Tunisien, probablement un contrebandier, abattu par les forces de l'ordre algériennes, mais alors qu'il se trouvait en territoire tunisien.
    S'y ajoutent aussi les morts de policiers stagiaires venant d'Afrique subsaharienne, tués lors d'opérations de ratissage contre les groupes islamistes.
    Les attentats et massacres sont toujours attribués aux groupes islamistes armés, mais les observateurs continuent de soupçonner une implication des forces de sécurité, voire des rivalités entre services chargés de la sécurité.
    Le fait que les journaux soient quasi-systématiquement rattachés à un groupe d'influence accroît l'opacité politique et rend difficile de juger le bien-fondé ou le caractère fantaisiste de ces soupçons.
    Pour sa part, l'organisation d'origine américaine, Human Rights Watch, a fermement critiqué la semaine dernière l'attitude de certains pays européens. Selon elle, le désir de l'Espagne, de la France et de l'Italie de maintenir un consensus empêche la communauté internationale d'avoir une attitude plus ferme vis-à-vis du gouvernement algérien. M. Kenneth Roth, directeur général de Human Rigths Watch, en conférence de presse, a "appelé l'UE à faire attention à ce que sa recherche du consensus en politique étrangère ne soit pas utilisée comme un obstacle".

    Nadia SALAH (AFP-Reuter)

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