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Société

Josef Schovanec: «J’apprends à communiquer comme un sportif, à force d'entraînements»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4755 Le 20/04/2016 | Partager
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Docteur en philosophie, écrivain et militant pour la dignité des personnes présentant un autisme, Josef Schovanec enchaîne les conférences sur ce sujet depuis 10 ans. Histoire de faire avancer la cause
(Ph. Mokhtari)

Josef Schovanec nous ouvre le monde encore trop inconnu de l’autisme. A 34 ans, il est à la fois docteur en philosophie, écrivain et militant pour la dignité des personnes présentant un autisme, vivant lui-même avec le syndrome Asperger, un «autisme de haut niveau». Il a également participé à l’élaboration des contenus de la formation en ligne eLeSI pour enseignants, familles et auxiliaires de vie accompagnant des jeunes présentant des troubles du spectre autistique. Une rencontre qui laisse des traces...

- L’Economiste: L’autisme est souvent abordé à travers le cas des enfants. En parler, en tant qu’adulte, est-ce ce qui vous donne la force d’affronter une assistance?
- Josef Schovanec:
Vous abordez d’emblée un constat essentiel pour moi. Nous n’entendons que le cas des enfants, car il n’y a que leurs parents qui en parlent. Il est difficile pour moi évidemment de m’adresser à une assistance, mais il faut que quelqu’un le fasse. D’abord, ça demande une sorte de rodage, d’apprentissage. Tout ce qui est social, entourant l’événement en tant que tel, est pour nous difficile à gérer. Peut-être arriverons-nous un jour à faire comme aux Etats-Unis, où des centaines de gens autistes font du militantisme. Le problème est qu’ils ne s’intéressent que très peu à ce sujet, mais plutôt aux moteurs d’avion… Les autistes ne sont pas revendicatifs. En France, nous ne sommes que 2 ou 3 personnes à faire des formations de façon régulière. Dans ce tout petit club, il n’y a qu’une seule femme, mais qui n’aborde jamais la question du genre. Du coup, l’autisme au féminin est la grande inconnue. Cela vous donne un peu la nature de cet état d’esprit où la revendication est absente, alors même que la situation est très mauvaise.

- Quels ont été les déclics qui vous ont permis de vous lancer? Vos parents, votre détermination, vos voyages?
- C’est sûrement un peu tout cela en même temps. Je tiens des conférences sur l’autisme depuis 10 ans, et avec le temps j’apprivoise ces compétences sociales. Un peu comme un sportif, qui acquiert plus de résistance au fil des entraînements. Il y a aussi la force transmise par mes parents, et particulièrement l’attitude de ma soeur. Elle a 4 ans de plus que moi, un écart idéal pour à la fois se comprendre et profiter de ses quelques années d’expérience en plus. C’est une personne si brillante, qui a su dès l’enfance me porter vers le haut. J’ai également eu la chance de pouvoir aller à l’école, même si cela a été très difficile. Enfin, je fais partie des gens autistes qui ont des centres d’intérêts variés, comme celui pour les langues étrangères, qui m’aide forcément à ne pas m’enfermer dans un univers cloisonné.

- Les sentiments, les relations de couple sont aussi les grands absents des débats.
- En effet, nous ne parlons que logement, emploi ou vie en société. Malheureusement, les gens autistes vivent de façon totalement isolée et souvent dans une grande pauvreté. Nous sommes très loin de la vision romantique que l’on peut voir dans certains films, qui abordent l’amour et l’autisme. Ces jolies histoires sont très loin de notre vie réelle. J’avais moi-même essayé d’écrire un livre sur ce sujet, appelé «De l'Amour en Autistan», en faisant le portrait de plusieurs personnes autistes. Mais après lecture, il était beaucoup moins question d’amour comme le titre pouvait le laisser croire… Je n’ai donc pas réussi dans ma mission si j’ose dire. Puisqu’écrire un roman d’amour classique, façon Madame Bovary, nous éloigne de la réalité, j’avais choisi d’être objectif. Peut-être un peu trop d’ailleurs puisque cela n’a pas beaucoup plu aux familles des personnes concernées. Ça fait partie des risques du métier! Si je devais résumer la situation parmi mes amis autistes, un tiers ne veut pas entendre parler de couple, un autre tiers aimerait mais pour diverses raisons sont seuls, et le reste vit en couple avec une personne elle-même atteinte de handicap ou étrangère. Ce qui vous révèle que chez les autistes, le racisme n’existe pas. Au contraire, l’attrait de «l’ailleurs» est très fort.

- Comme pour vous, qui enchaînez les voyages à travers le monde. Où vous êtes-vous senti le mieux?
- Je dirai déjà que le pays idéal n’existe pas, mais j’ai été fasciné par le Yémen et l’Iran, étant fortement intéressé par leur valeur historique très ancienne. J’aime aussi trouver dans un pays une nature tranquille, loin des plages bondées de touristes, et une langue ou des codes culturels compliqués à apprendre. Le Maroc, où je viens pour la 3e fois, m’est encore inconnu. Le problème est que je ne parle pas la darija, et ma maîtrise de l’arabe classique ne me sert pas beaucoup ici. Mais j’ai envie de découvrir un jour, je l’espère, le grand Sud marocain. Chaque voyage au Maroc me donne un peu plus l’envie de découvrir ce pays.

Propos recueillis par
Stéphanie JACOB

 

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