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Competences & rh

Décision stratégique
Comment réduire les risques

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4774 Le 17/05/2016 | Partager
Les avancées informatiques ont profité aux outils de modélisation et au risk management
Mais le flair de l’entre- preneur ne doit pas être occulté
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Mohammed Abdellaoui, enseignant-chercheur à HEC Paris: «Très souvent, nous faisons le mauvais raisonnement qui consiste à ignorer un évènement juste parce qu’il est terrifiant, et sans regarder sa vraisemblance» (Ph. HEC)

Décider sur la base d’outils mathématiques est une tradition bien anglo-saxonne, mais qui commence à faire son chemin dans le monde francophone. De plus en plus d’entreprises disposent de département de risk management pouvant opérer des calculs et simulations. «Pourquoi se priver de techniques éprouvées et qui marchent», insiste Mohammed Abdellaoui, professeur des sciences de la décision à HEC Paris et directeur de recherche au CNRS France. Le spécialiste intervenait jeudi dernier à Casablanca lors d’une conférence organisée par l’Executive Education Center (CEEC) de l’université Al Akhawayn. Un avant-goût du nouveau certificat dédié à «l’analyse des risques et décision» que le centre prévoit de lancer en octobre prochain, et dans lequel Pr. Abdellaoui interviendra.

- L’Economiste: Dans le modèle francophone de management, la décision est rarement prise sur la base d’outils scientifiques. Est-ce une question de culture?
- Mohammed Abdellaoui:
L’intégration de ces outils a effectivement pris du temps, alors qu’elle a commencé il y a plus d’une décennie dans le monde anglo-saxon. Ces techniques fondées sur les réseaux bayésiens (ndlr: modèles graphiques permettant de calculer des probabilités et d’aider à la prise de décision) ont été presque ostracisées. Maintenant, elles rentrent peu à peu dans la culture d’entreprise en France, et en Europe de manière générale.
Elles profitent des avancées dans le domaine informatique et de la puissance de calcul disponible. Donc pourquoi se priver de techniques qui marchent dans pas mal de domaines. Quand la Nasa envoie des véhicules sur mars, par exemple, elle utilise ces réseaux bayésiens afin que l’engin soit autonome et prenne les bonnes décisions. Actuellement, tous les grands groupes industriels et bancaires y recourent à travers leur département risk management.

- Pour bien décider, l’information est capitale. Est-ce que, finalement, tout tourne autour de la capacité à analyser et interpréter la pléthore de données reçues?
- Les entrepreneurs reçoivent effectivement une pléthore d’informations. Cela dit, très souvent, les risques auxquels nous faisons face ne brillent pas par l’abondance d’informations les concernant. C’est-à-dire que nous sommes plus entourés de données qui brouillent le signal et ne nous permettent pas de contourner les évènements qui engagent la survie de l’entreprise. Il est important de consentir un effort à l’intérieur de l’organisation, ou même à l’extérieur, en faisant appel à des experts, pour avoir des informations pertinentes.

- Vous défendez l’approche subjective de prévision des risques, intégrant la croyance du chef d’entreprise. Y retrouve-t-on un peu de flair?
- Absolument. Le flair est tout à fait corrélé avec la capacité de deviner un évènement dont la survenance est peu probable, autrement dit un cygne noir. Et c’est ce qui fait la différence entre deux entrepreneurs. Il y en a qui possèdent suffisamment de flair pour penser, par exemple, qu’une technologie ne marchera pas et évitent d’y investir. Cela fait partie du flair, mais en même temps, cela reflète la croyance du décideur.
- Quelles sont les erreurs les plus communes en matière de prise de décision?
- Le management du risque nous enseigne que le fait de ne pas observer un évènement dans le passé ne signifie pas qu’il ne se produira pas. Très souvent, nous faisons le mauvais raisonnement qui consiste à ignorer un évènement juste parce qu’il est terrifiant, et sans regarder sa vraisemblance. Prenez l’exemple du Mirage Resort & Casino en 2003. Son armée d’actuaires capables de calculer les probabilités de gains de ses jeux de hasard n’a pas prévu que l’un des amuseurs se fera mordre par un félin, et que le spectacle  sera annulé. Cela a engendré des pertes de centaines de millions de dollars. Les entrepreneurs ne devraient pas appréhender l’avenir de manière passive. La demande d’un produit, par exemple, peut être simulée. Il ne faut pas non plus sous-estimer la possibilité de défaut de paiement d’un client important. Il est tout à fait possible de modéliser le risque encouru.

Le piège de la «surconfiance»

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«Le propre des décisions stratégiques est qu’elles sont uniques», selon Mohammed Abdellaoui. Le décideur ne dispose généralement que de peu d’informations pour éclairer son choix. Et il n’est jamais à l’abri des «cygnes noirs», ces évènements considérés comme peu probables, écartés de l’équation, mais qui finissent par se produire. Les sciences de la prise de décision préconisent de modéliser les connaissances, de transformer les données qualitatives en données quantitatives. C’est justement le rôle des risk managers qui peuvent s’appuyer sur des matrices et des logiciels.
Pour calculer la probabilité de survenance d’un évènement, il existe plusieurs approches, mais qui ne sont pas applicables partout, en raison, entre autres, de leur coût (démarche empirique), ou du manque de données (démarche objective). Pr. Abdellaoui lui, penche pour la méthode subjective, intégrant la «croyance» du décideur. «Mais attention à ne pas confondre croyance et souhait ou préférence», prévient le spécialiste qui attire également l’attention sur un piège dans lequel les décideurs tombent trop souvent, la «surconfiance». Après seulement un ou deux signaux positifs, les chefs d’entreprises augmentent leur seuil d’optimisme, «resserrent leurs prévisions» et finissent par commettre des erreurs fatales.

Profil

Etudier le comportement dans l’incertain et modéliser les risques, c’est la spécialité du Pr. Mohammed Abdellaoui. Docteur en économie mathématique et économétrie (Université d’Aix Marseille III), il est directeur de recherche au CNRS France depuis 2001. Abdellaoui est également enseignant-chercheur à HEC Paris depuis 2007. Il est, en outre, rédacteur en chef d’une revue scientifique internationale, «Theory and decision», publiée en Allemagne. Le spécialiste des sciences de la décision a co-édité plusieurs ouvrages sur la modélisation de la décision.

Propos recuillis par Ahlam NAZIH 

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