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    Abdelaziz Meziane Belfkih: «Il faut retourner aux missions fondamentales de l’école»

    Par L'Economiste | Edition N°:2763 Le 24/04/2008 | Partager

    . La priorité, l’enseignement obligatoire. Gouvernance: Les marges d’autonomie ne sont pas suffisamment utilisées- L’Economiste: A l’issue de ce travail de diagnostic de l’enseignement, nous avons cru déceler un souci de concertation? - Abdelaziz Meziane Belfkih: Il y a effectivement une réelle volonté de concertation élargie. Le rapport le souligne, en pointant du doigt le déficit de mobilisation et l’altération de la confiance dans l’école marocaine. Ce sont des questions déterminantes. Quel que soit le sujet, la mobilisation est la résultante d’un débat et d’une conviction. Il faut que les acteurs soient impliqués, faute de quoi aucune réforme, quelle qu’en soit la pertinence, n’a de chance de réussir. Ce réel souci de concertation et d’implication est aussi un produit de l’expérience passée. Je reste convaincu que le processus de 2000 a manqué d’implication, d’engagement, peut-être du fait d’un déficit d’explication. - Les gouvernements tentent depuis des années de réformer l’enseignement. Mais pourquoi y arrive-t-on si difficilement?- Réformer est toujours une entreprise difficile. En particulier lorsque vous essayez de remplacer rapidement et en profondeur un équilibre établi par un ordre nouveau. Pour l’éducation, c’est encore plus difficile et plus complexe. Car il s’agit d’une grosse machine où la responsabilité est diffuse et où les besoins sont énormes. Par ailleurs, n’oublions pas que nous venons de loin. Les premières années de l’Indépendance, peu de gens étaient alphabétisés ou diplômés. Quoiqu’on dise, il faut tout de même rendre justice à notre école. Je crois qu’elle a fait globalement honneur à sa mission. La très grande majorité des cadres aux commandes du pays aujourd’hui, sont des produits de l’école marocaine. Sur les dernières années où je me suis investi dans ce secteur, je peux témoigner des efforts sincères et soutenus accomplis par les différents responsables et ministres qui se sont succédé. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, et il faut également souligner toutes les avancées qui ont été réalisées. Maintenant il est vrai qu’après la généralisation, la massification, la diversification, il y a eu des difficultés nouvelles auxquelles le système éducatif est confronté. Je serai tenté d’affirmer que collectivement, nous ne sommes pas suffisamment rendu compte de la centralité de la question éducative. - Cette deuxième réforme semble introduire un changement de paradigme. Est-ce notre aptitude à organiser la connaissance qui est aujourd’hui concernée?- Ce n’est pas une deuxième réforme mais un second souffle de la réforme. J’entends par là qu’il n’y a pas de changement du référentiel de la réforme que représente la Charte. Une réforme, ce n’est pas seulement un texte et des orientations figés. C’est aussi un engagement et une méthode. Disons que nous avons examiné ce qui doit changer, ce qui ne marche pas et comment y arriver rapidement?- Vous ne pensez pas qu’on demande trop à l’école. Celle-ci ne peut pas tout réparer: l’injustice sociale, le flou des valeurs, la démission des parents…- Je suis tout à fait d’accord. L’école ne peut pas éduquer, assurer des emplois et expliquer tous les maux de notre société… C’est pour cela que le rapport du CSE appelle à un retour aux missions fondamentales, qui sont celles d’instruire, d’éduquer et de donner les premières bases pour former un citoyen responsable. Il faut sanctuariser l’école et la recentrer sur ses fonctions essentielles. - D’un côté, on dit que l’effort budgétaire est à son maximum et, de l’autre, l’on annonce la création de 1.000 collèges d’ici 2011. C’est tout de même contradictoire? - C’est une abondance trompeuse de ressources qui caractérise aujourd’hui le débat sur les finances de l’éducation. Le vrai indicateur reste la dépense par élève. Et sur ce plan, l’effort est encore très faible. La réussite de toute réforme dépend aussi de la capacité collective à en payer la facture.- Toujours sur la question financière, le rapport appelle à plus d’imagination. Qu’est-ce que vous entendez par là?- L’enseignement est obligatoire et il est, je le rappelle, à la charge complète de l’Etat. Mais l’Etat a ses démembrements, aussi bien fonctionnels que territoriaux. Nous pensons justement que les collectivités locales, par exemple, par leur proximité peuvent être d’un très grand appui à l’école. Bien entendu, nous excluons de leurs interventions le volet pédagogique.