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Tribune

Sécuriser l’Europe de l’après-Brexit

Par Ana PALACIO | Edition N°:4813 Le 14/07/2016 | Partager

Avocate de formation, Ana PALACIO devient en 2002 la première femme ministre des affaires étrangères en Espagne. De mai 2004 à avril 2006, elle préside au sein du Parlement espagnol la Commission mixte du Congrès et du Sénat pour les Affaires européennes. Elle sera ensuite conseillère générale de la Banque mondiale. Membre du Conseil d’Etat espagnol et conférencière intervenante à la Georgetown University, Ana Palacio a été l’une des intervenantes du Forum de Paris Casablanca Round, organisé par le Groupe Eco-Médias et Saga Communication, le 1er février 2012. Elle est également membre du Conseil de l’agenda international sur les États-Unis au sein du Forum économique mondial (Ph. AFP)  

Tout vient à point à qui sait attendre, nous enseigne l’adage. Si tel est le cas, alors la nouvelle stratégie globale de l’UE en matière de politique étrangère et de sécurité commune, attendue depuis plus d’une décennie, devrait être parfaitement au point. De fait, cette stratégie constitue exactement ce dont l’Europe a besoin. Seulement voilà, le timing de son émergence – au lendemain même d’un vote du Royaume-Uni favorable à la sortie de l’UE – pourrait bien la reléguer à l’insignifiance. La manière dont l’UE mettra en œuvre cette stratégie constituera le baromètre de l’avenir du projet européen. Développée par Federica Mogherini, haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, la nouvelle stratégie remplit précisément sa nécessaire fonction: elle fixe une vision directrice cohérente, ainsi qu’un cadre flexible quant à l’adoption de mesures concrètes. Elle établit un juste équilibre entre réalisme et ambition, en reconnaissant les capacités limitées de l’UE ainsi qu’en mettant le doigt sur les améliorations nécessaires. Le point d’ancrage de cette stratégie se trouve clairement énoncé dès les premières lignes: «Nous avons besoin d’une Europe plus forte». Cette formule illustre une réorientation majeure par rapport à l’obsolescence du texte précédent, présenté en 2003, qui débutait en des termes par la suite critiqués: «L’Europe n’a jamais été aussi prospère, aussi sûre, ni aussi libre».

La stratégie souligne plus précisé- ment l’importance d’une pérennité de la puissance douce de l’UE, dans le cadre de laquelle la possibilité d’un futur élargissement joue un rôle majeur, tout en admettant que ce soft power ne peut à lui seul suffire à garantir la sécurité. Elle détermine par ailleurs implicitement la bonne chronologie quant au développement de l’approche européenne vis- à-vis du reste du monde, en formulant une vision beaucoup plus précise dans la résolution des défis régionaux que dans celle des problématiques mondiales. Le message est clair: il incombe à l’UE de remettre de l’ordre chez elle avant d’aspirer à un plus large rôle. Bien que tout ceci soit très positif, rien ne pourra évoluer si les dirigeants de l’UE ne se montrent pas «unis», comme l’a fait valoir Mogherini, afin de veiller à ce que la stratégie exprime son plein potentiel. Or, à ce jour, les perspectives ne semblent pas particulièrement encourageantes. Le fameux «Brexit», qui plonge dans l’agitation les marchés internationaux et soulève de sérieuses questions quant au futur de l’Union, est venu éclipser la présentation de cette stratégie de sécurité, qui a été à peine évoquée dans les conclusions du dernier sommet du Conseil européen. Pire encore, plutôt que de susciter une profonde réflexion pourtant fortement nécessaire parmi les dirigeants de l’UE, le référendum britannique semble en conduire beaucoup à laisser désormais les intérêts politiques nationaux, sans parler des ambitions personnelles, guider leur manière de penser. Cette tendance à l’autocentrisme s’est faite visible dans les propos

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explosifs du président du Parlement européen Martin Schulz, qui a appelé le Royaume-Uni à invoquer immédiatement l’Article 50 (procédure de retrait) – avec la volonté évidente d’adresser un coup de semonce à sa rivale politique, la chancelière allemande Angela Merkel, qui avait pour sa part préconisé patience et délibérations. Cette tendance se retrouve également dans la posture figée du président français François Hollande, qui semble animé par l’anticipation d’une bataille contre l’extrême droite du Front national de Marine Le Pen lors des élections pré- sidentielles de l’an prochain. Enfin, elle apparaît très clairement dans l’opposition entre le Conseil européen et la Commission européenne autour du contrôle des négociations prochaines sur le Brexit, dans le cadre desquelles le Conseil se préoccupe principalement du maintien de l’autonomie des Etats membres. C’est là précisément le genre d’étroitesse d’esprit qui met à mal depuis si longtemps l’image de l’UE à travers le monde et, en renforçant l’impression d’une inefficacité et d’une incompétence, au sein même des Etats membres. Si rien n’évolue, et comme l’annoncent les pré- dicateurs pessimistes, le Brexit pourrait bien amorcer l’effondrement de l’UE. Si en revanche les leaders de l’UE s’élèvent à la hauteur du défi que repré- sente le Brexit, et s’ils s’unissent autour de la vision énoncée dans la nouvelle stratégie globale pour en faire une réalité, l’UE pourrait sortir plus forte que jamais de cette pé- riode tumultueuse. Les dirigeants de l’UE ont d’ores et déjà laissé filer une opportunité majeure. Ils auraient pu exploiter la question de la détermination des aspirations de l’Europe, et de l’élaboration d’une stratégie de sécurité destinée à en être le reflet, pour susciter de plus larges discussions autour de ce que doit être l’UE, y compris lors du tout dernier sommet du Conseil européen. Il leur appartient désormais de ne pas manquer l’opportunité que représente la stratégie produite récemment. De telles opportunités ne se pré- sentent pas tous les jours. À la question de savoir si la stratégie de l’UE symbolise le commencement d’un nouveau chapitre pour l’Europe, ou la simple lettre morte d’un projet d’ores et déjà enterré, la réponse dépendra de la capacité des dirigeants européens à surmonter leur esprit de clocher et à s’impliquer dans une véritable coopération. Les premiers retours ne sont malheureusement pas prometteurs.

Faire face aux défis existentiels

EN ces temps incertains, il incombe à l’Europe de décider de la manière dont elle entend faire face aux défis existentiels qui se présentent à elle. La démarche la plus judicieuse consisterait à atténuer les fragilités de l’UE en maximisant ses forces collectives. L’alternative consistant pour chaque Etat à suivre son propre chemin, comme l’ont choisi les Britanniques, ne serait que pure imprudence. Mais l’approche la plus périlleuse – choix le plus créateur de divisions et d’insé- curité – consisterait à continuer de prétendre être unis, tout en agissant de manière indépendante.

 Traduit de l’anglais par Martin Morel

Copyright: Project Syndicate, 2016.

www.project-syndicate.org

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