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    International

    Afghanistan, une expérience soviétique
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3171 Le 16/12/2009 | Partager

    A la guerre, l’expérience est nécessaire mais aussi redoutable. Sans doute faut-il avoir étudié les batailles passées pour mieux éviter des erreurs déjà commises. A vouloir cependant privilégier la manière de combattre des anciens, le chef risque de connaître d’effroyables revers pour avoir méconnu les changements intervenus, l’évolution des techniques et des mentalités, les différences de terrain, de milieu, d’adversaire. Les exemples sont légion.Cela n’interdit pas d’analyser l’engagement soviétique en Afghanistan et la manière dont l’Armée rouge en a usé avec ce pays. Quand bien même les circonstances ne seraient pas les mêmes, une telle étude est de nature à révéler des erreurs faciles à éviter et des idées dont le commandement US pourrait trouver utile de s’inspirer.Toute comparaison entre Occidentaux et Soviétiques en Afghanistan est facilitée par plusieurs facteurs. A 20 ans de distance, terrain, milieu, climat, restent identiques. Les difficultés rencontrées sont semblables, le nombre d’hommes est toujours insuffisant, les Soviétiques en ayant déployé 118.000 au sommet de leur effort, les Américains en espérant 113.000 si les renforts annoncés parviennent à bon port. Les Soviétiques avaient l’avantage d’un commandement unique. Il n’y avait pas chez eux de contingents étrangers, toujours désireux de n’en faire qu’à leur tête, jusqu’à refuser de se battre quand leur gouvernement le leur interdit. Les militaires soviétiques étaient des appelés, fort peu motivés, les GI’s et soldats de l’Otan sont des professionnels, à tout le moins des volontaires. Cependant, les motivations respectives ne sont peut-être pas très différentes, tant l’enthousiasme fait défaut dans les rangs occidentaux. Quant à l’ignorance de la civilisation, de la culture et des coutumes afghanes, elle est dans les deux cas, la même, autant dire abyssale. La manière de mener le combat n’a pas sensiblement évolué. Dans les deux cas, les «étrangers» jouissent du monopole des appuis aériens; leur précision, manifestement meilleure aujourd’hui, ne prémunit pas les Occidentaux contre de fréquentes et sanglantes bavures. Soviétiques et Américains ont usé et usent des forces spéciales et autres «Spetnatz». Chez les uns et chez les autres se mêlent, sensiblement dans les mêmes proportions, troupes d’élite et unités ordinaires. Ces dernières, qu’elles fussent originaires des grandes plaines russes ou qu’elles soient dépêchées par les démocraties, sont plus souvent formées au combat conventionnel qu’instruites des subtilités de la contre-insurrection. Certes, il y a des différences. Sans doute l’Armée rouge était-elle moins regardante pour ce qui concernait les populations, leur sauvegarde, l’aide à leur apporter. Moscou voulait lutter contre la burqa et autres pratiques, les Etats-Unis ne s’y aventurent pas. L’URSS était une dictature, les pays alliés présents en Afghanistan ne souffrent pas de cette tare. Moscou était venu secourir un régime qui se disait communiste, Washington entend, sinon construire une démocratie, du moins, donner au pouvoir à Kaboul des apparences présentables. Le commandement soviétique redoutait moins les pertes que ses successeurs occidentaux; peut-être, aussi, se souciait-il moins de ses hommes que les armées alliées des leurs.

