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International

Afghanistan, la stratégie des talibans
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3224 Le 03/03/2010 | Partager

Vendredi 26 février, quelques jours après le début de l’opération «Moshtarak» contre le fief taliban de Marjah, les insurgés ont frappé à Kaboul. Deux pensions pour étrangers, en particulier indiens, ont été visées. Bilan: dix-sept tués dont neuf Indiens. C’est la quatrième opération menée par les Talibans à Kaboul depuis le 26 octobre; elle peut être interprétée comme une riposte à l’opération de Marjah; c’est aussi une manière d’afficher leur capacité à frapper au cœur du pouvoir afghan; cela ressemble enfin à une volonté de nuire à l’Inde, ennemie du Pakistan, soutien plus ou moins officiel des insurgés. Au moment où des entretiens indo-pakistanais commencent, cette atteinte aux intérêts indiens en Afghanistan ne pouvait pas mieux (ou plus mal) tomber!Cependant, cette réaction talibane ne constitue pas une stratégie, tout juste un fait tactique. Les talibans se veulent maîtres en leur pays. Leur problème immédiat, au moment où la coalition manifeste des velléités offensives, est de demeurer un ensemble cohérent. Or cette insurrection est une entité incertaine, soumise à des tiraillements, animée par des acteurs multiples. La nature du régime que les talibans entendent instaurer en Afghanistan reste à préciser tout comme la manière de l’imposer.Depuis dix ans, le pays a changé. Les talibans n’ont jamais été vraiment vaincus. Sans doute était-il difficile de les anéantir tant leur système était peu structuré… La rapidité avec laquelle, sous les coups de l’offensive américaine de novembre 2001, ces  étudiants en religion» se sont dispersés et transformés en guérilleros, révèle le caractère singulier de ce qui fut le pouvoir taliban. Cependant, le désintérêt pour l’Afghanistan des Etats-Unis, accaparés par leurs ennuis irakiens, a permis au mouvement taliban de reprendre son essor. Dès 2006, les Etats-Unis n’ignoraient plus le retour agressif des insurgés. Bien avant l’élection de Barack Obama, l’administration Bush jugeait indispensable l’envoi de renforts en Afghanistan. Encore fallait-il que la situation en Irak le permit, les armées des Etats-Unis ne disposant pas d’effectifs suffisants pour mener ces deux guerres en même temps. Depuis six mois, en revanche, la coalition a repris une part de son initiative perdue. L’arrivée des talibans à Kaboul pourrait en être retardée.

