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    Comment des villageois passent de la précarité à l’agro-écologie

    Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:4802 Le 24/06/2016 | Partager
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    La beauté du village, entouré d’une forêt et de ruisseaux, a donné l’idée d’établir un circuit touristique pour les randonnées et le trekking. Aujourd’hui, le village reçoit jusqu’à 250 personnes par week-end (Source: Association Ibn Albaytar)

    L’expérience du village Brachoua au Maroc est une leçon dans le domaine du développement durable en auto-financement. Voulant sortir de la précarité et améliorer leurs conditions de vie, les habitants ont réussi, en seulement deux années, à devenir autosuffisants, à sortir de l’anonymat et faire de leur village une destination touristique rentable et surtout à avoir une vision durable pour l’avenir de leur village.

    50 km de Rabat, le village de Brachoua a vécu pendant longtemps sans eau courante, ni électricité. La situation de précarité des 60 familles y vivant, rendue encore plus difficile par le peu de ressources économiques, a poussé les villageois à se regrouper au sein de l’Association Agriculteur Moderne et à chercher des solutions qui marchent. Epaulés par l’Association Ibn Albaytar (AIA), ils se lancent dans l'aventure fin 2013. «Lors de notre premier contact avec les membres de l'Association Agriculteur Moderne, nous leur avons fait visiter une ferme biologique aux environs de Rabat. L’idée les a inspirés et ils nous ont proposé de faire la même chose chez eux», raconte Mohamed Chefchaouni, de l’Association Ibn Albaytar.
    Les villageois, comme de véritables managers, visitent la ferme biologique, tentent de cerner et de comprendre les techniques et décident de développer la permaculture pour assurer leur auto-suffisance alimentaire. Cette activité allait par la même occasion apporter au village une ressource économique supplémentaire face à une demande grandissante des produits bio générant des revenus importants. Avec l’aide de quelques membres des «incroyables comestibles» (1), le travail commence par l’initiation au jardin potager au profit des habitants du village et des élèves d’une école de la région. Cette opération a permis d’introduire les premières notions du développement durable au sein de la communauté des Brachoua. De 2013 à 2015, le nombre des jardins est passé de 1 à 40.

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    Lors de la première phase d’initiation à la permaculture, chaque famille a cultivé son propre jardin potager en sollicitant tous les membres du foyer et en introduisant les premières notions du développement durable au sein de la communauté des Brachoua (Source: Association Ibn Albaytar)

    La deuxième étape de développement économique du village a concerné la valorisation des produits du terroir. Le poulet et les œufs, le pain traditionnel et assimilés, le couscous et la gastronomie locale ont été très appréciés lors de la première réception au cours de laquelle ont été conviés des membres de l'AIA. De là est née l’idée, dans un premier temps, de vendre directement ces produits aux clients de la ville au lieu du souk, en proposant des paniers de produits du terroir une fois par semaine. Ainsi, le poulet qui se vendait au souk à 60 dirhams (environ 5,5 euros) et l’œuf à 1,20 dirhams (environ 0,12 centime d'euro, ont été écoulés à 80 dirhams (environ 7,5 euros et 1,5 dirhams (0,15 centime d'euro) grâce à la vente directe au client final. Par la suite, les femmes du village ont été accompagnées par l'AIA pour s'organiser en coopérative pour la fabrication du couscous. Ce qui leur a d'ailleurs permis de participer à des événements dans la capitale afin d’exposer les produits du terroir de Brachoua et faire connaître le village.
    Avec la succession des rencontres et les visites de plusieurs membres de l’association accompagnés de leurs familles, une nouvelle activité économique s’est développée. En effet, la beauté de ce village, entouré d’une forêt et de ruisseaux, a donné l’idée d’établir un circuit touristique pour les randonnées et le trekking. La rencontre avec l’habitant, la consommation de produits locaux et le tourisme rural sont devenus ainsi une nouvelle activité rentable. Aujourd’hui, le village reçoit jusqu’à 250 personnes par week-end, entre randonneurs et sorties éducatives pour les écoliers. Ce qui permet à une famille de gagner jusqu’à 600 DH (environ 60 euros) en une journée.
    L’expérience du village de Brachoua est intéressante d’abord parce qu’elle s’est faite sur une initiative venant des villageois, poussés par leur volonté de changer leur situation précaire et d’améliorer leurs conditions de vie. Cet état d’esprit est incontestablement la clé de la réussite du projet. L’intérêt de l’expérience tient aussi du fait qu’elle s’est réalisée en tenant compte du potentiel existant du village, sans apport financier extérieur. A part 3.000 dirhams (environ 250 euros) nécessaires au démarrage pour acheter le matériel de jardinage et les plants, aucun autre financement extérieur n’a été apporté. Le village dispose aujourd’hui de l'électricité, de trois fontaines d’eau et est devenu une destination de tourisme rural connue dans la région. Les 60 familles vivant dans le village sont autonomes, peuvent compter sur leurs propres ressources, et sont conscientes de l’importance de préserver leur environnement, importante source de revenu.

    Partager la réussite

    La réussite du projet de développement du village Brachoua, avec la permaculture et le développement du tourisme écologique, a sorti le village de son anonymat et attiré l’attention d’organisations internationales. Ainsi, plusieurs membres du réseau des World Wide Opportunities on Organic Farms (WWOOF) ont effectué des séjours de travail pour la communauté dans le cadre du programme de WWoofing organisé en juin 2015. Ce contact a permis aux villageois de partager leur expérience avec des Allemands, Américains, Belges, Chiliens et Français.

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    (1) Il s’agit d’une démarche participative citoyenne et solidaire mondiale qui vise l’auto-suffisance alimentaire des territoires et la nourriture saine et partagée.

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