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    Abdelahad Idrissi, président de l'Association Nationale des Ingénieurs des Télécommunications : L'ingénieur doit s'impliquer dans l'orientation du secteur

    Par L'Economiste | Edition N°:204 Le 16/11/1995 | Partager

    Le président de l'ANIT exprime un point de vue de l'utilisateur averti sur le niveau technologique des télécoms et la couverture du pays. La libéralisation est rendue nécessaire par l'évolution rapide, tout autant que des alliances avec de grands opérateurs internationaux.


    L'Economiste: Etes-vous, en tant qu'opérateur et ingénieur, satisfait de l'infrastructure du point de vue quantitatif, de la couverture du territoire et de la population?
    A. Idrissi: Je réponds tout d'abord pour l'ingénieur. Par essence, un ingénieur n'est jamais totalement satisfait à partir du moment où des améliorations restent possibles. Le côté perfectionniste incline à rechercher toujours mieux et toujours plus.
    Mais en tant qu'opérateur ou plus exactement en tant qu'utilisateur, la réponse doit être plus nuancée. Certes, l'idéal serait qu'on puisse utiliser son GSM n'importe où, même dans une zone désertique. Ce qui suppose une couverture totale du territoire. Un taux de couverture de 100% est une simple vue de l'esprit.
    Vous pouvez rencontrer des utilisateurs qui se déclarent pleinement satisfaits dans la mesure où leur "rayon d'action" et leurs correspondants sont bien couverts. Alors que d'autres vont crier au scandale dès lors qu'ils opèrent dans une zone mal desservie.
    Ceci dit, il est évident qu'une plus grande densification et une plus large couverture ne peuvent qu'augmenter le taux de satisfaction. Ce que tous les opérateurs appellent de leurs vux.

    - Qu'est-ce qui vous manque, du point de vue nouveauté technologique, pour épanouir votre métier, votre technologie?
    - La palette technologique ne cesse de s'élargir. Et on est saisi de vertige devant les prodigieux développements que connaît le secteur des télécoms. La tentation est forte pour un ingénieur de se laisser entraîner dans cette course poursuite vers la performance et vers l'inédit.
    Le réalisme commande un minimum de retenue devant cette formidable aventure. Je n'y vois personnellement aucun intérêt, et ce, d'autant plus que les ressources requises ne sont pas à notre portée.
    Je vois par contre d'autres espaces d'épanouissement pour l'ingénieur dans notre métier. Celui des nouveaux services, me semble-t-il, est quasi-inépuisable. Prenons le cas du RNIS (Réseau numérique à intégration de services). Il est utilisé peut-être à 10% de ses possibilités. Il reste beaucoup de côtés inexploités, donc autant d'opportunités d'applications et de services à développer. Quand on sait que 95% du réseau national est numérisé, on mesure l'importance du gisement qui s'offre à nos jeunes ingénieurs pour s'épanouir.

    - A quoi sert un tel congrès, et quel est votre intérêt à vous y impliquer?
    - Comme tous les congrès, c'est une occasion offerte à des spécialistes pour faire l'inventaire de "l'Etat de l'Art" dans leurs pays respectifs.
    Le développement rapide des télécoms qui rend obsolètes les technologies successives impose aux spécialistes de notre secteur des rencontres plus fréquentes.
    Cet aspect à lui seul justifie notre implication dans ce type de manifestation. Cependant, nous avons tenu à accompagner ce "conclave de spécialistes" par une exposition ouverte sur un public plus large. D'où l'idée d'organiser simultanément une exposition ouverte à des non spécialistes. Cette ouverture est d'autant plus importante que les télécommunications sont aujourd'hui l'affaire de tous!
    Last but not least, une association telle que la nôtre est une composante du monde associatif qui lui-même est une partie intégrante de la société civile. Laquelle société civile se doit d'apporter les éclairages nécessaires aux choix, grands ou petits, qui se posent au pays. C'est particulièrement le cas des télécommunications qui se trouvent à la veille de profonds bouleversements.
    En toute modestie, j'estime que notre association peut apporter une contribution appréciable pour aider à dégager les orientations nécessaires à la libéralisation du secteur.

