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    Abdellatif Guerraoui, ministre de l'Energie et des Mines : L'Energie attire un milliard de Dollars par an

    Par L'Economiste | Edition N°:220 Le 07/03/1996 | Partager

    Le secteur de l'énergie, qui inquiétait tout le pays avec les délestages il y a deux ans, attire aujourd'hui le plus d'investissements étrangers et montre la voie pour de nouvelles formules de libéralisation.


    L'Economiste: La Samir fait l'actualité. Mais le Ministère de la Privatisation vous ravit l'événement.
    Abdellatif Guerraoui: C'est le Ministère de l'Energie et des Mines qui a proposé de rajouter la Samir à la liste des privatisables. Après la privatisation de la distribution, la libéralisation des importations, la fixation des prix par référence à Rotterdam, il fallait entrer de plein pied dans l'international. La boucle devait être bouclée avec la Samir. Ce sera la plus grande opération de privatisation.

    - Qu'allez-vous ajouter maintenant à la liste?
    - Nous n'ajoutons rien. Mais la concession d'El Jorf est une forme nouvelle de libéralisation.

    - Quelles sont les grandes incidences de la privatisation de la Samir sur le secteur?
    - D'abord l'opération va générer des fonds. C'est très important. Puis nous allons voir toute une chaîne avec un secteur privé qui tient en main les leviers. L'Administration continuera de fixer la stratégie et la politique énergétiques du pays.

    - Qui souhaitez-vous voir dans le noyau dur de la Samir?
    - Dans la distribution, il y a les majors et des groupes marocains de grande qualité. Tous les distributeurs pourraient participer à ce noyau dur. Si des producteurs de pétrole ou des institutionnels se joignent à eux, cela peut créer un plus.

    - Quel bilan faites-vous de la privatisation des distributeurs?
    - La distribution s'est beaucoup améliorée; pensez aux anciensimpayés, entre les uns et les autres. L'ONE accusait des retards importants vis-à-vis des distributeurs qui ne remplissaient pas eux-mêmes leurs obligations. Les choses se sont nettement améliorées depuis.

    - Les distributeurs se plaignent de la faiblesse des marges, au point de geler les investissements.
    - Il n'y a pas eu d'augmentation depuis 1986. Un aménagement est intervenu au 1er janvier 1995 à travers le différentiel de transport. On ne peut régler tous les problèmes cumulés que sur plusieurs exercices. Nous continuons à étudier cette question avec les distributeurs, le Ministère des Finances, le Ministère de l'Incitation de l'Economie et le Ministère de la Privatisation. C'est un problème délicat car toute augmentation de marge est une augmentation pour le consommateur.

    - Quels sont les prochains pas de la libéralisation?
    - L'essentiel a été fait pour les produits pétroliers. Toute société qui dispose d'un minimum de 10 stations et de capacité de stockage suffisante peut être agréée. Des demandes ont été satisfaites récemment. La création de centres emplisseurs de gaz est désormais ouverte. Il reste à libéraliser les prix des produits. J'ai proposé au GPM (Groupement des Pétroliers au Maroc) d'analyser avec nous la libéralisation du fuel dans un premier stade. Nous attendons leur avis.

    La concurrence aboutit à des ristournes

    - Craignez-vous des dérapages de prix insupportables pour l'automobiliste ou le transporteur?
    - Non. Aujourd'hui, alors que les prix sont fixés, nous constatons pour les appels d'offres ONE une concurrence qui aboutit à des ristournes sur le prix du fuel. La loi sur la concurrence va nous permettre de compléter le schéma. L'Administration suivra de toute façon les prix et interviendra dans la mesure permise par la loi.

