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Les syndicats mal aimés du gouvernement

Par L'Economiste | Edition N°:4722 Le 04/03/2016 | Partager
Pour le patron de l’UMT, le gouvernement n’a pas la volonté du dialogue
Des heures de récupération plutôt que les ponctions sur les salaires
37 conflits évités grâce à la médiation sociale instaurée avec la CGEM

El Miloudi El Mokharek, secrétaire général de l’UMT: «Nous avons exposé la situation des relations professionnelles et l’absence de dialogue social au directeur général de l’Organisation internationale du travail» (Ph. Jarfi)

A moins d’un retour aux négociations et au dialogue, la tension entre les syndicats et le gouvernement ne risque pas de tomber. Miloudi El Mokharek, patron de l’UMT, explique que c’est pour la première fois que le mouvement syndical rencontre autant de difficultés à communiquer avec le gouvernement. Il parle de marginalisation et d’absence de volonté politique d’aller vers la concertation.

- L’Economiste: Avez-vous repris contact avec le gouvernement après la grève générale?
- El Miloudi El Mokharek:
C’est regrettable, le gouvernement n’a pas tiré les conclusions nécessaires après la réussite de cette grève.  Ni contacts officieux, ni officiels n’ont été établis. Le gouvernement devrait s’inspirer de son homologue français qui relance les négociations sur la réforme du code du travail même si le chef du gouvernement français était déterminé à faire passer la réforme. Nous allons attendre encore quelques jours avant d’établir une feuille de route des protestations que nous allons mener durant les deux mois qui nous séparent  du 1er mai. Nous lançons un appel  au gouvernement pour revenir à une saine conception de  la négociation.

- La réforme du régime de retraite des fonctionnaires est à l’origine de la montée de la tension actuelle. Pourtant, elle est urgente...
 - La grève générale n’a pas été déclenchée pour protester contre la réforme de la retraite, mais pour faire aboutir l’ensemble des points inscrits dans notre cahier revendicatif. Depuis 2003, nous demandons cette réforme, mais à condition qu’elle ne s’opère pas au détriment des salariés. Nous avons proposé dix mesures au chef du gouvernement.
Ceci étant, nous demandons une augmentation  générale des salaires et des pensions de retraite, la baisse de l’IR, l’exonération des salaires de 6.000 dirhams, l’augmentation des  allocations familiales à 300 dirhams… Les frais de scolarité devraient être également déduits de l’impôt sur le revenu.

- Ces revendications ne sont-elles pas démesurées compte tenu de la situation des finances de l’Etat?
- Non elles sont logiques. Les salariés représentent la seule catégorie sociale qui paie des impôts de façon régulière et sans évasion fiscale puisque les prélèvements s’effectuent à la source. Le ministre des Finances a confirmé que 73% des recettes de l’IR proviennent de l’impôt sur les salaires. De plus, la baisse de l’IR est une recommandation des assises fiscales de 2013.  

- Les ponctions sur les salaires des grévistes ne vont-elles pas dissuader toute future mobilisation?
- Ces prélèvements sont anticonstitutionnels. Dans les pays scandinaves, où le droit syndical est reconnu, des caisses de solidarité sont mises en place pour compenser la perte de revenu des jours de grève. Au Maroc, le droit syndical  est combattu, les lois sociales sont violées et les syndicalistes persécutés. Dans un pays où l’on veut instaurer des relations  professionnelles saines et apaisées, ces prélèvements ne devraient pas exister. D’autres mesures peuvent être déployées comme les heures de récupération, voire des heures supplémentaires, etc. C’est ce que nous pratiquons  avec les multinationales qui ont une vieille culture du dialogue et de la négociation.

