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Chronique

Marine Le Pen, icône populiste française

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4812 Le 13/07/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

IL est un parti politique en France dont l'excitation et l'agitation font traditionnellement parties constitutives de son ADN et de sa stratégie de conquête. Et pourtant, il observe aujourd'hui un calme inédit. C'est le Front national de Marine Le Pen, le parti de l'extrême droite française. Là où les autres, les socialistes notamment, s'échinent dans leurs combats internes à préserver les valeurs fondatrices de la gauche, là où la droite des républicains s'évertue à retrouver un leadership capable de lui garantir un retour aux affaires, le FN semble flotter dans une incroyable retenue.
Il est vrai que Marine Le Pen avait, depuis quelques mois déjà, pris la décision de limiter ses apparitions dans les médias, une sorte d'abstinence censée donner l'impression d'une introspection salvatrice et de créer en même temps un désir de la parole lepeniste. Le Front national s'est contenté d'envoyer sur le front des médias parisiens un de ses porte-parole les moins clivants, Florian philippot, pour servir des éléments de langage à peine plus corsés que ceux que pourrait tenir n'importe quel républicain de Nicolas Sarkozy, de l'acabit d'un Eric Ciotti, d'une Nadine Morano ou d'un Christian Estrosi, dans leurs moments d'énervement ou d'excès.
La stratégie d'attente de Marine Le Pen promet d'être payante. Déjà les vagues migratoires qui se sont abattues sur l'Europe et les attentats terroristes qui ont frappé Paris et Bruxelles ont donné chair à de nombreuses postures xénophobes qui ont fait la fortune politique

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du Front. Aujourd'hui l'incroyable sortie par voie référendaire de la Grande-Bretagne de l'Union européenne semble être un vrai cadeau du ciel. Elle valide de manière fracassante toutes les idées europhobes que le Front national a pu instrumentaliser pour bombarder les structures du pouvoir de l'Union nichées à Bruxelles ou à Strasbourg.  Le Brexit a été considéré par Marine Le Pen comme «l’événement historique le plus important que notre continent ait connu depuis la chute du mur de Berlin».
Marine Le Pen semble profiter en silence de la vague des populistes qui monte inexorablement en Europe et qui a vu la spectaculaire victoire du mouvement 5 étoiles en Italie. Elle s'est bruyamment félicitée de l'invalidation des présidentielles en Autriche espérant que l'extrême droite dans ce pays pourra transformer l'essai lors du prochain scrutin. L'état-major du Front national observe avec beaucoup d'attention la montée en puissance d'un homme devenu icône du populisme à l'échelle globale, Donald Trump, le candidat des républicains à la course à la Maison-Blanche. La presse mondiale a depuis longtemps établi un cousinage politique et idéologique entre Marine Le Pen et l'héritage raciste et islamophobe de son parti et les coups de menton des multiples menaces d'exclusion sur lesquels un homme comme Donald Trump a bâti la séduction de son discours.
Dans sa stratégie de l'attente, Marine Le Pen semble être portée par deux facteurs essentiels. Le premier est qu'elle commence déjà à cueillir les fruits de sa volonté de sortir le Front national du cercle diabolique et satanique dans lequel Jean-Marie Le Pen l'avait longtemps enfermé. La guerre médiatique et politique déclarée avec le fondateur du Front national avait finalement tourné à son avantage, donnant l'impression d'avoir gagné la bataille de la «normalisation».  Jean-Marie Le Pen, usé presque grabataire, semble hurler son désespoir  dans le désert. Signe des temps et d'une nouvelle démarche, Marine Le Pen avait joint sa voix à l'ensemble de la classe politique via Twitter pour rendre un hommage appuyé à Michel Rocard, père de la deuxième gauche, mort à l'âge de 85 ans, laissant deux icônes prometteuses de la politique française, Manuel Valls et Emmanuel Macron se disputer son héritage et sa filiation.
Le second facteur est la séquence difficile que semble vivre concomitamment le duo «UMPS» que Marine Le Pen avait l'habitude de fustiger. La gauche au gouvernement est prise à la gorge par une gauche frondeuse qui l'empêche d'appliquer ses réformes et semble prête pour créer les conditions objectives qui priveront François Hollande d'un second mandat. Quant à la droite, elle paraît paralysée par une violente guerre de chefs et d'égos. Le retour en force de Nicolas Sarkozy finira par être gagnant, mais suffira-t-il pour arracher l'adhésion de la droite et du centre pour lui garantir un retour à l'Elysée.
Devant l'ensemble de cette situation, Marine Le Pen semble attendre que le fruit mûr du pouvoir lui tombe dans l'escarcelle. Les sondages la donnaient déjà finaliste de la présidentielle, le contexte populiste européen et mondial pourrait lui apporter la performance rêvée. 

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Poussées de fièvre localisées

DANS toutes les analyses sur les chances de l’extrême droite d’accéder au pouvoir en France, il y a une tendance lourde à pointer du doigt ceux qui s’amusent à se faire peur. Amateurs de sensations fortes et de scénarios catastrophe. Jamais, disent-ils avec l’assurance des dogmatiques, Marine Le Pen ne pourra être élue à la présidence de la République. D’abord parce que l’extrême droite n’est pas encore majoritaire en France. Ses récentes performances électorales ne seraient que des poussées de fièvre localisées. Ensuite, il y a toujours ce parachute de secours que l’on dépose lorsque la République est en danger et qui s’appelle «Le Front républicain» qui avait fait son œuvre un 21 avril en favorisant la réélection de Jacques Chirac. Et ce, lorsque Jean-Marie Le Pen s’est dangereusement approché de l’Elysée après l’élimination surprise du socialiste Lionel Jospin.

 

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