Competences & rh

Entrepreneuriat social
Ces ONG qui changent la vie des communautés

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4754 Le 19/04/2016 | Partager
AMH, Sanady, Enactus,… des championnes dans le domaine
Elles se professionnalisent mais manquent souvent de moyens
Al Ikram lance sa propre entreprise sociale
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Les ONG fonctionnent de plus en plus comme de vraies entreprises et arrivent à recruter des cadres de haut niveau. Sanady, par exemple, a réussi en l’espace de quelques années à se positionner en acteur de référence en matière de soutien scolaire, avec plus de 4.000 élèves accompagnés chaque année. L’ONG emploie plus de 200 profs (salariés ou payés à l’heure) qu’elle forme à son modèle.

Lancer des activités génératrices de revenus tout en créant un impact positif sur des communautés défavorisées. C’est le principe de l’entrepreneuriat social. Contrairement à de la simple charité, ce genre d’entrepreneuriat se distingue par son caractère durable et sa capacité à changer de manière significative les conditions des populations ciblées. Au Maroc, le concept en est encore à ses débuts. Il demeure le fait d’associations qui manquent souvent de moyens, mais qui se professionnalisent et arrivent à réaliser de véritables exploits. Certaines se positionnent en incubateur d’entreprises sociales, à l’instar d’Enactus. Tandis que d’autres entreprennent elles-mêmes des projets dont les bénéfices sont réinvestis dans des actions sociales.
L’AMH (Amicale marocaine des handicapés) fait partie des pionnières dans le domaine. Créée en 1992, elle s’est transformée au fil du temps en groupement associatif d’entrepreneuriat social, qui s’est donné pour mission de favoriser l’inclusion des personnes en situation de vulnérabilité et de handicap. Le modèle de son centre hospitalier Noor (créé en 2001) pour la rééducation et la réadaptation fonctionnelles est unique au Maroc. «Il repose sur la solidarité entre catégories socioprofessionnelles. Les marges que nous réalisons avec les patients qui paient et ceux qui sont couverts par leurs assureurs sont réallouées pour couvrir les frais des soins des personnes en situation de vulnérabilité», explique son DG, Hamza Elmounhi. En milieu hospitalier, quelque 5 payeurs permettent de prendre en charge un non-payeur. Au total, 15 lits sur 80 sont réservés à des personnes nécessiteuses. Cette part est de 80 places sur 100 pour l’ambulatoire. «La prise en charge est quasi gratuite et jamais gratuite à 100%. Notre expérience a montré que les services totalement gratuits sont peu valorisés par les bénéficiaires», confie le DG. Le groupe associatif souhaitait aussi développer deux autres activités: la fabrication de fauteuils roulants et d’uniformes médicaux. Il a, malheureusement, dû mettre de côté ces projets, probablement faute de moyens. En revanche, il s’est lancé début 2016 dans la formation paramédicale, avec un groupe de 26 jeunes issus de milieux défavorisés, formés au métier d’aide-soignant.
La fondation Sanady, pour sa part, a choisi de lutter contre l’abandon scolaire à sa manière, à travers le soutien scolaire. Fondée par Kacem Bennani Smires (Groupe Delassus) en 2009, elle accompagne 4.000 élèves chaque année, dans plus de 50 écoles publiques et avec plus de 200 professeurs. Sanady s’occupe des enfants des ouvriers de ses entreprises adhérentes. «Après avoir reçu leur liste d’élèves, nous leur proposons un forfait qui inclut même les fêtes de fin d’année, les activités parascolaires, ateliers,...», précise sa directrice Dalila Berrada. Un élève du primaire coûte 2.500 DH par an, contre environ 3.500 DH pour un élève du collège et 4.500 DH pour un élève du lycée. Les bailleurs de fonds de Sanady peuvent également lui déléguer la prise en charge d’élèves dans le cadre de leurs actions RSE. A l’instar de l’OCP qui lui a confié le soutien scolaire d’enfants de la commune rurale Ouled Salmane (province de Safi). L’ONG recourt aux services d’enseignants de l’Education nationale (en exercice ou retraités) qu’elle forme à son modèle, payés à l’heure. Elle dispose aussi de ses propres profs salariés. Des diplômés chômeurs (de bac+2 à  bac+4) qui reçoivent des formations initiales et continues, pour ensuite être affectés dans des écoles primaires en milieu rural.
Al Ikram, quant à elle, outre ses actions en faveur des familles en difficulté, œuvre dans l’éducation non formelle et la formation-insertion professionnelle des jeunes. L’association, qui fête cette année ses 20 ans, a décidé en 2015 de s’investir dans l’entrepreneuriat social, en montant un projet «d’entreprise d’insertion», avec le soutien financier de la fondation Drosos. «Il s’agit d’un modèle innovant au Maroc. Al Ikram sera actionnaire majoritaire de l’entreprise qui sera créée dans les prochaines semaines», révèle sa SG Marine Pointillart. L’entité sera spécialisée dans la collecte de déchets de bureau auprès des entreprises, principalement les bouteilles d’eau en plastique et le papier. Les bouteilles seront transformées en objets de design (en partenariat avec des designers), tandis que le papier sera recyclé. L’entreprise emploiera des jeunes en situation précaire qui seront formés et accompagnés. 80 sont ciblés pour les quatre premières années d’activité. Ceux qui ne seront pas recrutés seront orientés vers d’autres sociétés de valorisation des déchets. «C’est une filière pleine d’avenir mais pour laquelle il n’existe pas encore de formation au Maroc», relève Marine Pointillart.
Enactus a fait de la transformation des idées d’entrepreneuriat social des étudiants en véritables startups sa raison d’être. L’association, membre d’un réseau mondial, encadre environ 84 équipes d’étudiants relevant de 84 écoles et universités, et valide chaque année près de 200 projets. Formations, visites de terrain, suivi, mentoring, financement,… l’ONG multiplie les initiatives en faveur des jeunes. Cette année, elle organise sa 13e saison de compétitions du meilleur projet d’entreprise sociale. 45 équipes participent au premier tour régional du 2 au 30 avril dans 5 villes (Rabat, Marrakech, Tanger, Fès, Agadir). Après la compétition nationale du 28 juin à Casablanca (16 équipes), dont le jury sera composé de patrons de grandes entreprises, l’équipe championne s’envolera à Toronto pour la World Cup Enactus (du 28 au 30 septembre). Les participants marocains sont souvent dans le trio de tête des lauréats. L’an dernier, ils ont été classés 3e à Johannesburg, après avoir été 2e une année plus tôt à Pékin.
Les jeunes entrepreneurs sociaux sont plein de potentiel, encore faut-il qu’ils soient encouragés et accompagnés. Les ONG plaident aujourd’hui pour un statut spécial pour les entreprises sociales, afin de donner un coup de pouce à ce secteur prometteur.

Aucun statut juridique

Il n’existe pas de statut juridique spécifique aux entreprises sociales au Maroc. Par conséquent, elles ne bénéficient pas d’avantages particuliers (fiscalité, subventions,…). «La promotion du développement des entreprises sociales dans des secteurs clés comme l’emploi, la santé et l’éducation paraît particulièrement prometteuse au Maroc», a relevé la Banque mondiale dans un article publié sur son blog en mars 2014. Puisque l’Etat ne dispose pas de suffisamment de moyens pour fournir des services sociaux, l’institution plaide pour des partenariats entre les pouvoirs publics et les entreprises sociales. Elle suggère également des subventions aux entités nouvellement créées, un accès facilité au financement et un régime préférentiel.

 

 

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