Des opposants afghans aux talibans
Cette éventualité est à considérer. Les adversaires potentiels afghans des talibans, -deux tiers de la population- ne sont pas d’ethnie pachtoune. Tadjiks, Ouzbeks, Turkmènes, Hazaras…, se sont grandement renforcés depuis 2000. Ils sont plus organisés, mieux équipés, plus déterminés qu’en 1995. Ils ont recueilli des fruits concrets de la présence occidentale en termes d’argent, d’emplois, d’infrastructures et même de sécurité. Souvent, les populations urbaines se disent hostiles à un retour à l’austérité talibane. Nombre d’Afghans apprécient peu d’être privés de distractions télévisuelles ou musicales et de ne plus pouvoir envoyer leurs filles à l’école.Le combat des insurgés est double: confrontés aux derniers efforts de la coalition avant qu’elle ne jette l’éponge, les talibans doivent survivre tout en imposant leur loi aux autres Afghans, surtout ceux d’ethnie tadjike, celle-là même qui avait mené la vie dure aux troupes soviétiques. Toute stratégie talibane doit placer au premier rang de ses priorités sa pérennité en tant que force politique prépondérante en Afghanistan. Et cela ne pourra sans doute pas être obtenu sans que le mouvement se trouve des alliés pour partager, peu ou prou, le pouvoir avec lui.Toutefois, leur position intérieure n’est pas la seule préoccupation des talibans. Une fois les coalisés rentrés chez eux, les insurgés chercheront à ne plus être considérés comme des parias. Seuls, dans les années 1990, le Pakistan, l’Arabie saoudite, les Emirats, les avaient reconnus. Impossible, désormais, de gouverner un pays sans reconnaissance internationale! Son isolement avait d’ailleurs conduit le mouvement à s’allier avec Al Qaïda pour en obtenir conseils, armes, argent. L’alliance avec la nébuleuse terroriste, aujourd’hui encombrante, pourrait servir de monnaie d’échange lors de négociations avec les Etats-Unis et avec d’autres entités afghanes.
L’Histoire enseigne-t-elle vraiment quelque chose?
Pour mieux appréhender la stratégie talibane, peut-être faut-il revenir aux fondements de toute insurrection. Celle-ci ne doit pas cesser de représenter une force militaire cohérente, condition première d’un accès au pouvoir, une fois les étrangers partis. Au moins, les talibans savent-ils quand les Etats-Unis s’en iront puisque ceux-ci ont prévu d’amorcer leur retrait en juillet 2011. Cela donne un délai, au demeurant très court, pour préparer l’accession au pouvoir. D’où une stratégie militaire probable qui peut se résumer ainsi: harceler sans répit la Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF en anglais), lui infliger des pertes sensibles, accroître ainsi le coût de son engagement pour tenter de précipiter son retrait. Cela devrait se faire en tenant compte des instructions du mollah Omar diffusées en octobre dernier(1). Celles-ci interdisent de lancer des attaques sans l’accord du commandement suprême des talibans, et prescrivent de minimiser les pertes civiles pour se concentrer sur les forces de la coalition, armée et police afghanes comprises.L’ISAF va donc devoir affronter un adversaire qui refuse le combat tout en laissant toujours derrière lui, comme on le constate à Marjah, des éléments chargés de lui causer des pertes via ses tireurs d’élite, des actions de va-et-vient, des pièges explosifs savamment disposés. Fini pour les talibans le temps des attaques massives! Terminée aussi l’époque des bastions défensifs que favorise un terrain montagneux! La guérilla choisira plutôt d’étendre son domaine d’action. C’est qu’il lui faut manifester sa présence auprès du peuple et gêner en même temps une coalition, toujours à court d’effectifs, peu soucieuse de disperser ses forces sur un territoire aussi étendu que le Maroc et à peine moins peuplé, au lieu de se consacrer à la reconstruction du pays.A un moment où la victoire paraît à portée de main, les talibans devraient normalement redoubler d’ardeur. A charge pour eux de prendre en compte la détermination nouvelle des Etats-Unis dont les effectifs seront à leur maximum cet été et pendant les neuf mois suivants qui précéderont leur repli. Et la guérilla de s’interroger: Les pertes des Occidentaux suffiront-elles pour amoindrir leur ardeur combative? Une prise de contrôle améliorée par la coalition des centres urbains et des zones de culture du pavot ne va-t-elle pas nuire au recrutement des talibans, tarir leur soutien financier, gêner leur logistique? La perte éventuelle du sanctuaire pakistanais, si Islamabad apporte un plein concours à Washington, ne portera-t-elle pas un coup sévère à l’insurrection? Qui peut répondre? L’Histoire, à la rigueur! Si celle-ci enseigne quelque chose, contrairement à ce que pensait Paul Valéry(2), alors les talibans vaincront. L’Histoire révèle aussi que la stratégie choisie par les Etats-Unis n’a encore jamais été tentée: mettre sur pied un gouvernement viable, à partir de rien, en pleine insurrection et en un temps très court. Les talibans jugeront peut-être que cette politique n’est pas forcément vouée à l’échec, surtout si le Pakistan les abandonne en chemin pour choisir d’aider les Etats-Unis. Voilà qui pourrait amener les insurgés à la table des négociations. Pure spéculation, sans doute, mais tout de même! ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------1- J’avais rendu compte de ces instructions sur «Atlantic radio», le 26 octobre 2009.2- Lequel est l’auteur d’une remarque célèbre, donnée à commenter à des générations d’étudiants et de candidats aux concours des grandes écoles: «L’Histoire n’enseigne rigoureusement rien»!

Les talibans s’en prennent à l’Inde

Il est 6h30 du matin, à Kaboul, ce 26 février. Cinq hommes ouvrent le feu en direction d’hôtels et de pensions, situé à proximité du centre commercial de la ville. Quelques minutes plus tard, une camionnette piégée explose devant la pension Hamid. L’établissement est ravagé. Dix minutes passent. Deux hommes se font sauter avec leur charge dans l’hôtel «Park Residence», tout proche. Deux autres individus, également candidats au suicide, ouvrent le feu en direction de policiers mais sont abattus avant d’avoir pu se faire exploser. A midi, un porte- parole des talibans revendique l’attaque, reconnaît la mort de cinq martyrs, annonce que huit autres militants sont en ville prêts à se sacrifier pour la cause.Dix-sept personnes ont été tuées dont trois policiers et neuf Indiens. Les établissements visés abritaient nombre d’Indiens, dont des personnels de l’ambassade indienne, qui logent là depuis des années. Ce n’est pas la première fois qu’une attaque vise les intérêts de New Delhi en Afghanistan. 4.000 ressortissants indiens y résident, pour la plupart employés à des tâches de sécurité et de reconstruction. Depuis 2003, 13 attentats ont frappé des Indiens, en tuant 14. La précédente attaque a eu lieu en octobre. Un véhicule piégé avait été lancé contre l’ambassade indienne faisant 17 tués et 76 blessés sans qu’aucun Indien n’ait été atteint. Ces attaques contre l’Inde ne devraient guère influer sur sa politique en Afghanistan où elle cherche à amplifier son influence.

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