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    Economie

    Accord Maroc-UE : Les dessous des résistances belges

    Par L'Economiste | Edition N°:204 Le 16/11/1995 | Partager

    De notre correspondante à Madrid, Pascale Bourgaux

    - L'Economiste: L'exportation de 15.000 tonnes de tomates marocaines supplémentaires met-elle réellement en péril le secteur belge? En quoi la fluctuation des prix de référence affecte-t-elle la tomate belge?
    - André Querton: "Les fluctuations des prix sont effectivement angoissantes pour les producteurs belges. De manière objective, 15.000 tonnes ce n'est pas une quantité colossale, mais subjectivement le problème est grave. D'abord parce que le secteur de la tomate en Belgique va mal: 15% des entreprises productrices ont de sérieuses difficultés financière... Le problème n'est pas tant le tonnage importé du Maroc, mais dans le moment où les tomates seraient introduites sur le marché. Le préaccord prévoit avril et octobre, or ces deux mois correspondent au début et à la fin de la saison, qui sont deux moments-clés pour les producteurs belges: la rareté du produit permet de faire profit supplémentaire. Si à ce moment-là sont introduites sur le marché belge des tomates marocaines moins chères, ce surcoût disparaîtra...

    - Quelles sont la production belge annuelle, les ventes (exportation et marché intérieur)? Quel est, par ailleurs, le poids actuel des exportations de tomates marocaines sur le marché belge?
    - La Belgique importe annuellement 26.313 tonnes de tomates et en exporte 275.247. Il y a 731 entreprises productrices principalement des PME. Le secteur est donc suffisamment important pour que l'on se préoccupe des conséquences sociales et autres qu'entraîneraient ces concessions agricoles.

    - Ce manque-à-gagner agricole, évalué par les autorités espagnoles, au total pour toutes les concessions à moins de 20 millions d'Ecus, n'est-il pas compensé par les perspectives d'exportations des produits industriels belges vers le Maroc (machineries, outillages, sous-traitance industrielle, etc...)?
    - C'est difficile de comparer... je ne sais pas sur quoi se base le calcul.

    - Que dire des sacrifices espagnols? Comparés aux sacrifices demandés à la Belgique, la Hollande et l'Allemagne, ceux endurés et qui restent à endurer par les Espagnols sont beaucoup plus graves (pêche, agrumes et légumes, etc...)?
    - C'est le problème des Espagnols! Je n'ai pas assez de données et d'avis sur le sujet pour pouvoir comparer ces "sacrifices"...

    - Pourquoi les négociations avec Israël et la Tunisie n'ont pas posé autant de problèmes?
    - Si, il y a eu aussi des problèmes. La différence lors des négociations avec le Maroc c'est qu'il y a eu une prise de position publique de certains gouvernements parce que le mandat de la Commission a été interprété de manière trop libre.

    - Que pensez-vous de la remarque de Michel Barnier à propos des positions belge, hollandaise et allemande: "Il "se souviendra" de ceux qui défendent le libre-échangisme quand ça les arrange".
    - Je refuse de commenter cette remarque.

    - Outre les conséquences économiques de l'accord d'association avec le Maroc, celui-ci aura également des implications sociales qui, indirectement, affectent la Belgique: en effet si l'économie marocaine s'améliore, la pression migratoire vers l'Europe du Nord, entre autres la Belgique, baissera. Cette équation est-elle prise en considération par le gouvernement belge?
    - Nous sommes tout à fait d'accord avec cette analyse, c'est pourquoi nous voulons parvenir à un accord.

    - Monsieur Derijcke considère-t-il comme son homologue hollandais que le commissaire espagnol, Manuel Marin, n'a pas respecté son mandat de négociations?
    - La Commission a effectivement dépassé le mandat qui lui avait été remis, elle a été plus loin que ce qui lui était permis. C'était, semble-t-il, pour obtenir quelque chose d'autre en contrepartie (NDLR: référence à l'accord de pêche)... Mais nous n'allons pas faire une histoire de cela, l'important maintenant c'est d'obtenir un accord!
    Il y a eu blocage, parce qu'au dernier conseil des ministres belge d'octobre (le 27) des instructions claires ont été données ne laissant aucune marge de manoeuvre à M. Derijeke. Mais, parallèlement aux discours officiels, il y a eu des contacts de couloirs, tout le monde était d'accord pour continuer les négociations. Le gouvernement belge a revu sa position et fixé ses minima et maxima, de même que ses partenaires européens pour les autres produits, pour les fleurs et les sardines. Un conseil extraordinaire des quinze ministres a été convoqué pour vendredi 10 novembre, précisément pour régler cette affaire rapidement.

    - La Belgique est-elle prête à aller jusqu'au bout et risquer qu'il n'y ait pas d'accord avant la Conférence euro-méditerranée de Barcelone, les 27 et 28 novembre?
    - D'abord la Belgique n'est pas isolée, il y a d'autres partenaires européens qui ont également réagi. Ensuite, ce sont les deux parties, la Commission et le Maroc qui doivent faire des concessions à l'autre, qui doivent réorienter leurs positions, établir par exemple, des dates qui conviennent à tous. L'objectif est d'arriver rapidement à un accord global satisfaisant pour les partenaires européens et le Maroc".

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