    - La cherté de l'énergie est un autre problème pour les ménages et les industriels en proie à la compétitivité.
    - Là, vous parlez de l'électricité. Il ne faut pas comparer des pays différents. Un pays producteur de pétrole, et donc de fuel, aura un prix de kilowatt/heure inférieur au nôtre.
    Mais dans le prix il y a le coût et la fiscalité. La fiscalité représente 25 à 30% du coût du kilowatt/heure. D'où un prix jugé élevé. Mais il faut distinguer entre les industries. Pour certaines, c'est un intrant faible. Pour d'autres, le poids de l'électricité est important, et c'est un handicap.
    Pendant la période de délestage, nous avons permis à des entreprises d'importer des groupes électrogènes hors douane. Ces entreprises ont alors pris conscience du coût de production de l'électricité. De son côté, l'ONE se débattait dans des difficultés. Sa réorganisation et une bonne pluviométrie nous permettent de voir plus clair. Pour ne pas augmenter le prix, des efforts sont nécessaires dans la fiscalité et le management de l'ONE. Nous travaillons dans ces deux directions.

    - Quel est votre point de vue sur les acquis de l'ONE?
    -
    Le plus important est que nous ayons compris que l'hydraulique n'est pas une production sûre. Les délestages l'ont prouvé. Ce qui est aussi important, c'est que nous allons réaliser la concession de Jorf Lasfar par laquelle seront cédées les unités I et II, à ABB-CMS qui construira les tranches III et IV. Le retard d'entretien de l'ONE a aussi été rattrapé. De plus, l'ONE a confié une étude à Bossard Consultant pour sa réorganisation, pour devenir une entreprise qui assure un service public de qualité au meilleur prix sans se rendre compte du prix qu'il coûte. Nous avons proposé de transformer l'ONE en société anonyme du type prévu par le code en cours d'examen au Parlement, pour donner à ses responsables l'occasion d'exercer leurs réels talents de gestionnaires.

    - Comment devrait évoluer la fiscalité qui grève l'énergie?
    - En tant que membre du gouvernement, je défends le Budget de l'Etat qui a besoin d'argent. Mais j'écoute les opérateurs. Nous sommes arrivés à un seuil de prix qu'il ne faut pas dépasser sans analyser les conséquences sur les différentes industries.

    - Les énergies renouvelables sont dans tous les discours mais n'ont pas émergé de manière significative.
    - Il y a quand même la concession d'une station de 50 mégawatts, par énergie éolienne à Koudia Blanco, dans la région de Tétouan, à un groupe franco-danois. C'est exceptionnel. D'autres réalisations suivront. C'est un niveau acceptable pour les normes mondiales. Par ailleurs, pour l'électrification rurale, près de 30% seront des énergies renouvelables. L'étude de faisabilité pour une station solaire de 80 mégawatts est en cours avec l'UE. Son site pourrait être Ouarzazate.

    - Avez-vous abandonné le nucléaire?
    - Pas du tout, nous en avons récemment discuté avec les Chinois autour du déssalement d'eau de mer et nous développons des accords avec l'AIEA. Il est possible que nous installions un réacteur de 5 mégawatts pour le dessalement de l'eau de mer. De son côté, le CNESTEN va bientôt installer un réacteur expérimental de 2 mégawatts. Nous augmentons donc la capacité d'expérimentation du pays dans ce domaine.

    - L'interconnexion Maroc-Espagne interviendra-t-elle à temps?
    - Elle interviendra fin 1996 ou début 97 et permettra au Maroc et à l'Espagne de mieux gérer l'appel aux heures de pointe.

    - Est-on en train de vendre, avec la production concessionnelle, nos meilleures centrales?
    - Nous ne cédons pas nos centrales. A Mohammadia et Kénitra, nous lancerons des concessions pour la construction de nouvelles centrales. A Jorf, nous avons donné un droit de jouissance à ABB-CMS pour lui permettra de gérer tout le site. L'intérêt est de gérer l'ensemble du site, avec 4 centrales. Nous ne pouvions pas en donner deux en concession et en garder deux.

    - En définitive, est-ce que l'énergie, hier en difficulté, est un secteur porteur?
    Le secteur est porteur et attire l'investisselent étranger. On dit que, pour que le Maroc décolle, il faut des investissements de 600 à 650 millions de Dollars par an. Le secteur de l'énergie à lui seul est une plate-forme qui permet de mobiliser un milliard de Dollars par an, jusqu'à l'an 2000, en investissements extérieurs.

    Propos recueillis par
    Fatima MOSSADEQ
    & Khalid BELYAZID

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