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    Tribune

    Le cheval de carriole, cet «athlète méconnu»

    Par Yassine JAMALI | Edition N°:4807 Le 01/07/2016 | Partager

    Yassine Jamali est agriculteur et docteur vétérinaire (Ph. YJ)

    Avec à peu près 120.000 chevaux, le Maroc possède le plus grand cheptel équin de toute la zone MENA. Mis à part quelques milliers de chevaux de sport (course et obstacle essentiellement), la population équine marocaine se compose d’une forte minorité de chevaux de Tbourida, et d’une majorité de chevaux utilitaires. Ces derniers sont omniprésents, dans les villes où ils tirent les calèches, effectuent du transport de marchandises, à la campagne où ils jouent le rôle de «taxi de proximité» le jour du souk hebdomadaire, et transportent des marchandises le reste de la semaine. Enfin, de nombreux chevaux utilitaires ruraux remplacent la voiture familiale et ne font pas l’objet d’une exploitation commerciale.
    Le cheval de Tbourida moderne, descendant très éloigné des chevaux de guerre d’antan, est exclusivement un cheval d’apparat. Traditionnellement, le cheval de selle était utilisé en Afrique du Nord pour se déplacer, chasser, razzier et, à l’occasion, pour la Tbourida. Seule a perduré cette activité festive, qui a donc joué un rôle de préservation essentiel. Mais il faut réaliser ce que représente l’évolution de la place de la Tbourida : d’activité accessoire, occasionnelle, elle est devenue l’activité unique du cheval de selle traditionnel. Il y a donc eu spécialisation de ce dernier: d’une  part, les activités athlétiques ont disparu, d’autre part l’activité d’apparat s’est renforcée. On imagine bien que la modification de la fonction devait logiquement aboutir à une modification du cheval (la fonction crée l’organe). Un cheval de guerre, de chasse et de voyage se doit d’être résistant, de taille moyenne voire petite, taillé pour la vitesse et l’endurance. Il ne peut être ni très grand ni très corpulent. On n’imagine pas un marathonien taillé comme un champion de body building ni même comme un sprinter....  Avec la disparition progressive des activités sportives, et l’augmentation de la disponibilité alimentaire, les amateurs de Tbourida ont pu rechercher et produire le cheval de leurs rêves, immense et puissant jusqu’à l’obésité, étonnant cocktail de chevaux de trait européens, de pur sang arabe, de barbe, d’Andalou ....

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    Avec à peu près 120.000 chevaux, le Maroc possède le plus grand cheptel équin de toute la zone MENA. La population équine marocaine se compose d’une forte minorité de chevaux de Tbourida, et d’une majorité de chevaux utilitaires. A gauche, un cheval de carriole, à droite un cheval de Fantasia (Ph Y.J)

    Quant au cheval de carriole, il a été relativement peu modifié. Le travail pénible qu’il accomplit quotidiennement, avec une ration parfois insuffisante, l’a maintenu à peu près inchangé. Les photos d’archives de chevaux et cavaliers maghrébins de la fin du XIXe nous montrent d’ailleurs des spécimens qui ressemblent à s’y méprendre à nos actuels chevaux de carriole. Par contre on ne trouvera aucune preuve photographique de l’existence de chevaux de type Tbourida à la même époque. Par sa morphologie et par ses aptitudes, le cheval de carriole s’affirme comme le descendant le plus direct des barbes et arabes-barbes des siècles passés.
    Ces deux populations aujourd’hui bien distinctes, chevaux d’apparat et chevaux utilitaires, représentent deux patrimoines, et deux richesses zootechniques et économiques différentes. Chacune à sa manière, elles font du Maroc un pays doublement leader en matière équine. Enfin, chacune requière une stratégie de développement particulière.
    En effet, le cheval de carriole athlétique et endurant appartient au patrimoine historique, puisqu’il est le descendant presque inchangé, brut, des chevaux barbes et arabes barbes qui ont fait la renommée de l’Afrique du Nord depuis l’antiquité. Il donne au Maroc une position de leader, car, du fait d’une mécanisation plus lente que chez nos voisins algériens et tunisiens, nous disposons d’un effectif beaucoup plus élevé de chevaux utilitaires, et d’un potentiel plus grand pour les activités sportives adéquates. Les disciplines équestres où nos chevaux utilitaires peuvent  briller sont la randonnée, l’endurance, l’attelage sportif, et surtout le TREC, sorte de «parcours du combattant» extrême  pour chevaux. TREC est l’acronyme de Technique de Randonnée Équestre de Compétition. Il fait référence à l’arabe «Tariq». Le TREC vise à obtenir des chevaux tous terrains, absolument passe-partout. Totalement inconnus au Maroc, quelques barbes ont atteint le plus haut niveau de la compétition: Obeyd d’Ifticen est champion du monde par équipe et vice-champion du monde en individuel, sous le drapeau français....
    Enfin, le polo est un débouché à étudier: la vitesse, l’endurance, l’agilité, l’intelligence du barbe, font de lui un possible candidat pour ce sport prestigieux.
    Paradoxalement, ces sports où le barbe peut espérer s’illustrer ne sont pas pratiqués au Maroc, par contre, les disciplines en vogue, obstacle, dressage, courses, font appel à des races étrangères, que nous importons...
    La promotion de ces sports équestres pourrait se faire via des démonstrations au Salon du Cheval, ou lors de la Semaine du Cheval. Il y a urgence pour nos barbes et arabes-barbes utilitaires: les carrioles et charrettes sont entrain d’être remplacées par des triporteurs made in China, ce qui entraînera la disparition de milliers de chevaux rendus inutiles... Quant au cheval de Tbourida, il appartient au patrimoine moderne marocain, car il est plébiscité par les cavaliers  et leur public. C’est un fait indéniable. Ce cheval baroque, majestueux, d’une esthétique extrême, est le cheval idéal pour la Tbourida. Par contre il n’a aucune aptitude sportive et ce serait une perte de temps de le tester dans quelque discipline que ce soit. Comme cheval d’apparat, sa renommée commence à dépasser les frontières. Tel qu’il est, il peut être exporté, vers le reste du Maghreb pour la Tbourida, ou en Europe pour concurrencer le Frison, le Pure Race Espagnole, le Gypsy Cob et autres races d’apparat.

    Chevaux utilitaires: La face cachée du cheval au Maroc

    Hormis quelques thèses étudiant les traumatismes du pied et autres pathologies, aucune recherche universitaire ou presque ne s’est intéressée à l’intérêt économique ou zootechnique de cette population. Impossible d’évaluer le nombre de tonnes kilométriques déplacées par les chevaux au Maroc, ou le nombre de passagers transportés chaque année, ou la surface labourée par des chevaux, ou des mulets. Impossible de tester leur potentiel sportif. Les commissions d’Inscription à titre initial, qui inscrivent au stud-book barbe ou arabe-barbe des centaines de chevaux de Tbourida chaque année font l’impasse sur le cheval de carriole, qui reste donc dans son anonymat. L’inscription de ces chevaux utilitaires au stud-book barbe et arabe barbe leur permettrait d’être valorisés en tant que barbes ou arabe barbes de sport, ou d’être exportés en Europe. Ainsi pourrait on entamer un élevage structuré, une sélection rationnelle de chevaux d’endurance (discipline qui débute au Maroc) et, via cette sélection, ramener le barbe vers son plus haut niveau, quand il était, d’après le Duc de Newcastle «le meilleur cheval du monde pour produire des chevaux de course», et l’améliorateur de presque toutes les races d’Europe.

     

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