    Un vrai sens politique
    La véritable originalité est politique. Quand en février 1989, l’armée soviétique évacue l’Afghanistan, les observateurs ne donnent pas cher du régime de Kaboul. Erreur! Le pashtoun Mohamed Najibullah, après avoir fait ses preuves en qualité de chef des services secrets afghans, a été placé par Moscou à la tête du pays en 1987; deux ans plus tard, il est toujours à son poste. Le Kremlin a fait le bon choix. Le gouvernement afghan et son armée surmontent le choc du départ des militaires soviétiques. Pourquoi? Sans doute en raison d’une vision claire des réalités du pays. La politique du président Najibullah repose sur deux convictions : les Afghans haïssent l’étranger, fut-il russe, ukrainien ou bien tatar, ce qui leur ôte toute envie de se battre pour lui, il est possible d’amener le peuple à coopérer avec le pouvoir sous réserve de se consacrer à défendre les intérêts et particularismes locaux au lieu de les combattre. Najibullah autorise les leaders régionaux à constituer leurs propres milices avant de les intégrer dans l’armée régulière afghane. Les résultats sont inégaux. Tout de même, les Ouzbeks, entre autres, jouent le jeu. Leur milice, aux ordres du général Abdul Rashid Dostum, constitue bientôt la 53e division de l’armée afghane. De plus, le départ des «étrangers» a distendu les liens entre factions moudjahidines hier encore unies dans le combat contre l’ennemi commun. Najibullah profite des rivalités inter-afghanes. Il aide ceux qu’ils jugent susceptibles de coopérer avec lui, les subventionne, tire avantage des combats entre rivaux, récompense les vainqueurs. Moscou, d’ailleurs, n’abandonne pas son client. Il lui livre les armes, la nourriture, le carburant, qui lui sont nécessaires pour s’imposer. Son armée n’est pas négligée. Elle reçoit des avions de combat et de transport récents; dotée de missiles Scud par centaines, elle peut mater un chef de bande par trop récalcitrant. Le pouvoir kabouli abandonne de surcroît toute référence au marxisme; il renonce aux grands travaux conseillés par le grand frère soviétique; il redonne à l’islam la place qui doit être la sienne dans ce pays musulman. Pour se garantir leur appui, Najibullah rétribue les mollahs. Agissant ainsi, Najibullah reprend des méthodes déjà éprouvées. Il entend moderniser le pays mais avec une sage lenteur, ne pas lui imposer des réformes initiées d’en haut, protéger les intérêts locaux tout en divisant les opposants, faire effort sur l’armée et la police nationales.L’efficacité du système est démontrée lors de l’attaque en mars 1989 de la ville de Jalalabad. L’affaire a été montée par des moudjahidines mal conseillés par des agents de la CIA et les services pakistanais. Ceux-ci se disaient persuadés que l’Etat afghan s’écroulerait au premier coup de feu. Le contraire survient. De Kaboul, le pouvoir fait tirer des Scud contre les assaillants, déployés à 280 km de là. L’alliance des forces hostiles au pouvoir se disperse. D’autres factions rejoignent Najibullah. L’organisation mise en place fonctionne à peu près; à condition cependant que Kaboul soit toujours aidé par Moscou ; à condition aussi que les moudjahidines, anciens de la résistance antisoviétique, cessent de recevoir l’aide des Etats-Unis, le soutien financier de l’Arabie saoudite, l’appui du Pakistan. L’aide américaine cesse en 1991. Saoudiens et Pakistanais, eux, continuent. Le but? Renverser Najibullah! Celui-ci a commis une erreur gravissime: il a oublié qu’aucun pouvoir en Afghanistan ne peut exister s’il n’est pas accepté par le Pakistan. Sans l’aval d’Islamabad, les routes sont coupées, les opposants au régime de Kaboul trouvent dans les zones tribales les zones refuges indispensables, ils reçoivent l’argent, les armes, le soutien sans lesquels ils ne pourraient agir. Le 27 septembre 1996, Najibullah est exécuté par les talibans. Ceux-ci prennent sa place et l’occupent jusqu’aux bombardements américains de la fin 2001 et l’arrivée à Kaboul des forces de l’Alliance du Nord, créées par feu le commandant Massoud.Le problème semble être aujourd’hui de trouver un leader pashtoun, suffisamment crédible aux yeux des autres Afghans, pour prendre la tête d’un gouvernement durable. A moins qu’à Washington, quelqu’un ait dans sa manche un autre Najibullah, susceptible de sauver l’Amérique d’une humiliante défaite, d’épargner à l’Afghanistan des épreuves supplémentaires et de garantir à Barack Obama sa réélection en 2012.

    La population afghane
    «Dans ce pays de 650.000 km2, la population, essentiellement rurale, majoritairement sunnite, composée de 31 millions d’habitants, est divisée en plusieurs groupes ethnolinguistiques : les Pashtounes (38%), les Tadjiks (28%) et les Hazaras (19%), les Ouzbeks (6%), les Aïmaqs (3,7%), les Turkmènes (1,4%), les Brahouis (1%), les Baloutches (0,5%) et les Nouristanis (0,5%). On trouve également une trentaine de petites ethnies comptant chacune moins de 10.000 personnes (Arabe, Kazak, Kirghiz, Mongols, Ouïgour,…).Trois ethnies - pashtoune, tadjik et hazara- représentent donc près de 90% de la population. Les Pachtounes, appelés aussi les Afghans, ont donné ce nom au pays. Ils dominent traditionnellement la vie politique du pays. Egalement nombreux au Pakistan (12 millions), ils vivent dans l’est et le sud de l’Afghanistan. Ces montagnards, jaloux de leur indépendance, peuplent les fameuses zones tribales frontalières avec le Pakistan. C’est là qu’est né le mouvement taliban des étudiants en religion. Les cadres talibans, appartiennent à l’ethnie pashtoune, proviennent en effet des madrasas, ces écoles coraniques supérieures. Ensuite les Tadjiks, qui sont persophones: quatre millions de personnes regroupées autour d’Herat, à l’ouest, et dans les montagnes du nord-est, à proximité du Tadjikistan. Enfin les Hazaras, 1 million et demi, vivent dans le centre du pays. Chiites, ils sont menacés par les Pashtounes. Quant aux Ouzbeks, Turkmènes et Kirghizes, turcophones, ils sont regroupés à l’ouest et au nord de l’Afghanistan».(Source: http://ethnolyceum.wordpress.com/2008/08/22/les-ethnies-de-lafghanistan/ )
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