- Ce n’est pas un vœu pieux?- Pas du tout. Il y a déjà des discussions qui sont en cours entre le ministère de l’Intérieur et celui de l’Education nationale sur ces questions. Encore une fois, il s’agit de le faire dans des proportions raisonnables, en fonction des moyens dont disposent ces mêmes collectivités, et surtout de leur niveau de motivation et d’intérêt pour l’école. Le CSE a appelé également à explorer toutes les possibilités de partenariat au profit des établissements scolaires, dans le cadre du renouveau de la mobilisation dont on a parlé tout à l’heure.- La question de la gouvernance est revenue à plusieurs reprises dans le rapport. Quelles sont les marges de progression et à quels niveaux?- A tous les niveaux. Les outils sont là mais ne sont pas efficacement utilisés. Les textes vont assez loin mais pas la pratique, notamment en matière de déconcentration du système de décision. Je rappelle, entre autres exemples, que les Académies régionales de l’éducation formation (AREF) sont devenues des établissements publics qui ont un conseil, des attributions et des budgets. Il y a des marges d’autonomie qui ne sont pas suffisamment utilisées au niveau régional et provincial. Ceci sans parler des projets d’établissement qui tardent encore à émerger en nombre et qualité souhaités, notamment pour nos lycées. Même raisonnement pour l’université où je crois beaucoup à la responsabilisation et à la contractualisation avec l’Etat autour de projets d’avenir.- Et quelles en sont les pistes de réforme? - L’évaluation, le leadership pro-réforme et le développement des capacités des ressources humaines du secteur. Définir les responsabilités, se donner les moyens et avoir le courage de dire ce qui va et ce qui ne va pas.- Devant le patchwork de mesures proposées par le rapport, par où vous allez commencer finalement?- Ce n’est pas un patchwork, mais un ensemble cohérent et structuré de propositions. La priorité absolue est donnée à l’effectivité de l’enseignement obligatoire. Quand on dit effectivité, on entend par là qu’il faut arriver rapidement à ce que tous les enfants marocains puissent avoir une scolarisation réussie jusqu’à l’âge de 15 ans révolus. - Et quel échéancier pour cette mesure?- Il s’agit de suivre la promotion de septembre 2008 de manière à ce qu’en 2014, c’est-à-dire dans 6 ans, le taux de réussite pour l’accès au collège puisse dépasser les 90% sans redoublement. L’objectif est de permettre à tous les enfants de 6 ans de s’inscrire et ensuite de poursuivre leur scolarité de bonne manière, c’est-à-dire sans redoublement, sans abandon. Pour l’abandon scolaire, les explications sont de deux ordres: celles qui relèvent des conditions scolaires et celles qui dépendent des conditions sociales. Beaucoup d’écoles manquent d’infrastructure (pas de sanitaires, pas d’eau, pas d’électricité, pas de cantine…) et doivent être réhabilitées. Pour les contraintes inhérentes aux conditions sociales, le MEN va piloter, à partir de septembre 2008, une expérience intéressante. Elle va consister à octroyer des bourses à 90.000 élèves habitant dans les communes les plus pauvres de l’INDH. Il s’agit de petites bourses d’entretien pour mesurer l’impact qu’elles peuvent avoir sur leur scolarité. Il faudra ensuite s’attaquer au collège, le «ventre mou» du système. Entre 12 et 15 ans: c’est un âge très sensible et l’élève doit être bien encadré. Sur la tranche d’âge des 11 à 14 ans, seuls 50% se trouvent aujourd’hui au collège. Mais pour corriger ces insuffisances, il faut investir très en amont, dans le préscolaire. - Vous n’allez pas réformer le bac?- Ce n’est pas en changeant le thermomètre que vous allez faire baisser la température. Que le bac subisse de légers ajustements, ce n’est pas à exclure, mais il faut conserver sa fonction d’évaluation nationale. Ce n’est pas une urgence aujourd’hui de changer le régime de cet examen. La chose la plus grave qui puisse se produire, c’est que l’on perde confiance dans les examens. - Pour l’enseignement des sciences et des maths, pour lesquelles le Maroc est très mal noté, si l’on en croit le rapport, quels traitements peut-on préconiser? - D’abord, il faut battre en brèche certains mythes, tels que «les Marocains seraient naturellement très forts en maths». Ils ne sont pas, par nature, plus forts ni moins forts que le reste du monde. Pour répondre à votre question, je serai tenté de dire qu’en la matière, c’est plutôt au collège qu’il faut agir fortement. Il faut mettre plus de moyens tant au niveau de l’infrastructure que de la pédagogie. Un travail important est ainsi attendu au primaire pour l’enseignement du calcul et au secondaire pour l’enseignement des sciences et des maths, ainsi que pour le développement de la culture et du raisonnement scientifiques.