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Tribune

Requalifier 25.000 licenciés? Facile à dire

Par Mouneim MANSOURI | Edition N°:4755 Le 20/04/2016 | Partager

Docteur en sciences du langage de l’université Paul Valéry, Montpellier 3, professeur de communication, ancien chef de service information et orientation (Ph. MM)

Au bout d’un peu plus de quatre ans de gestion des affaires publiques, et donc à moins d’un an des élections législatives, le gouvernement de Benkirane a enfin dévoilé sa solution au problème chronique des diplômés chômeurs, du moins pour les licenciés. Normalement, on devrait être à l’heure du bilan, avec tout ce que cela suppose comme critiques, recommandations, remarques, etc., et non à peine en phase de lancement.
Un nouveau programme destiné aux diplômés chômeurs vient de démarrer. Baptisé «programme de requalification de 25.000 licenciés», il figurait déjà dans le programme du gouvernement sous le nom de «Taatir». Il concerne la catégorie «des titulaires de diplômes qui sont en situation de chômage de longue durée en instituant une bourse de recyclage pour chaque stagiaire, versée mensuellement dans la limite d’une année de stage, dans l’objectif de parvenir à l’encadrement de 50.000 personnes par an». On le voit, le gouvernement est moins ambitieux et a revu à la baisse, restrictions budgétaires obligent, ses objectifs: de 50.000 par an, nous sommes passés à 25.000 formés sur trois ans. Chaque licencié en formation percevra une indemnité de 1.000 DH mensuellement.
L’initiative est, certes, on ne peut plus louable, notamment en cette période de morosité ambiante et où tous les secteurs économiques traversent une période difficile. Cependant, pourquoi il a fallu attendre la dernière année du mandat du gouvernement pour lancer ce programme de requalification? D’aucuns diront que c’est à des fins électorales et il serait difficile de les convaincre du contraire et ce, pour trois raisons:
- le retard accusé dans la mise en œuvre du projet (à quelques mois des élections);
- la solution proposée par le gouvernement, au chômage des licenciés, n’émane ni d’une stratégie mûrement réfléchie ni d’une vision globale et concertée des problématiques relatives aux politiques  de l’emploi et de la formation;
- une indemnité de 1.000 DH que ne perçoivent même pas les étudiants en master.
Du côté de la CGEM, signataire de l’accord cadre du projet, les propos de sa présidente Miriem Bensalah sont on ne peut plus clairs et ne prêtent à aucune confusion et ce, en mettant l’accent sur une approche réaliste et pragmatique de l’emploi: «bilan de compétences et mise en place de formation répondant aux besoins des entreprises».
Pour le patronat «il est nécessaire d’accompagner la mise en œuvre de ce programme de quelques outils notamment: l’organisation de bilans de compétences individuels visant à évaluer les potentialités et les motivations des diplômés bénéficiaires afin de leur construire un parcours de formation adéquat ainsi que les réalisations au niveau des régions des études sectorielles pour analyser de façon prospective le marché de l’emploi pour délivrer de manière précise les métiers et les compétences correspondant à ces emplois.»
Ceci est du ressort de l’Anapec dont l’expérience, le savoir-faire et les ressources humaines lui permettent de mener à bon port cette opération. Fait surprenant, cet organisme qui a toujours supervisé, depuis sa création, tous les projets d’aide à l’insertion des chercheurs d’emploi, se trouve en dehors du programme de requalification des licenciés. La raison de cette mise à l’écart reste inconnue pour l’heure.
Par ailleurs, seuls les universités (et les établissements qui en dépendent: EST, écoles d’ingénieurs,…) et l’OFPPT sont concernés par la formation. Les autres opérateurs de formation: tourisme, artisanat, agriculture... ne sont pas sollicités malgré le savoir-faire qu’ils ont cumulé en termes de formation répondant aux besoins des entreprises.
En somme, ce ne sont pas quelques mois de plus sur les bancs des universités ou ailleurs qui vont métamorphoser le profil des licenciés. N’y a-t-il pas là risque de reproduire les mêmes schémas d’enseignement et donc les mêmes erreurs?
Il faut donc s’y prendre autrement afin de développer l’employabilité de ces jeunes, sortir des sentiers battus et  des méthodes classiques de l’enseignement. On ne doit plus rester dans une approche classique d’acquisition des connaissances, mais aborder les choses en termes de développement de compétences précises répondant aux besoins de l’entreprise.
Pris par le temps, le gouvernement veut apparemment accélérer la cadence et partant, mettre en œuvre ses engagements un peu dans la précipitation. Les rôles des parties prenantes du programme de requalification sont encore flous et les outils de contrôle et de suivi insuffisants.
Le programme, en son état actuel, encourage l’informel en ce sens que de nombreux licenciés vivant de petits «boulots» non déclarés y trouveront un petit revenu supplémentaire. Sans vouloir remettre en cause sa bonne volonté, nous dirons que, par ce programme de requalification, le gouvernement a fait preuve de manque de professionnalisme.

Trois ans pour rien

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Le chômage des jeunes diplômés ne date pas d’aujourd’hui. Les universités – «car apparemment c’est de là que vient le mal» – continueront à mettre sur le marché des milliers de jeunes diplômés à qui manquent les compétences et les qualifications nécessaires pour trouver un emploi. Il faudra donc chaque année, selon la logique du gouvernement, les prendre en charge par de nouvelles formations de requalification. En d’autres termes, trois années d’études supérieures ne leur auraient servi à rien!

 

 

 

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