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Reportage

Aux portes du désert, la poterie séculaire de Tamegroute

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:4732 Le 18/03/2016 | Partager
Dans ce petit village non loin de Zagora, la fabrication artisanale inchangée depuis 1687
A l’origine du métier, un voyageur de Fès venu à la Zaouia Naciria
11 familles perpétuent ce métier et aspirent à développer leur produit
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L’introduction de nouvelles couleurs et de motifs de décoration depuis quelques années a enrichi la poterie de Tamegroute. Avec la production de carrelage, plus demandé et en plus grande quantité, les potiers de Tamegroute espèrent développer davantage leur commerce

A une vingtaine de kilomètres de la ville de Zagora, la petite commune de Tamegroute est un point de passage obligé pour aller vers M’hamid El Ghizlan. Plus connue pour abriter la célèbre Zaouia Naciria et sa bibliothèque, Tamegroute abrite pourtant un trésor culturel important: sa poterie à la célèbre couleur verte. Les origines de cette poterie remontent à plusieurs siècles. On raconte que c’est grâce à un voyageur venu de Fès que ce nouveau métier est arrivé au désert. Ce voyageur, venu à la Zaouia Naciria au 17e siècle pour étudier, a dû rester à Tamegroute plus longtemps que prévu et a travaillé dans la poterie pour gagner sa vie. Il a transmis son savoir-faire à quelques habitants de la petite ville et depuis, c’est devenu un métier des habitants de Tamegroute.

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Chaque famille dispose de son atelier où se fait le façonnage et où la pâte d’argile est stockée à l’abri du soleil. Le séchage avant cuisson se fait à même le sol. Les fours sont chauffés au bois à la façon artisanale

 

Aujourd’hui, onze familles perpétuent le métier de potier, et aspirent à développer leur produit. Ce qui caractérise la poterie de Tamegroute est sa couleur verte. La glaçure de la poterie qui donnera l’effet lisse et coloré, s’effectue après une première cuisson de la poterie à 1.000 degrés Celsius dans un four artisanal. La cuisson peut durer 24 heures. Après refroidissement à l’intérieur du four, la poterie est ressortie pour être enduite d’un mélange contenant du fer et du cuivre, dont le dosage reste

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Les techniques de façonnage, de cuisson et de coloration des poteries de Tamegroute sont restées à l’état artisanal

 

un secret de fabrication. La coloration verte s’obtient grâce à un procédé de cuisson oxydante, avec très peu d’oxygène entrant dans le four. Ce procédé, étant pratiqué d’une façon artisanale où le temps de cuisson et l’oxygénation sont approximatifs, procure une variation des couleurs, ce qui fait le charme du résultat. L’introduction récente d’autres métaux lors du glaçage, a permis d’obtenir une nouvelle variété de couleurs allant du vert olive à un gris translucide. En effet, depuis quelques années, de nouveaux modèles de poterie ont été introduits dans le répertoire de la poterie de Tamegroute. «Les nouveaux modèles que nous réalisons aujourd’hui, répondent à la demande du marché de décoration qui montre un réel intérêt pour le retour au traditionnel dans la décoration des habitations», explique M’Barek Aït Dani, potier et membre de la Coopérative des potiers de Tamegroute. Des bougeoirs, des tuiles, des lave-mains pour vasques et des récipients de décoration avec des formes carrées font désormais partie de la poterie de Tamegroute. De nouvelles colorations ont été introduites pour multiplier les choix, dont un vert olive et un gris translucide.

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Un distributeur allemand, opérant dans plusieurs pays européens, a commandé 400 pièces en exigeant la signature «Handmade, since 1687»

En matière d’ornement et de motifs, les artisans ont introduit le henné. Cette technique qui s’inspire de la technique du henné sur la main a apporté une fraîcheur et une complexité aux motifs plutôt simplistes de la poterie de Tamegroute. Mais l’élément nouveau qui pourrait constituer un réel élan pour le savoir-faire des artisans de Tamegroute est le carrelage. Malheureusement, l’engouement pour le carrelage de Tamegroute n’est pas suffisant pour créer un commerce rentable pour les potiers. D’autre part, l’absence de la poterie de Tamegroute des expositions artisanales d’envergure nationale et internationale, par manque de moyens financiers, empêche celle-ci de prendre de l’élan. La labellisation de cette poterie pourrait constituer un atout important pour mettre en avant cette poterie du désert.

Une poterie restée à l’état artisanal

Les procédés des potiers de Tamegroute sont restés à l’état artisanal à tous les niveaux. Ce qui n’enlève en rien la beauté et la particularité de leur poterie. A l’image du Ghassoul, l’argile qui sert à fabriquer la pâte est une roche extraite dans un oued pas très loin de Tamegroute. Pour obtenir la texture parfaite de la pâte d’argile, il y a une succession d’opérations de mouillage et de séchage qui dure plusieurs jours. La mise à repos de la pâte d’argile dans du plastique dure pendant une semaine. Cette étape de «levage» est primordiale pour faire ressortir l’élasticité de la pâte d’argile qui sera la base pour obtenir une poterie solide. Ce n’est qu’à ce moment que la pâte d’argile est prête à être travaillée. Le tournage et façonnage de la poterie se fait à la pièce, sur un tour traditionnel à même le sol. L’artisan potier peut façonner de 200 jusqu’à 600 pièces suivant leur complexité.

La commercialisation fait défaut

Il y a cinq ans, les familles se sont rassemblées dans la Coopérative des Potiers de Tamegroute afin d’organiser cette activité et améliorer les conditions de travail. La coopérative permet surtout d’avoir un interlocuteur qui représente les potiers auprès des autorités. Mais la commercialisation de la poterie de Tamegroute, le pilier du développement de n’importe quel produit artisanal, reste désorganisée. «Chaque famille dispose de son propre local d’exposition, et les commandes sont négociées directement avec les clients, ce qui fait que certaines familles se développent plus que d’autres», explique M’barek Aït Dani, potier. Ce déséquilibre risque de mettre en péril les familles qui ne maîtrisent pas les techniques de commercialisation.

 

 

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