- Comment motiver les profs?- C’est une question centrale. D’abord commencer par leur donner la parole, ce que nous avons fait, dans le Conseil supérieur de l’enseignement, à travers le rapport dédié au métier d’enseignant. Une enquête auprès des enseignants du supérieur vient d’être achevée et sera bientôt rendue publique. Je pense qu’il est fondamental d’écouter ce que disent les enseignants, à titre individuel ou par le biais de leurs représentants. Les conditions de travail ne sont pas toujours aisées, et pour certains d’entre eux, les conditions sociales ne le sont pas non plus. Mais il y a aussi les impératifs de formation initiale. Le rapport du CSE a proposé que la formation des enseignants, y compris les instituteurs, soit rattachée à l’université. Les écoles normales supérieures devraient être transférées dès l’année prochaine à l’université. Le ministre de tutelle a l’avantage de s’occuper de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, ce qui devrait faciliter cette transition. Le plus important c’est d’avoir un niveau de formation exigeant pour l’enseignement du XXIe siècle. Et pour y arriver, il est indispensable que la formation continue trouve également sa place, en tant qu’activité normale visant l’adaptation aux changements et l’amélioration des performances.- Les départs à la retraite, comment comptez-vous les remplacer?- Vous savez, nous ne sommes pas un organe opérationnel. Nous n’allons pas aussi loin dans la démarche. Néanmoins, je pense que le ministère de tutelle va mettre en place un plan de recrutement pour combler ces déficits et répondre aux nouveaux besoins. - Le rapport reprend, avec une jolie formule d’ailleurs, le thème de la «schizophrénie des langues», mais nous n’avons pas vu de prise de position sur l’arabisation?- L’école a été souvent un terrain d’expression de positionnements idéologiques, surtout quand il s’agit de la question linguistique. Je ne pense pas qu’une langue soit meilleure qu’une autre, dans l’absolu. C’est en tout cas ma conviction. La priorité pour notre pays, c’est d’avoir un enseignement obligatoire en arabe, la langue officielle. En revanche, nous disons que la qualité de l’enseignement de l’arabe ou en langue arabe n’est pas satisfaisante dans sa formule actuelle. Nos établissements scolaires offrent 3.400 heures d’arabe de la première année du primaire jusqu’à la dernière année du collège et plus de 5.000 heures entre le primaire, le collège et le lycée. Les résultats ne suivent pas pour autant. C’est anormal. Nous n’avons pas voulu aborder la question des langues sous le prisme de la politique linguistique, mais sous l’angle de la maîtrise des compétences linguistiques. Le CSE compte aborder cette question rapidement. Il fera, en 2009, des propositions à ce sujet. Il s’agira de définir, autant que possible, une vision cohérente de la place des langues dans notre système éducatif, qu’il s’agisse de l’arabe, de l’amazigh ou des langues étrangères. - Le privé dans cette réforme?- Nous croyons à l’idée d’avoir deux systèmes privés.- Deux systèmes privés, que voulez-vous dire?- Je rappelle que l’enseignement est un service public. Concernant plus particulièrement l’enseignement obligatoire, il est du devoir de l’Etat de garantir à chaque enfant marocain une place à l’école. Les prestataires de ce service peuvent cependant être publics ou privés. Si l’encouragement du secteur de l’enseignement privé gagne toujours à être réaffirmé, le rapport du CSE souligne qu’il est important de différencier le traitement entre, d’une part, un enseignement privé opérant selon une logique pure de marché et obéissant aux règles de droit commun et, d’autre part, un enseignement privé conventionné, délégataire d’une mission de service public et pouvant bénéficier d’un soutien plus important de l’Etat. Mais il ne s’agit pas d’aller jusqu’au système de chèques-éducation comme cela se fait dans d’autres pays. - Les syndicats, on connaît leur poids dans l’enseignement. Comment verrouiller les imprévus?- Je crois beaucoup à la concertation. Il est normal que les syndicats défendent les conditions de travail du corps enseignant. D’ailleurs leurs propositions sont consignées dans le rapport que le CSE a consacré au métier d’enseignant. Les syndicats ont un rôle d’encadrement important et je pense qu’ils sont prêts à le jouer de manière responsable. Il faut réhabiliter la mission d’enseignement, qui n’est pas un métier ordinaire.