    - Comment expliquez-vous l'engouement des ingénieurs des années 80 pour les télécoms? Le marché de l'emploi est-il encore demandeur?
    - Effectivement, il y a un très fort engouement des jeunes pour les télécommunications. Il y a pour cela des explications historiques. L'Ecole Polytechnique qui existe depuis deux siècles est incontestablement le meilleur baromètre de cet engouement.
    tout au long du XIXème siècle, le choix des polytechniciens se portait sur l'Ecole des Mines parce que l'économie à ce moment-là était tirée par l'exploitation des mines de charbon, de fer, de potasse
    L'avènement au début de ce siècle de la voiture, avec ce que cela impliquait en besoins de routes et d'ouvrages d'art, explique la prééminence des ponts et chaussées sur les autres écoles d'application de polytechnique.
    Il est donc tout à fait normal, aujourd'hui que nous entrions de plein fouet dans la société de l'information, que les télécoms, qui en sont le véhicule, deviennent le pôle d'attraction pour les jeunes.
    Jusqu'en 1981, il n'y avait pas de télécoms parmi les polytechniciens marocains. Depuis cette date, les Marocains qui font polytechnique choisissent majoritairement le corps des télécommunications.
    L'importance grandissante des télécoms est telle que même les écoles qui ont pour vocation de former d'autres spécialistes assurent, en plus, des enseignements sur les télécommunications.
    Cette tendance n'est que le reflet du besoin du marché en spécialistes des télécommunications. Laquelle tendance ira en se renforçant car elle se nourrit des transformations en profondeur de l'économie (dématérialisation de la valeur ajoutée, externalisation, mondialisation, etc)

    - Quel type de problème vous pose le monopole de l'ONPT?
    - La démonopolisation des télécoms s'est imposée partout, y compris dans le pays où ce monopole s'exerçait dans les conditions les plus satisfaisantes pour l'usager (qualité, tarifs, etc). Je ne crois pas que le monopole soit incompatible avec une bonne qualité de service.
    Je crois par contre que le monopole peut être un obstacle à la libéralisation que nous dicte, d'une part, l'évolution technologique, d'autre part, la mondialisation de l'économie, avec son corollaire: le besoin impérieux en alliances stratégiques.
    Récemment, "Téléfonica" a racheté en Amérique du Sud un opérateur de télécoms pour un prix double du prix offert par une "Baby Bell" concurrente. Une différence du simple au double ne peut s'expliquer par les approches stratégiques habituelles. "Téléfonica" n'a pas payé la valeur supposée ou réelle de l'opérateur en question, elle a tout simplement déboursé le prix qu'elle estime normal pour la mondialisation de son réseau.
    Ceci m'amène à dire quelque chose de terrible: aujourd'hui, l'ONPT vaut sûrement pas mal d'argent; mais il peut ne rien valoir demain s'il n'arrive pas rapidement à nouer des alliances stratégiques fortes, autrement dit à s'insérer dans un réseau mondial.

    - Les prix freinent-ils le développement des applications?
    - Les applications reposant sur un usage intensif des télécoms peuvent être freinées par des tarifs élevés. Mais comment peut-on demander à un opérateur qui doit amortir des investissements très lourds sur un petit nombre d'abonnés de pratiquer des prix assez bas? Il ne faut pas se faire d'illusions: à moins de trois millions d'abonnés (une densité de 10%), on ne peut offrir de tarifs attractifs. Il y a une masse critique pour tout!
    C'est peut-être là une raison supplémentaire pour nouer des alliances qui pourraient avoir des incidences heureuses sur le coût des télécoms pour nos entreprises. Cet aspect mis à part, le problème de la taille du réseau relève de la quadrature du cercle: faut-il baisser les prix pour avoir un grand réseau, ou bien avoir un grand réseau pour voir baisser les prix? C'est à mon avis l'affaire du politique?

    - Quelle évolution institutionnelle (privatisation, concurrence) souhaitent les installateurs?
    - La diversité des services fait qu'on a affaire à plusieurs types d'installateurs. Ceux qui sont dans les secteurs les plus innovants s'accommoderont beaucoup plus facilement des changements institutionnels dans la mesure où les conditions auraient été préalablement bien définies.
    La principale condition pour une concurrence saine, c'est d'éviter ce qu'on appelle "l'abus de position dominante". Autrement dit, les installateurs voudraient bien voir s'instaurer une saine concurrence, mais à condition que les règles du jeu soient précises et bien respectées.

    Propos recueillis par
    Khalid BELYAZID

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