- L’année dernière, l’UMT a boycotté les festivités du 1er mai, mais cette forme de protestation n’a pas eu d’effet...
- Certains chefs de partis politiques ont déclaré que ce boycott était plus douloureux que la grève générale. Cette année, nous allons célébrer le 1er mai et l’attitude du gouvernement conforte nos positions. Il n’a pas la volonté politique pour le dialogue et la négociation. Il viole la Constitution, le code du travail et les conventions internationales. D’ailleurs, après la dernière grève, au lieu que le gouvernement revienne au dialogue, certains de ses ministres ont annoncé des contre-vérités sur le taux de participation en invoquant 38%. Ce qui signifie que 229.000 fonctionnaires civils sur 587.000 ont quand même participé. Or, si on soustrait les 135.000  fonctionnaires interdits du droit de grève et du droit syndical tels que ceux relevant du ministère  de l’Intérieur, de l’administration pénitentiaire, de la douane, les magistrats, les Eaux et Forêts ainsi que les Affaires étrangères… nous atteignons un taux de participation de 92% dans la fonction publique. Dans le privé, il est de 70% sachant que nous avons  demandé à certaines catégories telles que les aiguilleurs du ciel et le personnel de la RAM de ne pas faire grève.

- Les syndicats ne mobilisent plus... C’est ce qui expliquerait, peut-être, la position du gouvernement…
- Nous avons un capital confiance énorme et beaucoup de sympathisants. Nous avons l’appui du Snesup, le syndicat le plus important des enseignants. J’en suis arrivé à la conclusion que le gouvernement ne croit pas aux  vertus du dialogue social. C’est la première fois que le mouvement syndical est marginalisé de cette manière et nous n’avons jamais vécu cela avec les gouvernements précédents, notamment ceux de Azzedine Laraki, de Karim Lamrani, Abdellatif Filali, Abderrahman Youssoufi, Driss Jettou  et Abbas El Fassi.  Tout le mouvement syndical s’étonne. Ce gouvernement est bizarre et nous maintiendrons la pression.

- Les députés CGEM ont déposé une proposition de loi sur la grève. Pourquoi les syndicats ne prennent pas d’initiative?
- Il est notoire que le gouvernement a un projet de loi organique sur le droit de grève. Il a passé commande au patronat pour déposer cette proposition. Nos députés en collaboration avec le département étude de l’UMT préparent des propositions sur le projet de loi organique relative au droit de grève. A la différence du patronat et du gouvernement, nous voulons une législation qui renforce l’exercice de ce droit constitutionnel et non le restreindre. Nous avons aussi une proposition de loi sur l’abrogation de l’article 288 du code pénal.

- Comment qualifier les rapport avec la CGEM?
- Nous partageons les mêmes valeurs et principes sur le monde du travail, en particulier par rapport à la culture du dialogue et de la  négociation. Nous avons réussi un grand chantier, celui de la médiation sociale en instaurant des mécanismes d’alerte. Nous sommes parvenus à dénouer plus de 37 conflits en 2015. Mais nous divergeons sur un seul dossier, celui de la  loi organique sur le droit de grève. La difficulté à légiférer sur l’exercice du droit de grève ne se pose pas uniquement au Maroc. C’est aussi le cas dans d’autres pays.

52 unions régionales, 27 fédérations professionnelles 

Depuis son 10e congrès, l’UMT a opéré une restructuration en interne et s’est également renforcée via la création d’unions régionales dans les zones où ce syndicat était absent. C’est le cas notamment à Tinghir, Zagora, Bouarfa et Figuig. De nouvelles fédérations et syndicats ont également intégré l’organisation syndicale: la fédération des centres d’appel et de l’offshoring, le syndicat national de l’aéronautique ainsi que le syndicat national de l’automobile. De même, l’UMT a «réanimé» la Jeunesse ouvrière marocaine (JOM), une instance qui regroupe les moins de 34 ans. Au total, le syndicat compte 52 unions régionales et locales, 27 fédérations professionnelles et 15  syndicats nationaux. «C’est le jeu de la démocratie interne qui prévaut», note El Miloudi El Mokharek, secrétaire général.

Verbatim

■ Plainte contre le gouvernement à l’OIT
- Elle est prête. Nous sommes une organisation nationaliste et nous avons toujours défendu les intérêts du pays et nous continuerons à le faire.  Nous ne voulons pas traîner le pays devant les organisations internationales surtout que l’OIT est une  instance des Nations Unies. Mais si le gouvernement continue à marginaliser le mouvement syndical, il en assumera l’entière responsabilité.
■ Financement des syndicats:
- Nous n’avons encore rien reçu. Ce n’est pas l’unique source de financement, nous avons également les cotisations des adhérents. Et je ne dirai pas plus!

Propos recueillis par
 Khadija MASMOUDI

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