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    Economie

    ALE Maroc/USA: Un accord politique, mais le prix sera économique
    Entretien avec l’économiste Najib Akesbi

    Par L'Economiste | Edition N°:2180 Le 27/12/2005 | Partager

    Najib Akesbi, membre du parti socialiste unifié, est sceptique quant aux retombées de l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis. Pour lui, à la séquence voulant que les réformes soient engagées avant l’ouverture, le Maroc a opté pour l’inverse. . L’Economiste: L’accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis entre en vigueur dès le 1er janvier 2006. Dans quelle mesure l’économie marocaine est-elle prête à une telle ouverture? - Najib Akesbi: L’économie nationale n’est évidemment pas en mesure de faire face ni à cet accord ni à toute autre perspective de libéralisation. La raison est bien simple, et le Premier ministre, Driss Jettou, l’a solennellement reconnue. Elle tient au fait que la politique de mise à niveau de l’économie n’a rien donné. Le gouvernement n’a pas réussi à engager des réformes nécessaires, à même de nous permettre de résister à la forte compétitivité des économies auxquelles notre marché s’ouvre actuellement. . L’agriculture est l’un des secteurs risquant de payer le prix le plus fort de cette ouverture. Quel est votre point de vue sur cette question?- Le problème de l’agriculture est que toutes les contraintes auxquelles elle fait face sont anciennes. A commencer par le foncier. Comment espérer être compétitif alors que la structure morcelée des exploitations ne permet pas une production conséquente. Archaïque, le foncier est peu propice à un quelconque acte d’investissement. De tout le pourtour méditerranéen, le Maroc est le pays qui utilise le moins d’engrais et de semences sélectionnées. C’est aussi le pays où la mécanisation est la moins présente. Il existe également une inadéquation totale entre le potentiel des terres et les productions. A aujourd’hui, nous continuons à produire n’importe quoi, n’importe où. Et aucune étude sérieuse pour tenter de rapprocher les terres et la nature de production n’est pour le moment disponible. Sans parler de la qualité des ressources humaines. S’est-on jamais posé la question sur la qualification des agriculteurs, dont 91% sont analphabètes. Comment améliorer les conditions d’exploitation quand quatre exploitants sur cinq ne savent ni lire ni écrire. . Qu’en est-il de la commercialisation des produits agricoles. Et le système bancaire dans tout cela? - La commercialisation reste extrêmement archaïque et complexe. Telle qu’elle est pratiquée actuellement, elle ne profite qu’aux intermédiaires, au détriment des agriculteurs et des consommateurs. Le marché de gros, toujours moyenâgeux, en est l’illustration. Autre handicap, les conditions de financement. Le surendettement des agriculteurs dépasse toutes les normes. Toutes ces contraintes empêchent l’agriculture, et par extension toute l’économie, d’être compétitive. Et à moins d’un miracle, aucun processus de réforme ne pourra faire en cinq ans ce que nous n’avons pas réussi à réaliser pendant un demi-siècle. Tous les pays où l’ouverture a apporté ses fruits ont suivi une seule et même séquence: les réformes d’abord, la libéralisation ensuite. Au Maroc, c’est exactement la séquence inverse qui a été adoptée. Ceci, alors que les problèmes sont connus depuis longtemps. . Quelles sont les mesures d’accompagnement à mettre en place pour atténuer les effets négatifs d’un tel accord? - Que l’on arrête de se raconter des histoires. Ce ne sont pas des palliatifs qui nous aideront. Toutes les contraintes que j’ai évoquées requièrent du temps pour les surpasser. D’autant plus que leurs effets ne seront pas immédiats. Il faut s’engager maintenant pour récolter au plus tôt dans dix ans. Se dire que nous sommes désormais devant le fait accompli et qu’il faut réagir par de petites mesures reviendrait à tomber dans les mêmes erreurs du passé. . Que gagne le Maroc dans tout cela? - L’accord de libre-échange est d’abord un accord politique. Et le prix à payer sera économique. Les avantages sont, eux, incertains. C’est au Maroc de savoir les tirer. D’ailleurs, c’est le message des Américains. Sachant pertinemment qu’ils sont les gagnants dans cette histoire, ils ne cessent de nous signifier que la balle est dans notre camp. Nous gagnerons ce que nous saurons glaner. Propos recueillis par Tarik QATTAB

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