    Des profs formidables

    Des enseignants dévoués, ça existe. Si le rapport du CSE analyse en détail les insuffisances du corps enseignant, il ne manque pas de rendre hommage à quelques «héros sans gloire» entièrement dévoués à leur métier même s’ils travaillent dans des conditions difficiles. C’est le cas d’une jeune enseignante dans une zone rurale aux environs de Settat, qui met plus de 6 heures, en partant de Casablanca, pour accéder à son lieu de travail. L’école compte 214 élèves pour 6 enseignants et 4 salles, sans cour aménagée ni sanitaires. La taille de la classe dont elle a la charge est de 46 élèves. Et si on lui faisait une proposition de mutation? “Non, jamais”, répond-elle. Elle ne voudrait pas être à l’origine d’une injustice envers un autre. Pour améliorer l’environnement de l’école, cette enseignante cotise avec ses collègues, a fait creuser un puits par un volontaire, et l’a fait équiper par une association, elle cherche d’autres appuis pour la formation des enseignants, pour l’aménagement de la cour de l’école, ainsi que pour la construction de la route. Son école, elle en fait son affaire personnelle.


    Réhabiliter l’enseignement de base

    Porter l’effort sur l’enseignement obligatoire et se recentrer sur les fondamentaux. Le Conseil supérieur de l’enseignement considère que «la bataille de l’école devra être menée en premier lieu sur le terrain de l’enseignement obligatoire, avec une priorité donnée aux premiers paliers du système éducatif national». C’est le chemin privilégié pour induire une véritable transformation de l’école. L’un des challenges consiste à améliorer les taux de rétention des élèves dans l’école primaire tout en améliorant notablement la qualité des apprentissages». D’une manière générale, nous devrions nous inquiéter si nous constatons qu’un enfant entre 6 et 15 ans ne se trouve pas à l’école», indique Belfkih. La réforme se fixe deux objectifs, à court et moyen terme:• Atteindre en 2011, dans chaque commune, un taux de scolarisation minimal de 95% pour les enfants de 6-11 ans;• Atteindre en 2014 un taux de réussite de 90%, sans redoublement, pour l’accès au collège, des enfants inscrits en septembre 2008.Les actions prioritaires dans cette perspective sont principalement de deux ordres: améliorer l’offre de scolarisation et se recentrer sur l’essentiel des apprentissages. L’amélioration de l’offre de scolarisation passera par un grand programme de réhabilitation des écoles, d’amélioration des services aux enfants (cantine, transport, sécurité, soutien scolaire, aide directe aux plus nécessiteux et aux enfants à besoins spécifiques) et d’extension du réseau d’écoles primaires par la construction de nouvelles unités. Le recentrage de l’école primaire sur les savoirs et compétences de base, chers à notre chroniqueur Alain Bentolila (lecture, écriture, calcul, comportement civique), passera, quant à lui, par une réorientation des programmes et des emplois du temps vers ces domaines.Propos recueillis par Mohamed BENABID

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