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Economie

Risque sismique
L’urgence d’un institut de géophysique

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4732 Le 18/03/2016 | Partager
Le seul pays de la Méditerranée à ne pas en disposer
Un séisme ne peut pas être prévu à l’avance
Mais la délimitation des zones à risque est possible
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«Si le séisme de  Lisbonne de 1775, avec un tsunami qui avait touché le Maroc se reproduit aujourd’hui, nous aurons 30 minutes pour nous préparer et faire évacuer la population», souligne Mimoun Harnafi (Ph. Bziouat)

Le Maroc est considéré par la communauté des chercheurs comme un laboratoire de physique et de géologie. Cependant, en Méditerranée, il est le seul à ne pas disposer d’un institut de géophysique dont la mission ne se limite pas à l’analyse du séisme mais dont les outils peuvent être utilisés dans un spectre très large de recherches. C’est ce qu’explique dans cet entretien le professeur Mimoun Harnafi, géophysicien et dont les recherches lui ont permis d’acquérir une réputation qui dépasse les frontières du Maroc. Aujourd’hui, il est responsable de l’unité de recherche Onde sismique et structure de la terre, à l’institut scientifique de l’Université Mohammed V de Rabat.

- L’Economiste: Le tremblement de terre du 25 janvier dernier au large d’Al-Hoceïma a été suivi par une multitude de répliques sismiques dont la dernière secousse tellurique mercredi dernier. D’où vient ce phénomène?
- Mimoun Harnafi:
Les répliques sont nombreuses, tout simplement parce que nous sommes dans une zone où la rencontre de deux failles se trouve en mer. Leur croisement génère une activité sismique importante à cause du rapprochement des grandes plaques tectoniques de l’Afrique et d’Eurasie. Ce qui se passe actuellement résulte des frictions entre les microplaques de la région de la mer d’Alboran, soutenu par cette avancée de l’Afrique vers l’Europe et vice versa.  L’existence de plusieurs répliques est tout à fait normale. Car, à la suite d’un tremblement de terre important, il y a une tendance au retour à l’équilibre pour que la terre se réajuste. C’est ce réajustement qui génère ces répliques. Et tant que cette opération n’est pas rétablie, on assistera à des répliques d’intensité plus faible que l’évènement principal du 25 janvier. Elles seront de plus en plus faibles et plus courtes et finissent par s’arrêter.

- Combien de temps cela va durer?
- On ne peut pas avancer de date du fait que le séisme a eu lieu en mer. Lorsque les failles bougent, l’infiltration de l’eau de mer peut générer une sismicité induite. Cela amplifie cette activité qui dure dans le temps. C’est probablement l’infiltration de l’eau qui en est l’origine.

- Le tremblement de 2004 avait ravagé la région d’Al Hoceïma. La ville s’est-elle préparée si un séisme venait à se produire?
- Beaucoup d’efforts ont été réalisés dans la construction antisismique. La défaillance réside dans le choix de l’endroit. Lorsque nous construisons sur un socle rigide, nous sommes beaucoup plus en sécurité que dans une vallée ou le lit d’une rivière. Le travail qui reste à faire est d’éviter les aménagements sur des bassins où les sédiments sont épais ou formés d’alluvions de rivières. Le Rif est une montagne jeune où les glissements de terrains peuvent être provoqués par un séisme. Les catastrophes peuvent être évitées en construisant convenablement. La preuve, au Japon, les séismes peuvent atteindre jusqu’à 9 degrés sans provoquer de dégâts.

- Quelles sont les autres régions à risque?
- En général, là où il y a les montagnes, une activité sismique existe. C’est le cas notamment de la jonction entre le Moyen et le Haut Atlas, du côté de Béni Mellal, Azilal, Khénifra,… Là aussi, la région n’a pas connu de séisme très violent. Les catastrophes peuvent être évitées en construisant bien et dans des endroits convenables.

- Et le tremblement d’Agadir…
- Le 29 février 1960 vers minuit, un tremblement de terre avait détruit la ville. Curieusement, l’activité sismique y a été plus faible que dans le nord du Maroc. Après ce tremblement, il n’y a plus rien eu. A Al Hoceïma, la terre bouge tellement que nous pouvons quantifier mais pas à Agadir. Aujourd’hui, si nous avons le même séisme qu’en 1960 nous n’aurons pas les mêmes dégâts, en raison des modes de construction qui ont changé. Maintenant, le sud est complètement stabilisé, comme l’Anti-Atlas. Les zones actuellement actives sont la conséquence du rapprochement des plaques qui génère des séismes dans le nord du Maroc, l’Algérie et le sud de l’Espagne.  

- Peut-on prévoir à l’avance l’avènement d’un séisme?
- Non mais nous pouvons localiser les régions à risque, c’est-à-dire évaluer et créer un zonage sismique. En enregistrant le maximum d’informations, nous pouvons limiter les zones. Dans ce cas-là, les constructions doivent répondre à des critères précis. Autrement dit, pas de bâtiments sur les failles ou dans les zones à risque.

- Pourquoi le Maroc ne s’est pas doté d’institut de géophysique?
- Il faut poser cette question aux décideurs politiques. Le Maroc est considéré par la communauté des chercheurs comme un laboratoire de physique et de géologie. En principe, la mission d’un institut géophysique ne se limite pas à l’analyse du séisme. Il doit participer au développement du pays. Nous sommes le seul pays dans la Méditerranée à ne pas disposer d’un pareil institut qui forme, mène des recherches et alerte. Les outils de géophysique peuvent être utilisés dans un spectre très large de recherches. Cela va de la prospection géotechnique pour les fondations à la prospection minière, pétrolière et la nature des sous-sols pour en connaître  les richesses.

Et quid des tsunamis?

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La Méditerranée est un petit bassin. Le tsunami est généré par de grandes failles qui n’existent pas dans cette mer, rassure Mimoun Harnafi. Ce n’est pas le cas de l’Atlantique, «où nous réalisons avec nos collègues espagnols, des études pour installer des stations sismologiques le long de la côte marocaine», explique t-il. Aujourd’hui, poursuit-il, «s’il arrive la même chose à Lisbonne qu’en 1775, où le tsunami avait ravagé la capitale portugaise et touché le Maroc, cela nous laisse 30 minutes pour nous préparer et faire évacuer les populations». Cela reste très peu probable mais il faut quand même se prémunir et se doter des systèmes d’alerte précoces pour les tsunamis, insiste l’expert. Des travaux sont en cours avec le Portugal et l’Espagne pour monter des équipements dans ce sens. Sur les côtes marocaines, il n’y a pas de risques de tremblement, mais le danger peut venir des séismes qui peuvent se produire au large du Portugal ou des Açores. Les régions les plus exposées à ce risque sont celles d’Asilah, d’El Jadida et d’Essaouira «mais cela reste très peu probable», conclut Harnafi.

Propos recueillis par
Mohamed CHAOUI

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