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Société

Aïcha Ech Channa
La femme qui vaut un million de dollars!

Par L'Economiste | Edition N°:3115 Le 25/09/2009 | Partager

. Première marocaine nominée pour l’Opus Prize. Le prix récompense les héros inconnus du monde associatifA l’origine de l’engagement : un cri. Comme le célèbre tableau d’Edvard Munch, ce cri exprimait l’angoisse. Celle d’un nourrisson que l’on arrache au sein de sa mère, incapable de le garder, car célibataire. Cette scène qu’a vécue Aïcha Ech Channa en 1985 en rentrant de son congé maternité, l’a décidé à créer Solidarité féminine. Aider les filles mères et leurs enfants, faire d’eux des citoyens marocains à part entière, tel a été son objectif depuis 25 ans. Cette militante forcenée est aujourd’hui affaiblit par un lymphome qui n’inquiète que ses proches. Elle, se dit en pleine forme malgré sa démarche hésitante. A Solidarité féminine, toutes les portes sont ouvertes. Dans la villa-restaurant du quartier Palmiers de Casablanca, siège le bureau d’Aïcha Ech Channa, au premier étage. Elle ne s’assoit jamais sur le fauteuil de son bureau, mais sur une petite chaise sur le côté. L’humilité d’Aïcha est dans tous ses gestes et paroles. Aujourd’hui, elle fait la standardiste, culpabilise de demander l’aide d’une de ses assistantes enceinte, et s’excuse de n’avoir plus d’énergie. Et pourtant elle ne cesse de s’activer. Un coup de fil, une commande de 100 repas, et elle retrouve le sourire. Elle s’empresse de partager la bonne nouvelle avec ses filles, supervise leur travail en cuisine, et fait le guide pour les visiteurs nombreux depuis l’annonce de sa nomination pour l’Opus Prize, distinction suprême dans le monde associatif. Elle n’y croit toujours pas d’ailleurs. Quand les enquêteurs du Prix se sont rendus à l’association à plusieurs reprises, elle ne savait pas qui ils étaient. «Tout est transparent à l’association», dit-elle fièrement, alors nul besoin de poser trop de questions aux visiteurs. Quelques mois plus tard, un appel du Minnesota lui annonce qu’elle est nominée avec une Colombienne et un Brésilien pour l’Opus Prize. Elle croit d’abord à un canular. Aujourd’hui, Aïcha insiste: «Ce n’est pas ma nomination, mais celle de tous les Marocains». Elle n’oublie pas les fatwas, menaces et insultes dont elle a été victime. Les islamistes, la bourgeoise éclairée, la simple fonctionnaire, ou encore le père lâche, personne ne l’a épargnée. Accusée d’encourager la prostitution et la conception d’enfants illégitimes, Aïcha Ech Chenna a voulu jeter l’éponge plus d’une fois. Mais l’incroyable réseau de soutien qui s’est tissé autour d’elle, après les menaces de mort qu’elle a reçues, a eu raison de cette envie de tout arrêter. Elle raconte les larmes aux yeux, que la reconnaissance d’Amir al Mouminine, lourde de sens, accompagnée de cette phrase «Je sais ce que vous faites, je vous suis, continuez!» ont été la récompense qu’elle attendait. Elle ne garde aucune amertume pour les gens qui l’ont montrée du doigt. Aïcha a depuis longtemps accepté que les humains étaient tous pourvus de défauts, son combat à elle c’est d’empêcher leur stigmatisation. L’une de ses marottes est de demander aux gens qu’elle croise «mettez la main sur votre cœur, et demandez-vous: et si c’était moi?»Ce qui n’empêche pas «l’hajja», comme l’appellent les filles mères de l’association, de porter un regard sévère sur la société. «Ce qui tuera ce pays, c’est le mensonge et la triche», lance-t-elle. Elle en a vu défiler des histoires lugubres. Des petites bonnes violées, des jeunes filles naïves abusées, et un enfant de trois ans battu à mort, lui causent encore des cauchemars aujourd’hui. Ce qu’elle propose aux enfants et aux filles mères qu’elle accueille c’est une chance de suivre un processus de maturité qui passe par la confiance en soi, la reconnaissance, le soutien et l’amour. Souvent ça marche, mais parfois non. Pour celles qui tombent dans la prostitution, la drogue ou l’alcool, pas de quartier. Aïcha Ech Chenna sait être une dame de fer, qui secoue ses troupes. Quand une brebis s’égare, elle est intransigeante : c’est la porte!Aïcha Ech Chenna se laisse rarement impressionner. Lors d’une récolte de don auprès des employés du centre d’appel Atento, elle n’hésite pas à apostropher le manager: «prévoyez des anti-stress pour vos employés, prenez soin d’eux!» Respectée par tous aujourd’hui, même par ses détracteurs, elle n’est pas dupe: «Je sais que le million de dollars de l’Opus Prize y est pour beaucoup». Mais qu’importe. Elle est la seule marocaine à avoir été nominée pour cet équivalent du prix Nobel du monde associatif. Il ne reste plus qu’à croiser les doigts: verdict le 4 novembre pour l’annonce du vainqueur.Aïcha AKALAY

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